Les experts présentent la preuve que l’austérité tue vraiment

L’Ontario entre actuellement dans la deuxième année de son programme d’austérité, convaincu que c’est la seule façon de se sortir d’un problème économique qui ne vient même pas d’ici.

Plus tôt, nous avions mis en évidence les arguments économiques qui indiquent que l’austérité entraîne un « freinage fiscal » voué à l’échec, lequel ajoute aux problèmes de dette et de déficit. Un nouveau livre de deux experts des deux côtés de l’Atlantique fait valoir que l’austérité est non seulement vouée à l’échec, mais qu’elle est aussi mauvaise pour la santé.

Dans The Body Economic: Why Austerity Kills, David Stuckler et Sanjay Basu présentent une analyse convaincante sur la façon dont les politiques d’austérité ont fait des citoyens les sujets involontaires d’une expérience remarquable dans le domaine de la santé publique. Les résultats sur la santé de la population ont été fort différents qu’on vive au Royaume-Uni, en Grèce, en Espagne ou en Italie ou plutôt en Suède, en Islande ou au Danemark.

Les auteurs soutiennent que ce n’est pas la première fois qu’on joue à ce jeu d’austérité c. relance. Les États américains qui ont adopté les programmes de relance « New Deal » de la grande dépression ont montré de bien meilleurs résultats en matière de santé que ceux qui ont préféré s’abstenir.

« Les choix économiques ne concernent pas uniquement les taux de croissance et les déficits, c’est aussi une question de vie ou de mort » (adaptation libre), écrivent les auteurs.

Dans leur étude examinée par des pairs, les deux détenteurs de doctorats ont indiqué qu’en plus d’atténuer les souffrances humaines, investir dans les bons programmes peut aussi stimuler la croissance économique. Chaque dollar investi dans les programmes de santé publique résulte en un bénéfice net pour l’économie de 3 $. Sans conteste, c’est une entente en or. Et pourtant, l’idéologie nous empêche de voir ce qui nous saute aux yeux.

Qualifiant la Grèce de catastrophe de santé publique, les auteurs font remarquer que les mesures d’austérité imposées se sont traduites par une augmentation de 52 pour cent du taux de VIH, le double de suicides, une augmentation des homicides et un retour du paludisme, tandis que des programmes de santé nécessaires étaient supprimés. Les admissions à l’hôpital ont augmenté de façon dramatique après que les Grecs aient refusé les soins nécessaires et le taux de mortalité infantile a augmenté de 40 pour cent.

L’Islande, qui a connu une récession économique pire qu’en Grèce, a opté pour la relance et a amélioré son filet de sécurité sociale durant les périodes difficiles. La santé de sa population n’a pas été affectée par la récession – en fait, les résultats en matière de santé se sont améliorés! La Grèce, qui s’en tient à l’austérité, demeure une catastrophe économique. L’Islande s’est en grande partie rétablie.

La Grèce n’est pas la seule zone de catastrophe. Dans certains comtés américains, l’espérance de vie moyenne a baissé pour la première fois en quatre décennies. Pourtant, dans l’ensemble, le programme de relance d’Obama a stimulé l’économie américaine, contrairement au programme d’austérité de la Grande-Bretagne, qui a enfoncé le pays dans une récession à triple creux et laissé une dette encore plus importante.

« Spécialistes de la santé publique et de l’économie politique, nous avons regardé avec effarement les politiciens se perdre dans des débats interminables sur la dette et le déficit, sans trop d’égards au coût humain de leurs décisions » (adaptation libre), ont écrit les deux auteurs dans un récent éditorial du New York Times.

Il sera intéressant de voir comment s’en sort le Canada. Au départ, nous étions parmi les nations ayant opté pour la relance, mais nos gouvernements fédéral et provincial ont décidé de faire marche arrière et d’adopter l’austérité, contribuant à la perte de l’emploi de milliers de travailleurs du secteur public et jetant leurs familles dans la tourmente.

Les premiers résultats sur la performance économique sont sortis – le budget de l’Ontario montre que l’économie a commencé une fois de plus à ralentir au-delà des attentes du gouvernement – et les décideurs sont incapables d’établir un lien avec ce demi-tour économique. Alors qu’ils ne l’ont pas prévu, nous avions fait remarquer il y a plus d’un an que de telles politiques auraient un effet sur la croissance économique globale.

L’élite politique de l’Ontario a-t-elle appris quoi que ce soit? Pour toutes les mesures d’austérité imposées par le gouvernement Wynne, le parti conservateur de Monsieur Hudak voudrait balancer le budget encore plus vite – sans doute au prix de la vie de quelques Ontariens.

Dans un pays où environ les deux tiers des coûts des soins de santé sont pris en charge par le secteur public, et où les soins de santé s’accapparent habituellement environ 40 pour cent des budgets provinciaux, quelles seront les répercussions sur les coûts associés aux soins de santé d’ignorer les preuves et de poursuivre notre chute libre sur le chemin de l’austérité?

La Grèce a connu une augmentation spectaculaire de l’utilisation des hôpitaux. L’Ontario croit pouvoir geler le budget de base des hôpitaux pendant encore quatre ou cinq ans pour mettre en œuvre son plan d’austérité plus modeste.

À l’époque Harris, le point tournant avait été les ambulances qui devaient tourniquer autour de Toronto pour trouver une salle d’urgence ouverte. Quel sera le nouveau point tournant cette fois-ci? Et combien de gens devront payer de leur vie pour satisfaire une idéologie vouée à l’échec?

 

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