L’Ontario pourrait propager le programme d’assurance-médicaments dans les autres provinces canadiennes – Dre Danielle Martin

Interview avec la Dre Danielle Martin dans le cadre de la série Ramsay Talks au théâtre Isabel Bader.

Interview avec la Dre Danielle Martin dans le cadre de la série Ramsay Talks au théâtre Isabel Bader.

Si nous faisions un bon travail avec ce programme, l’Ontario pourrait inviter le reste du Canada à l’utiliser, a dit la Dre Danielle Martin.

Interrogée sur la question qu’elle voudrait voir abordée dans les prochaines élections provinciales, Martin n’a pas hésité. Contrairement à d’autres initiatives de portée nationale, la province de l’Ontario est assez grande pour négocier à elle seule de meilleurs prix pour les médicaments et pour mettre en œuvre un programme d’assurance-médicaments universel.

Prenant la parole dans la série Ramsay Talks plus tôt cette semaine à Toronto, Martin a dit que le programme d’assurance-médicaments pourrait commencer avec « 20 médicaments pour sauver un pays ».

Elle a dit qu’on pourrait choisir 20 produits génériques qui aident les Canadiens à gérer certaines maladies chroniques. En Ontario, les économies seraient telles que la province pourrait théoriquement payer pour le reste du pays et réduire encore ses dépenses.

« Concentrons-nous sur ceux qui rapporteraient le plus », a-t-elle dit.

Ce commentaire devrait suffire à tout politicien en campagne électorale pour prêter attention et prendre bonne note.

Par exemple, Martin compare le coût de l’atorvastatine (un produit commercialisé sous le nom de marque Lipitor) au Canada et en Nouvelle-Zélande. La Nouvelle Zélande, qui compte environ un tiers de la population de l’Ontario, paie 2,4 cents la pilule pour le produit générique. Au Canada, nous payons 32 cents la pilule. De même, Rampiril, qui est utilisé pour faire baisser la tension et traiter l’insuffisance cardiaque, est vendu à 25 cents la pilule ici au Canada, alors qu’on le trouve à 5 cents la pilule aux États-Unis.

Tandis que l’Ontario a proposé d’imposer un plafond sur les prix des médicaments génériques, ces prix demeurent artificiellement élevés. L’interviewer a lui-même froncé les sourcils lorsque Martin a laissé entendre que la concurrence entre sociétés pharmaceutiques avait sa place dans un système d’assurance-médicaments à payeur unique.

L’ancienne fondatrice de Médecins canadiens pour le régime public décrit l’environnement pharmaceutique actuel comme un « ensemble disparate de joueurs publics et privés », qui crée des iniquités spectaculaires entre les provinces.

Elle affirme que les Canadiens chérissent le régime public d’assurance-maladie parce qu’il est fondé sur le besoin plutôt que sur l’aptitude à payer. Pourtant, 30 % de notre système de soins de santé reste en dehors de ce système, y compris les médicaments.

Ainsi, un patient sur dix ne peut remplir ses ordonnances à cause du coût.

La deuxième grande idée de Martin est celle de savoir quand moins est plus. Elle fait remarquer qu’aux États-Unis, 14 500 décès par année dus au cancer sont attribués à un excès de radiations de scanographies inutiles. Faire preuve de plus de responsabilité ne contribuerait pas seulement à réduire le nombre de décès connexes, mais aussi à libérer des ressources pour les personnes qui en ont vraiment besoin. De même, les médecins sur-prescrivent des médicaments qui ne sont peut-être pas nécessaires pour leurs patients. Elle appelle ça une « épidémie nationale ».

Elle reconnaît le travail des médecins canadiens qui ont lancé une campagne nationale appelée « Choisir avec soin », basée sur une campagne semblable au sud de nos frontières. L’auditoire n’a pu réprimer un sourire lorsque Martin a parlé d’une autre campagne avec le slogan « don’t just do something, stand there » (« ne faites pas simplement quelque chose, restez là »).

« Même d’excellents tests diagnostiques, lorsqu’utilisés à mauvais escient sur les mauvaises personnes ou à de mauvais intervalles, peuvent être nuisibles », a-t-elle encore dit, en donnant l’exemple d’un patient en bonne santé qui s’était fait prescrire un angiogramme après qu’un test de stress ait suggéré des risques potentiels de cardiopathie. On s’est rendu compte que son cœur n’avait aucun blocage, mais le test a déclenché un AVC, qui a mis fin à sa carrière d’athlète.

Martin nous dit qu’au fil de sa carrière, elle a réalisé qu’elle ne pouvait pas éliminer le facteur risque.

Le plus gros changement que nous pourrions apporter dans l’amélioration de la santé des Canadiens a très peu à faire avec le travail que fait Martin.

Elle a donné l’exemple d’un résident dans des logements sociaux dont la santé a commencé à se détériorer en raison de moisissures qui avaient proliféré à la suite d’une inondation. Il a fallu deux ans avant qu’elle puisse déménager dans une autre unité. Pendant ce temps, l’asthme grave qu’elle développa l’empêcha de faire de l’exercice, entraînant dépression et autres effets débilitants sur sa santé.

« Elle était tombée malade non pas à cause de son asthme, mais à cause de sa pauvreté », a ajouté Martin.

Martin défend la cause d’un supplément de revenu garanti national pour tous les citoyens, pas seulement pour les personnes âgées. Semblable au supplément de revenu garanti pour les personnes âgées, ce supplément permettrait d’augmenter le revenu des personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté.

« L’investissement nécessaire serait modeste », a-t-elle encore ajouté.

Non seulement, ce supplément serait-il utile à des personnes comme son patient qui vit dans un logement social, mais il servirait aussi à réduire l’anxiété des personnes qui ont un emploi précaire.

Martin a dit qu’on avait essayé de faire ça à Dauphin, au Manitoba, dans les années 1970, et que ça avait donné de bons résultats. Les hospitalisations dans ce groupe témoin avaient baissé, et plus particulièrement chez les personnes souffrant d’une maladie mentale. Elle a dit qu’il était temps de mettre à jour l’expérience et de lancer de nouveaux pilotes.

La médecin canadienne a parlé de l’événement qui a généré le genre d’attention que Martin connaît maintenant. Elle était loin de savoir qu’une audience obscure du Sénat américain transformerait son profil, affirmant que son audition avait donné lieu à un plus grand nombre de visionnements sur YouTube que certaines vidéos montrant des chats.

Partie d’un groupe international d’experts, sa comparution devant le Sénat fut brève. Martin s’est dite impressionnée par un ancien ministère de la Santé de Taïwan qui décrivait la réaction du pays à une industrialisation rapide.

« Ils se sont réveillés pour découvrir que leur pays était riche », a déclaré Martin. Taïwan a mis sur pied un groupe d’experts indépendant pour examiner des systèmes des soins de santé du monde entier. Sans système en place, Taïwan était ouvert au changement.

Martin a dit qu’ils avaient choisi les meilleurs éléments de systèmes du monde entier.

« Le système ressemble beaucoup au nôtre, mais il inclut tout », a-t-elle encore dit.

Pour le Canada, c’est difficile de changer quelque chose qui est déjà en route.

Elle a qualifié la poursuite judiciaire du Dr Brian Day de « plus grande menace au régime public d’assurance-maladie de notre génération ».

Elle craint que s’il a gain de cause, cette affaire aura des répercussions à travers le Canada.

Day poursuit le gouvernement de la Colombie-Britannique afin de pouvoir ouvrir la porte à la surfacturation et obtenir le droit pour les médecins de travailler à la fois dans le système public et à l’extérieur de ce système.

« S’il gagne, il ne restera pas grand chose du régime public d’assurance-maladie en Colombie-Britannique. »

Martin a mis en lumière certaines études conduites en Australie qui ont montré que là où les soins de santé à deux vitesses sont plus communs, les temps d’attente dans le système public sont plus longs.

« On trouve dans chaque système des histoires de patients dont les soins se sont mal passés », a-t-elle dit. Un régime public d’assurance-maladie qui présente des cas difficiles n’a rien d’exceptionnel.

Alors que son interviewer suggérait que personne n’est intéressé par de nouvelles taxes ou des déficits, Martin s’est faite applaudir quand elle a dit « s’il vous plaît, taxez-moi – je crois que notre pays en vaut la peine ».

 

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