Des statistiques policières choquantes reconnaissent les cibles de restructuration des soins de santé pour ce qu’elles sont – désespérément dépassées

Si quelque chose peut montrer au gouvernement qu’il est temps d’abandonner les cibles en matière de lits réservés aux soins psychiatriques établies par la Commission de restructuration des services de santé dans les années 1990, ce sont les rencontres toujours plus nombreuses entre la police et les Ontariens qui souffrent d’une maladie mentale.

Selon un article publié le weekend dernier dans le Toronto Star, les appréhensions au titre de la Loi sur la santé mentale ont passé de 520 dans la capitale ontarienne en 1997 à 8 441 en 2013.

La police peut appréhender une personne souffrant d’une maladie mentale si elle représente une menace pour elle-même ou pour d’autres personnes ou n’est pas capable de prendre soin d’elle-même.

Le Star note que le financement de la santé mentale a baissé depuis les années 1970, lorsqu’il représentait 11,3 pour cent des dépenses publiques de santé totales. Aujourd’hui, l’Ontario est à 7 pour cent, soit légèrement en-dessous de la moyenne nationale de 7,2 pour cent, et à une bonne distance de l’objectif de 9 pour cent de la Commission de la santé mentale du Canada. Même ce pourcentage est inférieur à ce que de nombreux pays développés dépensent.

Il est clair, d’après les chiffres, que nous n’avons pas substitué les soins communautaires aux soins institutionnels; il semblerait plutôt que nous ayons éliminé les soins psychiatriques.

Les résultats sont clairs.

En août dernier, l’Association canadienne des chefs de police a dit aux médias que le manque de fonds pour la santé mentale contribuait à une augmentation des interactions dans la rue entre ses agents de police et des personnes qui devraient être institutionnalisées.

« Nous sommes passés de l’agence de dernier recours à l’agence de services de santé mentale de premier recours », a déclaré le président de l’Association, Jim Chu, au Globe and Mail. « Et ce n’est pas juste pour les personnes qui souffrent d’une maladie mentale; elles méritent mieux que ça. »

Nous avons remarqué que les plans concernant les nouveaux hôpitaux psychiatriques, à Kingston et à London, étaient basés sur une réduction du nombre de lits, même si les lits financés actuellement sont déjà constamment pleins.*

Le Centre légiste de santé mentale du Sud-ouest avait annoncé, le 22 mai dernier, qu’il pourrait obtenir des fonds pour ouvrir quatre nouveaux lits. C’est quatre lits sur les neuf qui étaient prévus pour absorber la croissance démographique et l’augmentation des besoins au fil du temps. Au lieu de ça, tous ces lits pourraient être remplis dès maintenant. Près de la moitié de la capacité future a disparu, et ce, malgré le fait que le Centre vienne juste d’ouvrir ses portes, il y a à peine un an.

À Kingston, le gouvernement Wynne a signé une entente de trente ans de 901 millions de dollars avec un consortium privé pour financer, construire et entretenir un nouvel hôpital psychiatrique et de réadaptation de 270 lits. Le nouvel hôpital aura 40 lits de santé mentale de moins que ce que l’établissement actuel avait jusqu’à l’an dernier. C’est la dernière d’une série de coupures au niveau des lits d’hôpitaux à Kingston. En 1984, le Centre de soins continus Providence comptait 467 lits. Le nouvel hôpital ouvrira ses portes avec 120 lits.

Nous avons rapporté l’an dernier qu’alors que Kingston perdait des lits réservés aux soins psychiatriques, le financement de base des Services de santé mentale communautaire Frontenac avait lui aussi baissé quelque peu.

Les trois partis ont évité de parler des soins psychiatriques dans ces élections. Dans le budget du mois de mai, le gouvernement Wynne avait prévu une augmentation du financement de la santé mentale de 65 millions de dollars, soit près de 15 millions de dollars de moins par rapport aux trois dernières années. Sans doute fruit d’une réflexion après coup, le PC a dit qu’il ferait de la santé mentale une priorité, mais n’a offert aucune proposition de financement ou explication de la façon dont il procéderait. Le programme électoral du NPD est silencieux à ce propos; la question n’est pas inclue dans les nouveaux investissements de 220 millions de dollars prévus pour les soins de santé pour l’exercice 2014-2015 et au-delà.

Il n’y a pas si longtemps, les trois partis tenaient un tout autre discours. Le Comité spécial multipartite de la santé mentale et des dépendances de 2010 avait atteint un consensus remarquable sur ce qu’il restait à faire.

« Nous avons été changés par ce que nous avons entendu, et nous sommes désormais convaincus qu’une transformation radicale des soins de santé mentale et de toxicomanie est nécessaire si nous voulons que les Ontariens obtiennent les soins dont ils ont besoin et qu’ils méritent de recevoir », avait écrit le député dans l’introduction.

Le comité spécial avait recommandé la mise en place d’un organisme semblable à Action Cancer Ontario pour faire en sorte qu’un seul organe soit responsable de la conception, de la gestion et de la coordination du système de santé mentale et de lutte contre les dépendances.

Ils avaient recommandé qu’un panier de services de santé mentale institutionnels, à domicile et communautaires soit disponible dans chaque région.

Les clients et leurs familles auraient accès à des intervenants pivots.

Ils avaient demandé de mettre sur pied davantage d’équipes mobiles d’intervention en cas de crise 24 h sur 24, 7 jours sur 7, d’élargir la capacité du service Télésanté afin qu’il prenne aussi soin des problèmes de santé mentale, de passer en revue les protocoles aux urgences, de construire davantage de logements supervisés, de créer de nouvelles stratégies d’emploi, de fournir un plein panier de services de santé mentale pour les personnes incarcérées, et des douzaines d’autres recommandations.

Et les lits pour les patients devant être hospitalisés? Ils avaient recommandé une nouvelle évaluation régionale des besoins en matière de lits pour soins psychiatriques aigus, pour les enfants et pour les adultes.

Pourquoi donc continuons-nous de construire des établissements de santé mentale en nous fondant sur les recommandations d’un rapport de la Commission de restructuration des services de santé qui est daté de 1997? Est-ce une coïncidence que cela soit l’année au cours de laquelle la police de Toronto a reconnu n’avoir appréhendé que 520 personnes au titre de la Loi sur la santé mentale? Les temps changent. Pourquoi pas la planification?

* Lorsque nous avons suggéré en février 2013 que l’établissement Providence Care était surpeuplé, le Dr Roumen Milev nous a dit que c’était ridicule vu que l’hôpital était construit pour accueillir 600 à 700 patients. Ce que Milev avait commodément oublié, c’est que la majorité de ces lits n’étaient pas financés, restreignant les patients aux unités financées seulement. C’est pourquoi nous parlons désormais de « lits financés », vu que les lits non financés dans les unités vides ne sont pas vraiment utiles aux patients ou à leurs prestataires de soins.

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