« Soins et relation humaine », deux éléments essentiels à de bons soins de longue durée, nous dit la recherche

Comment les foyers de soins de longue durée du monde font-ils pour réussir?
C’est la question à laquelle une équipe de recherche internationale a cherché à répondre en voyageant à travers l’Amérique du Nord et l’Europe.

Dirigée par Pat Armstrong et Donna Baines, une équipe de chercheurs a visité des foyers de soins de longue durée au Canada, en Allemagne, en Norvège, en Suède, au Royaume-Uni et aux États-Unis, en quête de pratiques qui permettraient aux résidents de ces maisons de se sentir davantage comme chez eux.

Leurs conclusions ne surprendront pas les travailleurs d’établissement de soins de longue durée. Pour des soins de longue durée de bonne qualité, les fournisseurs de soins doivent établir des relations solides avec les résidents. Un personnel adéquat, de bonnes conditions de travail, des emplois sûrs, un financement public approprié, des cuisines bien équipées, dotées d’un personnel à l’interne, contribuent à l’excellence des soins.

La recherche effectuée par Pat Armstrong and Donna Baines a donné lieu à la rédaction d’un livre facile à lire et bourré d’information utile intitulé Promising Practices in Long-term Care: Ideas Worth Sharing (2015). Une collection de courtes chroniques émouvantes recueillies auprès de 13 maisons de soins de longue durée et accompagnée de solides statistiques et de huit recommandations pour la promotion des soins en tant que relation. (Téléchargez-le gratuitement ici) (en anglais)

Supprimer les profits privés pour améliorer les soins

Les chercheurs ont découvert que les maisons de soins infirmiers à but non lucratif, jouissant de fonds publics adéquats, étaient plus susceptibles d’avoir de meilleures conditions de travail. Les liens entre de bonnes conditions de travail et de solides relations de soins avec les résidents sont évidents :

  • Des niveaux de dotation adéquats permettent au personnel de prendre le temps d’interagir avec les résidents;
  • Des emplois permanents et sûrs et des horaires de travail stables aident les résidents à se familiariser avec du personnel régulier qui prend soin d’eux à des heures régulières;
  • Les congés de maladie payés permettent aux employés de se reposer lorsqu’ils sont malades et d’éviter d’infecter les résidents au travail;
  • De bons salaires, heures de travail, avantages sociaux et pensions réduisent le roulement du personnel, assurant ainsi la continuité des soins;
  • Donner moins d’importance à la paperasserie et au remplissage des dossiers des patients permet au personnel de passer plus de temps à interagir et socialiser avec les résidents;
  • La formation continue améliore les aptitudes du personnel à fournir des soins de qualité aux résidents;
  • En faisant en sorte que tous les services soient fournis par du personnel à l’interne plutôt que par des sous-traitants (p. ex., les services de restauration, nettoyage et blanchisserie), on peut améliorer la qualité des soins aux résidents et les personnaliser.

Ces conclusions se retrouvent dans une étude publiée récemment par le Journal of Post-Acute and Long-Term Care Medicine, qui démontre que les maisons de soins infirmiers à but lucratif en Ontario ont des taux de mortalité 16 pour cent plus élevés et des taux d’hospitalisation 33 pour cent plus élevés que les établissements à but non lucratif. Les foyers de soins à but lucratif ont aussi des taux plus élevés de chutes, d’incontinence et de recours à des moyens de contention.

Insister sur de bons repas

Pat Armstrong et Donna Baines ont découvert que le chemin vers le cœur d’une personne ne passait pas nécessairement seulement par l’estomac, mais qu’une bonne nourriture contribuait largement à faire une différence au niveau de la qualité des soins. Bon nombre des pratiques prometteuses mentionnées dans leur livre tournent autour des repas.

À maintes reprises, les chercheurs ont découvert que les résidences de soins de longue durée où tous les repas sont préparés, cuits et servis sur place par le personnel de l’établissement servent des repas bien meilleurs et prennent bien mieux soin en général de leurs résidents que les résidences qui sous-traitent leurs services de restauration.

Lorsque la nourriture est préparée sur place, les résidents sentent les odeurs de cuisson. Leur appétit est stimulé et ils se réjouissent de manger. Le personnel sur place finit par savoir ce qu’aiment et n’aiment pas chacun des résidents. Ils discutent avec les résidents au moment des repas et des collations, ajoutant à une relation de soins continue.

Lorsque les services de restauration sont sous-traités, des heures de repas strictes doivent être observées car les sous-traitants arrivent et quittent à des heures fixes. Mais lorsque le personnel de cuisine à l’interne met de la nourriture à disposition des résidents toute la journée, voire même 24 heures sur 24 dans un cas particulier cité dans le livre, les résidents ne se sentent pas obligés de manger exactement à la même heure chaque jour.

Le personnel des soins apprécie aussi cette flexibilité. Des relations de soins sont bâties sur les conversations et échanges pendant et entre les tâches quotidiennes de soins. Dans les foyers où l’heure des repas est souple, les préposés aux services de soutien à la personne n’ont pas à hâter leurs soins pour faire en sorte que les résidents arrivent à table à l’heure. Ils ont ainsi le temps de développer des liens avec les résidents et de renforcer leur confiance.

Dans une maison de soins en Allemagne, les résidents qui sont capables de le faire sont même encouragés à aider à préparer les repas, avec le personnel de la cuisine et des soins à proximité pour les aider, au besoin. Un climat de convivialité existe entre les résidents et le personnel de soins; et l’autonomie des résidents est encouragée. Dans une résidence où la préparation et le service des repas sont sous-traités à des compagnies privées, ce genre d’interaction n’a aucune chance de se produire.

Le temps de prendre soin : relations ou bureaucratie?

Réduire les effectifs affecte la qualité des soins, une situation qui entraîne un besoin de règlements bureaucratiques nécessitant une documentation excessive et la réglementation de ce qui devrait venir du simple bon sens.

Les préposés aux services de soutien à la personne en Ontario ont souvent plus d’une heure de travail à faire dans les dossiers des résidents, du temps qu’ils pourraient utiliser pour aider les résidents et interagir avec eux. Par contraste, une maison de soins infirmiers du Manitoba visitée par l’équipe de recherche consigne les exceptions au dossier; en d’autres termes, on y documente que les choses qui sortent de l’ordinaire ou les choses qui ont besoin d’un suivi. Le personnel a ainsi plus de temps pour établir de bonnes relations de soins avec les résidents.

Les foyers visités en Allemagne et en Suède mettent davantage l’accent sur « l’ajout à la vie quotidienne que sur la prolongation de la vie ». Un certain niveau de risque est accepté en échange d’une bonne qualité de vie. Les résidents s’engagent dans des activités qui favorisent l’indépendance, telles que la préparation des aliments avec des couteaux, et se promènent sans restrictions plutôt que d’être poussés dans des fauteuils roulants. Les résidents atteints de démence qui s’éloignent sans prévenir sont surveillés et redirigés par le personnel plutôt que d’être immobilisés ou enfermés. Le personnel a le temps de s’asseoir et de parler aux résidents, répondant ainsi à leurs besoins en matière de socialisation, pas seulement à leurs besoins de soins personnels.

De telles pratiques exigent toutefois un ratio personnel/résidents élevé. La maison de soins infirmiers allemande susmentionnée a un ratio personnel/résidents de 1 à 3. L’Ontario n’a pas de règlement régissant le niveau de dotation minimum, pour faire en sorte que les autres règlements soient satisfaits, tels que l’aide pour aller aux toilettes, pour repositionner les résidents et tout autre type d’aide. Certains préposés aux services de soutien à la personne (PSSP) s’occupent de jusqu’à 42 résidents en même temps.

De bons soins exigent aussi que le personnel passe plus de temps avec chaque résident. En moyenne, les résidents des foyers de soins de longue durée en Ontario reçoivent ce qui suit :

Ce chiffre est bien inférieur aux 4 heures de soins directs que l’Ontario Association of Non-Profit Homes and Services for Seniors recommande.

Selon Pat Armstrong and Donna Baines, des soins de longue durée de haute qualité pourraient être la norme plutôt que l’exception au Canada si nous avions le désir et la volonté politique de faire en sorte de changer les choses. Pour y parvenir, il faudra un changement de culture, s’éloigner du modèle commercial des soins aux personnes âgées et se rapprocher d’un modèle qui tienne compte des besoins des personnes âgées pour leur permettre de vivre des vies pleinement satisfaisantes et décentes.

La création de relations ne peut être légiférée. Mais nous pouvons créer des conditions en vertu desquelles les relations de soins peuvent s’épanouir, en établissant un minimum pour les ratios personnel/résidents et les heures de soins par résident, en créant de meilleures conditions de travail pour le personnel et en s’engageant à injecter des fonds publics adéquats et à rejeter la notion de profits rattachée aux soins de longue durée.

 

 

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