La ministre fédérale de la Santé brille par son absence (de nouveau) lors d’une conférence majeure sur la couverture des médicaments

 

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Jeff Connell (Association canadienne du médicament générique) dit que l’Ontario avait dépensé 24 millions de dollars de plus que nécessaire en retardant l’adoption de la version générique d’un seul médicament – Crestor – dans le formulaire provincial.

OTTAWA – Des experts sont venus d’aussi loin que la France, le Royaume-Uni et même la Nouvelle-Zélande. Des politiciens du NPD et du parti libéral étaient présents, ainsi que des universitaires et décideurs de partout au Canada. Mais Madame Leona Aglukkaq, notre ministre fédérale de la Santé, n’a pas pu parcourir les quelques pâtés de maisons qui séparent la colline du Parlement de l’Hôtel National d’Ottawa pour participer à un forum national sur la politique pharmaceutique.

On aurait pu l’excuser si son calendrier l’avait empêchée de venir, mais sa lettre à l’organisateur Michael McBane disait « l’objet de cette conférence concerne la prestation des soins de santé et c’est un sujet dont s’occupent les provinces et territoires » (adaptation libre).

La question qui se pose est de savoir pourquoi Aglukkaq a si mal représenté les responsabilités du gouvernement fédéral en ce qui concerne les soins de santé et la politique pharmaceutique.

Comme nous l’avons mentionné hier, le gouvernement fédéral est le cinquième fournisseur direct, en ordre d’importance, de soins de santé au Canada. Il a une responsabilité constitutionnelle en matière de soins de santé tant pour les communautés des Premières Nations que pour les communautés inuites. Il a également la responsabilité de fournir des soins de santé à certains groupes spécifiques au sein de la société, comme par exemple les anciens combattants, les demandeurs d’asile, les détenus sous responsabilité fédérale, les Forces canadiennes et la GRC.

En plus de tout cela, le gouvernement fédéral a également oublié son rôle très précis en ce qui concerne les produits pharmaceutiques, notamment l’approbation et l’étiquetage des nouveaux médicaments d’ordonnance, ainsi que tout ce qui touche aux droits afférents aux brevets. Le gouvernement fédéral réglemente également les prix.

Il y a une pancarte ici, sur la rue Wellington, qui indique aux visiteurs la distance jusqu’à la guerre et la civilisation, référence aux deux grands musées. La guerre est plus proche. Si la conférence avait été sur la guerre contre la drogue, plutôt que sur la civilisation et l’importance d’un programme national d’assurance-médicaments, le gouvernement fédéral aurait peut-être daigné montrer son bout de nez. Tandis que la ministre fédérale s’intéresse peu des économies qu’un régime d’assurance-médicaments national pourrait réaliser, son gouvernement soutient activement les efforts de lutte contre la drogue au Mexique.

Et ce n’est pas la première grande conférence sur l’assurance-médicaments à laquelle Aglukkaq décide de ne pas assister. Des représentants de l’industrie, groupes de patients, représentants syndicaux et même la National Citizen’s Coalition étaient présents à Vancouver plus tôt cette année pour discuter de la façon dont nous pourrions coordonner plus efficacement une stratégie nationale permettant d’offrir aux Canadiens une couverture universelle pour leurs médicaments d’ordonnance.

J’imagine qu’elle avait quelque chose d’autre à faire cette semaine aussi.

Pour un gouvernement qui prétend être à court d’argent et qui supprime des emplois dans le secteur fédéral, on pourrait croire que la présentation de Jeff Connell eusse intéressé Aglukkaq. Connell représente l’Association canadienne du médicament générique. Connell a souligné que nous avons 14 formulaires de médicaments différents au Canada, chacun doté de son propre processus d’approbation. Tandis que la C.-B. est considérée comme l’exemple à suivre en matière d’adoption rapide des médicaments génériques sur le formulaire après approbation par Santé Canada, de nombreuses autres provinces traînent à le faire, un retard qui coûte des millions de dollars aux contribuables. Il a présenté l’exemple de Crestor, une statine utilisée dans la prise en charge du cholestérol. Après l’approbation de Crestor à titre de générique, il a fallu environ deux semaines à la C.-B. pour l’adopter sur son formulaire provincial. L’Ontario a attendu 57 jours pour le faire, un retard qui a coûté 24 millions de dollars de plus à la province, le coût supplémentaire de la version de marque. En tout, les neuf provinces ont dépensé 44 millions de dollars de plus que ce qu’elles auraient pu dépenser si elles avaient adopté le médicament générique sur leur formulaire provincial plus tôt.

Pour mettre les choses en perspective, il est bon de savoir que l’Hôpital de Scarborough supprime actuellement des services de santé essentiels afin de se débarrasser d’un déficit opérationnel de 16 millions de dollars. Pendant ce temps, la lenteur de la province nous a coûté 24 millions de dollars, ce qu’un autre présentateur a qualifié « d’occasion manquée ».

La ministre aurait aussi pu entendre Matthew Brougham, de la Nouvelle-Zélande, qui a expliqué comment son pays avait atteint le coût des médicaments le plus bas au monde en mettant en place un programme universel d’assurance-médicaments. Et ce programme inclut de payer moins que le Canada pour les médicaments d’ordonnance de la société Apotex, une compagnie canadienne.

Tout en admettant que le système de la Nouvelle-Zélande comporte certains inconvénients, notamment l’adoption lente des nouveaux médicaments coûteux, Brougham a dit que la Nouvelle-Zélande préférait adopter un système qui donne une « Ford »à tout le monde plutôt qu’un système qui donne une « Rolls » à certains, une « Ford » à d’autres et rien du tout au reste.

Walter Robinson, un ancien candidat conservateur qui représentait les sociétés pharmaceutiques de marque, a astucieusement fait remarquer que les absents ont toujours tort.

Aglukkaq a définitivement raté l’occasion.

Kathleen Connors, ancienne présidente de la Coalition canadienne de la santé, a pris le microphone et exprimé sa colère face à l’absence délibérée de la ministre fédérale de la Santé.

Étant donné le cas particulier du Canada comme l’un des derniers pays industrialisés à adopter un programme d’assurance-médicaments national, Connors a demandé « comment faire pour obtenir du fédéral qu’il vienne à la table lorsque nous sommes si loin derrière nos frères et sœurs du monde développé?  ».

Aglukkaq aurait également pu prendre note du coût excessivement élevé des soins de santé aux États-Unis, qui a un système pharmaceutique similaire au nôtre. Pour les médicaments d’ordonnance au Canada, certains sont pris en charge par le régime public, d’autres par des assurances privées et d’autres encore par des citoyens non assurés. On estime qu’environ un Canadien sur dix ne remplit pas ses ordonnances à cause du coût.

Le Dr Joel Lexchin, professeur à la faculté des politiques et de la gestion des services de santé de l’Université York, a fait remarquer que le gouvernement fédéral courant manquait à l’appel et que rien ne changera, vraisemblablement, jusqu’à ce qu’on le remplace.

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