Bloodwatch.org écrit à la ministre relativement aux cliniques de plasma à but lucratif et donneurs payés

Un groupe de pression luttant pour faire interdire l’ouverture des cliniques de collecte de sang qui rémunèrent les donneurs accuse le gouvernement fédéral d’induire le public en erreur.

Bloodwatch.org s’en prend à la ministre de la Santé Jane Philpott, qui a autorisé l’ouverture d’une clinique privée à Saskatoon, qui paie ses donneurs de plasma.

Dans une lettre incendiaire à la ministre, la co-fondatrice de Bloodwatch.org, Kat Lanteigne, demande que la ministre mette en route des consultations publiques sur les cliniques payantes et examine scrupuleusement les arguments que Madame Philpott a donnés, qui pourraient mettre une fois de plus nos réserves de sang en danger.

N’avons-nous donc rien appris?  Dans les années 1990, une Commission royale d’enquête sur l’approvisionnement en sang, dirigée par le Juge Horace Krever, avait mis à nu les erreurs qui avaient causé l’infection de 30 000 Canadiens par le virus du sida et de l’hépatite C. Ce sont des erreurs que nous ne devrions certes pas répéter.

En autorisant la compagnie Canadian Plasma Resources/Exa-Pharma à ouvrir une clinique à Saskatoon, la Société canadienne du sang ignore les recommandations du rapport de la Commission Krever. La SCS est censée savoir et respecter le fait que le sang est une ressource publique, que les donneurs ne devraient pas être payés et que la sécurité du système de collecte et de distribution du sang est cruciale.

Pourtant, notre ministre de la Santé fédérale appuie l’ouverture de cliniques de plasma privées à but lucratif.

Lire ci-dessous la lettre ouverte de Bloodwatch.org à la ministre (traduction libre) :

Madame la ministre Philpott, (lettre ouverte)

Il n’est pas approprié de vous servir du bureau du gouvernement fédéral pour répandre de l’information fondamentalement fausse sur la tragédie du sang contaminé au Canada.

Il n’y aura pas de révisionnisme historique sur la tragédie du sang contaminé au Canada. Vous tournez cette situation en dérision et c’est une grande déception pour notre pays et pour les Canadiens courageux qui se sont battus pour le système de collecte et de distribution du sang sécuritaire que nous avons aujourd’hui.

Votre bureau et votre personnel doivent se souvenir que des produits sanguins « propres » étaient disponibles pendant l’affaire du sang contaminé, mais que toutes les fioles de sang contaminé avaient malgré tout été distribuées à travers le Canada. Toutes. Chacune d’entre elles. Pas une ne restait. En fait, les 98 dernières fioles avaient été envoyées à l’Hôpital pour enfants malades de Toronto, infectant de jeunes enfants qui s’y trouvaient avec le virus du sida. La Croix-Rouge a distribué du mauvais sang, sachant très bien qu’il était contaminé. Santé Canada n’a jamais publié de rappel sur ces produits sanguins contaminés et il a fallu des années avant que notre gouvernement ne décide de retracer ces fioles.

Le processus d’inactivation virale existait depuis plus de dix ans quand le Juge Krever a fait ses recommandations, en 1997, et le Canada avait accès à des produits sanguins propres pendant toute cette période. Votre argument selon lequel personne n’a été tué en 20 ans par un virus mortel trouvé dans un produit sanguin et que c’est ok de déréglementer et de privatiser la collecte de plasma est une défense impénétrable. Nous n’avons vraiment pas besoin d’un autre scandale de la sorte pour comprendre l’importance de protéger notre système de collecte et de distribution du sang canadien à donneurs volontaires.

Votre bureau continue de parler d’une petite entreprise de Winnipeg qui fabrique un médicament très rare qui aide à prévenir la mortinatalité pour justifier l’ouverture d’une clinique de collecte de sang privée au Canada. Cette entreprise est au Canada depuis plus de quarante ans et avait été citée dans le rapport de la Commission Krever comme étant un « cas rare ». Ce n’était pas censé servir de précédent à la Société canadienne du sang pour lui permettre de renoncer à ses responsabilités concernant la collecte et la distribution du sang et du plasma.

On sait qu’avec le modèle concurrent de centres de plasma privés, l’Allemagne éprouve bien des difficultés à conserver ses donneurs volontaires. On sait aussi que les personnes les plus pauvres et les plus vulnérables en Amérique n’hésitent pas à vendre leur plasma parce qu’elles n’ont pas assez d’argent pour satisfaire leurs besoins de base. Ce n’est pas parce que nous devons désormais acheter des produits sanguins des États-Unis que nous devrions utiliser un modèle similaire au Canada. Nous devrions nous efforcer de faire mieux.

La carte VISA que la compagnie Canadian Plasma Resources donne aux gens peut en fait être utilisée par des personnes autres que la personne qui l’a reçue. Chinoiser en disant que vingt-cinq dollars sur une carte VISA n’est pas autant un incitatif que vingt-cinq dollars en espèces est un argument ridicule et qui fait injure à l’intelligence de tous les Canadiens. L’OMS n’appuie pas la pratique de payer le plasma. Il est absolument honteux que vous citiez un représentant de CPR et appuyiez ses pressions dans votre lettre. Leurs aspirations privées ne devraient jamais permettre de contourner des faits accessibles publiquement.

Je travaille avec les meilleurs avocats du sang du pays, des avocats qui ont joué des rôles cruciaux pendant l’enquête Krever. Je peux vous assurer que les produits dérivés du plasma et leur fabrication étaient au cœur de l’étude, car, comme nous le savons, le FACTEUR 8 était le médicament dérivé du plasma qui a presque anéanti une génération entière d’hémophiles dans notre pays et infecté un grand nombre de leurs conjoints avec le virus du VIH et de l’hépatite C. Qui donc vous conseille sur ce dossier? Vraiment?

Vous mettez notre système de collecte et de distribution du sang en danger sans consulter ceux et celles au Canada qui jouissent d’une grande compréhension de la question du sang contaminé. Votre gouvernement n’a conduit aucune consultation publique sur la question et vous avez carrément refusé de rencontrer des survivants de la tragédie du sang contaminé ou des organismes de santé publique qui ont un point de vue différent du vôtre, un point de vue qui protège le public canadien et l’intégrité de notre système de collecte et de distribution du sang.

Le Dr Sher de la Société canadienne du sang a témoigné en faveur de la loi en Ontario et il a parlé dans le cadre d’une assemblée que j’avais organisée et a déclaré qu’il ne voulait pas de clinique de plasma privée ici. Si sa position a changé et qu’il encourage désormais la privatisation, alors on devrait lui demander de démissionner. Ce n’est pas dans son mandat de PDG de notre système de collecte et de distribution de sang public de promouvoir la collecte de sang privée et le public canadien ne le paie pas près de trois quarts de million de dollars pour abuser de sa position.

La Société canadienne du sang est issue de notre tragédie du sang et aller à l’encontre des recommandations fondamentales de la Commission Krever est tout simplement scandaleux.

Un courtier de sang privé n’aide pas les Canadiens à être moins dépendants de produits étrangers dérivés du plasma; tout ce qu’il fait est de nuire à notre système de collecte et de distribution du sang public. C’est à la Société canadienne du sang qu’incombe la responsabilité de recueillir le plasma et le sang au nom du public canadien, quel que soit l’usage auquel il est destiné. Ça fait partie de notre contrat social, et la SCS a un intérêt direct dans la santé des donneurs de sang canadiens, alors que le seul intérêt d’une compagnie privée est sa marge de profit.

Les pressions qu’exercent l’industrie pharmaceutique privée pour s’emparer de la collecte de plasma ne devraient pas primer sur la demande du public. Le peuple canadien n’a aucun intérêt à voir des courtiers de sang privés et des cliniques de dons de plasma payés proliférer dans notre pays. Le coût de ces médicaments ne baissera pas et leur présence ne nous aidera pas à devenir plus autonomes, seule la Société canadienne du sang peut faire ça.

Nous sommes Canadiens, ministre Philpott. Dans ce pays, nous chantons notre propre hymne national et rédigeons nos propres politiques en matière de santé. Nous ne sommes pas tenus d’adopter les politiques américaines en matière de sang pour que les compagnies pharmaceutiques puissent se débarrasser du sang canadien.

Vous n’avez aucun soutien du public dans cette décision scandaleuse de privatiser la collecte de plasma au Canada. Pour protéger l’intégrité du système de collecte et de distribution du sang canadien, les cliniques privées de plasma payé doivent être stoppées aujourd’hui.

Ne vous attendez pas à nous voir disparaître comme ça.

Sincèrement,
Kat Lanteigne
Co-fondatrice de l’organisme BloodWatch.org
Le sang est une ressource publique

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