Une once de prévention : Lutter contre la pauvreté pour améliorer la santé

Imaginez deux enfants, nés la même journée, dans le même hôpital, de parents différents. Une famille est riche, l’autre est pauvre. Les experts disent qu’un de ces enfants grandira en meilleure santé que l’autre.

Lequel à vos avis?

Nous savons tous que nous pourrions être en meilleure santé si nous mangions mieux, arrêtions de fumer et faisions plus d’exercice. Mais un autre concept semble avoir autant d’importance, si ce n’est plus, pour notre santé. Les médecins, défenseurs de la santé et chercheurs nous disent depuis un certain temps déjà que les facteurs sociaux et économiques ont un impact énorme sur les résultats en matière de santé.

Des experts ont identifié un certain nombre de facteurs sociaux qui ont un impact sur la santé. Combien gagnez-vous? Où logez-vous? Où travaillez-vous? Quel est votre niveau d’éducation? Avez-vous accès à des aliments sains et à de bons programmes de loisirs? Tous ces facteurs affectent non seulement notre santé physique, mais aussi notre santé mentale.

Il existe des preuves flagrantes comme quoi les personnes qui ont des revenus plus bas vivent moins longtemps et ont davantage de maladies chroniques. En 2013, l’Association médicale canadienne (AMC) a tenu une série d’assemblées publiques pour essayer d’établir ce qui nous rendait malades. Leur conclusion est simple : la pauvreté tue. Dans le rapport qui a suivi, la présidente de l’AMC, Dr Anna Reid, a dit ce qui suit sur l’importance des déterminants sociaux de la santé :   « Si un patient asthmatique consulte un médecin, on peut lui prescrire un médicament. Mais si le patient retourne dans un appartement avec des murs remplis de moisissures et un air malsain, tous les médicaments du monde ne pourront l’aider. Si un patient a le diabète, on peut lui prescrire des médicaments, et le médecin ou un autre fournisseur de soins de santé peut lui expliquer l’importance d’une alimentation saine. Mais si le patient n’a pas les moyens de s’acheter des fruits et légumes frais, ou s’il n’y a pas de supermarché dans sa communauté où acheter ces produits, son diabète sera beaucoup plus difficile à gérer. »

Un nouveau rapport de Qualité des services de santé Ontario a également mentionné que plus les gens sont pauvres et plus ils sont susceptibles de souffrir de multiples maladies chroniques et en retard pour les tests de dépistage. Le rapport montre que la moitié des gens qui vivent dans les quartiers urbains les plus pauvres de l’Ontario sont en retard pour le dépistage du cancer colorectal comparativement à juste plus d’un tiers des gens dans les quartiers urbains les plus riches.

Le stress de la pauvreté a également des répercussions sur la santé mentale. La récente vague de tentatives de suicide à Attawapiskat met en lumière le besoin de prêter plus d’attention aux déterminants sociaux de la santé mentale, aussi. Les dirigeants de la communauté des Premières Nations d’Attawapiskat ont déclaré un état d’urgence après que 11 personnes tentent de s’enlever la vie en une journée ce mois-ci. Au cours des sept derniers mois, plus d’une centaine des 2 000 personnes qui vivent dans cette communauté nordique éloignée de l’Ontario ont tenté de se suicider. La plus jeune avait 11 ans. La plus vieille 71 ans.

Le chef régional a jeté le blâme sur les déterminants sociaux de la santé des Premières Nations. Isadore Day, chef régional de l’Ontario, a dit que la Loi sur les Indiens avait créé des conditions sociales comparables à celles des pays du tiers monde, qui contribuent aux urgences médicales et suicides. Le chef Day a dit que « des efforts conjoints et coordonnés doivent être déployés à tous les niveaux sur tous les aspects de la santé des Premières Nations afin de réparer un système qui est brisé ». Monsieur Day a également dit :  « Le cycle de pauvreté, mauvaise santé, suicides et violence continuera toute une autre génération si les déterminants de la santé ne sont pas pris en considération immédiatement. »

Les chefs de l’Ontario ont présenté un cadre de travail au gouvernement fédéral sur la façon de réparer ce système brisé. Leurs recommandations incluent la mise en œuvre de services de santé mentale et de lutte contre les toxicomanies. Ils demandent aussi un plan visant à éliminer la pauvreté, qui comprendrait des investissements dans le logement, dans une alimentation saine à prix abordable et dans l’infrastructure, l’éducation et la formation.

La ministre fédérale de la Santé, Jane Philpott, ne pense pas qu’une stratégie nationale de prévention du suicide soit nécessaire, mais elle croit en l’importance des déterminants sociaux de la santé. Dans le cadre d’une conférence qui a eu lieu au début d’avril à Ottawa, Madame Philpott a dit « quand les gens ont accès à une éducation de haute qualité, lorsqu’ils ont accès à des emplois, lorsqu’ils ont de l’argent dans les poches, lorsqu’ils ont de l’espoir, ils sont capables d’aller de l’avant ».

Le gouvernement de l’Ontario s’est montré plus ou moins intéressé à aborder le lien entre les inégalités de revenu et les disparités en santé.

En 2008, la province avait déployé un plan de réduction de la pauvreté. La stratégie avait porté quelques fruits, au début. Le taux de pauvreté avait baissé à 15,1 pour cent en 2011, mais en 2013, il était de nouveau à 15,6 pour cent, presque aussi élevé qu’il était en 2008. En 2014, la province s’était engagée à l’égard d’une nouvelle stratégie de réduction de la pauvreté de cinq ans. En 2015, elle s’était également engagée à mettre fin au sans-abrisme en Ontario d’ici dix ans.

Plus tôt cette année, le budget de l’Ontario a promis l’enseignement gratuit aux étudiants venant des familles à faible revenu. Le gouvernement a déclaré qu’il combinait les programmes existants pour créer un nouveau programme de subventions aux étudiants. Dès septembre 2017, le programme prendra en charge les frais de scolarité « moyens » des universités et collèges pour les étudiants venant de familles gagnant 50 000 $ ou moins par année. La Fédération canadienne des étudiantes et étudiants a accueilli favorablement l’idée. On a par contre entendu des critiques quant à la façon dont le système fonctionnera. Les étudiants devront malgré tout payer leurs éventuels frais de déplacement et de subsistance. En outre, les étudiants qui souhaitent suivre des programmes avec des frais de scolarité plus élevés que la moyenne, tels qu’un programme d’ingénierie, devront faire une demande auprès d’un autre programme pour couvrir les coûts supplémentaires.

Bien que ces mesures représentent un pas dans la bonne direction, on pourrait faire beaucoup mieux. Chaque mesure que prend notre gouvernement aujourd’hui pour remédier à l’inégalité peut faire une différence réelle sur la santé de générations à venir.

Nous devons continuer de réclamer des politiques publiques qui font plus pour combattre les inégalités. Et nous avons besoin de faire en sorte que nos gouvernements tiennent leurs promesses. Les mères seules sont parmi ceux qui doivent constamment se battre pour joindre les deux bouts. Pousser le gouvernement à éliminer l’écart salarial entre les sexes et à mettre en œuvre un salaire minimum plus élevé pourrait aider de nombreuses familles à sortir de la pauvreté.

Nous devons agir maintenant, de façon qu’un jour, ce soit un droit acquis à la naissance pour tous les enfants d’apprécier une vie longue et en santé.

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