Déterminants sociaux : 11 $ de l’heure, ce n’est tout simplement pas assez

À titre de fournisseurs de soins de santé, la nouvelle d’une augmentation du salaire minimum est importante – comme nous l’avions fait remarquer en 2013, la pauvreté est au deuxième rang des causes de mortalité au Canada.

Tandis que nous devons féliciter le gouvernement de promettre enfin d’indexer le salaire minimum sur le coût de la vie – il reste à adopter une loi à cet effet – la réalité est que le taux rajusté n’est tout simplement pas allé assez loin. Même à 11 $ de l’heure, le salaire est encore 16 % au-dessous du seuil de la pauvreté pour une personne qui travaille à temps plein. Et en Ontario, beaucoup de gens sont dans le même bateau – le taux ayant doublé depuis 2003 pour atteindre 9 % des emplois dans la province.

Kathleen Wynne a dit à la CBC la semaine dernière qu’elle conciliait les demandes des groupes de lutte contre la pauvreté et celles des entreprises, qui avaient prévenu qu’un salaire de 14 $ entraînerait des pertes d’emplois. Elle a déclaré que le gouvernement pourrait utiliser d’autres moyens pour aider les Ontariens à sortir de la pauvreté, y compris la prestation pour enfants.

Il ne fait aucun doute que l’élite du monde des affaires se ferait un plaisir de voir les autres payer tandis qu’elle continue d’exploiter ses travailleurs et d’offrir des taux de rendement importants à ses actionnaires. Ce salaire minimum bas représente essentiellement une subvention aux entreprises très profitables, lesquelles pourront continuer de payer leurs travailleurs à des taux qui ne reflètent pas leur véritable valeur. À noter qu’un salaire minimum qui reste bas est automatiquement accompagné d’une augmentation des dépenses de santé.

Plus d’un tiers des travailleurs qui touchent le salaire minimum travaillent dans l’industrie de la restauration rapide. Voyons comment se portent ces grandes sociétés.

Dans son rapport annuel de 2012, Tim Horton’s montrait un rendement du capital investi de 24,4 pour cent – soit le double de ce qui s’est passé au sein de l’industrie. Ce rendement a partiellement été diminué par une restructuration coûteuse de l’entreprise. Au cours de la même année, la chaîne de restaurants a été en mesure d’ouvrir 159 nouveaux restaurants au Canada (et d’autres aux États-Unis) et a montré des recettes d’environ 3 milliards de dollars. Tim Horton’s nageait dans tant d’argent qu’il a même été en mesure de racheter 250 millions de dollars de ses propres actions.

Huit restaurants McDonald’s sur 10 sont franchisés. Sur le site Web international de l’entreprise, il est clairement dit qu’il faut être assez riche pour juste songer à entrer dans le jeu. Pour acheter un restaurant, il vous faut au moins posséder 500 000 $ d’argent non emprunté. Vous devez déposer 25 % pour acheter un restaurant existant et être en mesure de payer le reste dans un délai de sept ans. Le bénéfice des actionnaires en 2012 a augmenté de 5 pour cent. Le taux annuel de rendement moyen pour les investisseurs est de 15,7 pour cent – ce qui se compare favorablement avec la moyenne de 10,9 pour cent du S&P 500. En 2012, McDonald’s a versé 2,9 milliards de dollars en dividendes à l’échelle mondiale.

À 14 $ de l’heure – le taux qui avait été demandé – peut-on vraiment croire que ces grandes sociétés se mettraient à supprimer des emplois et à menacer leurs propres revenus?

En fait, dans des régions du pays qui montrent des pénuries de main-d’œuvre, comme Fort McMurray, par exemple, en Alberta, il est difficile de trouver un emploi dans la restauration à moins de 13 $ de l’heure. La plupart sont à 15 $ de l’heure ou plus. Pourtant, il est clair que ces entreprises ne seraient pas là s’il n’y avait pas de profits à faire.

Tandis que des associations comme la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante ont bien entendu grogné face à l’augmentation à 11 $ du salaire horaire minimum, nous devons saluer des individus comme Dave Bryans, de l’Association ontarienne des dépanneurs en alimentation (OCSA), qui ont non seulement appuyé l’augmentation, mais qui ont dit au Toronto Star que les « petites entreprises s’adaptent très rapidement… je ne pense pas que ce soit un problème majeur. ». Bryan a également dit que l’augmentation salariale ne devrait pas entraîner d’augmentation des prix à la consommation. (Pour être juste, notons que Bryan a également dit que des magasins auraient fermé avec une augmentation à 14 $ de l’heure.)

L’augmentation à 11 $ couvre à peine le taux d’inflation depuis la dernière augmentation du salaire minimum de 2010. Ce que ce nouveau taux salarial fait est de dépasser de quelques sous la situation dans laquelle les travailleurs rémunérés au salaire minimum se trouvaient il y a quatre ans. Ce n’est guère audacieux pour sortir les Ontariens de la pauvreté.

Le rajustement entre 2008-2010 représentait une augmentation de 28 % du salaire minimum, suite à un gel de huit ans; pourtant, le ciel ne nous est pas exactement tombé sur la tête pour autant.

Le plus gros impact sur les emplois en Ontario fut l’effondrement de l’économie globale dû au comportement irresponsable du secteur des services financiers.

Il sera difficile d’établir l’impact vu la tendance courante des consommateurs d’acheter davantage en ligne. En annonçant la suppression de 950 emplois au Canada, Best Buy a indiqué que ses ventes en ligne avaient augmenté de plus de 50 pour cent. Des détaillants comme Sears font aussi face à l’arrivée au Canada d’autres détaillants américains, comme les grands magasins Target, férocement anti-syndicats.

Tandis que la plupart des Ontariens semblent appuyer l’idée d’améliorer le salaire minimum (un sondage par CTV disait qu’environ 72 % des répondants soutenaient une augmentation du salaire minimum à 14 $), la première ministre Wynne n’a pas subi trop de pressions politiques de l’opposition à Queen’s Park. Les conservateurs sont heureux de ne pas toucher au salaire minimum, élargissant essentiellement le fossé des inégalités. Les néo-démocrates se sont montrés étrangement silencieux sur la question, une chose que Wynne elle-même a fait remarquer ce matin dans son entrevue avec la radio de la CBC.

Les libéraux promettent un autre examen après cinq ans.

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