Des groupes de patients appuyés par de grosses sociétés pharmaceutiques s’attaquent au projet de loi interdisant la rémunération des dons de plasma et de sang

Le débat actuel sur les dons de plasma payés a réveillé plusieurs groupes de patients, dont certains financés par de grandes sociétés pharmaceutiques, qui suggèrent que le Canada n’a pas le choix de payer pour ses dons de plasma si l’on tient compte de la pénurie mondiale actuelle.

Compte tenu du fait que la Société canadienne du sang a insisté pour dire que la réserve globale de plasma est suffisante, l’affirmation nous paraît suspecte.

Sur la page d’accueil de l’organisme Alpha 1 Canada (financé par Kamada, Grifols et GlaxoSmithKline, entre autres), rien n’indique que leurs membres ont de la difficulté à se procurer des produits dérivés du plasma.

Qu’est-ce qui a changé, alors, si ce n’est des efforts de pression en faveur de Canadian Plasma Resources?

En fait, un des commanditaires d’Alpha 1 Canada, Grifols, vient tout juste d’ouvrir une nouvelle usine de fractionnement en Espagne qui doublera la capacité et fera passer la production mondiale dans ce pays de 9,6 millions de litres à 12 millions de litres de plasma fractionné d’ici à 2016. Grifols représente 20 % du marché mondial des produits pharmaceutiques à base de plasma.

On se demande en fait où ces groupes de patients étaient lorsque nous faisions nous-mêmes pression pour garder ouvert le dernier centre de collecte de plasma exploité par la Société canadienne du sang au Canada, en avril 2012. La SCS fermait alors son centre de Thunder Bay, affirmant ne pas avoir besoin des 10 000 unités de plasma produites (même si elle augmentait l’importation de plasma américain).

Cette clinique de collecte du plasma avait été établie pour fournir à la fois du plasma congelé frais et envoyer du plasma aux États-Unis pour le fractionnement dans les produits pharmaceutiques pour lesquels Alpha 1 Canada s’inquiète tant aujourd’hui.

Ces gens n’ont pas dit un mot en 2012.

Plutôt que de se fier aux grandes sociétés pharmaceutiques privées, les politiciens de l’Ontario feraient mieux d’écouter ce que l’Organisation mondiale de la santé a à dire à ce propos.

Le nombre de dons de sang est en hausse dans le monde. L’OMS mentionne qu’on a recueilli 107 millions de dons de sang dans le monde en 2011. C’est une augmentation de près de 25 % depuis 2004. Près de la moitié de ce total provient de pays à revenu élevé.

Ce chiffre comprend une augmentation de 7,7 millions de dons de sang volontaires non rémunérés. Selon l’OMS, 71 pays ont recueilli plus de 90 % de leur approvisionnement en sang auprès de donneurs volontaires non rémunérés, et 60 de ces pays ont recueilli 100 % de leur approvisionnement volontairement.

Pour ce qui est des médicaments dérivés du plasma, 41 pays sur 151 produisent des produits dérivés du plasma en fractionnant le plasma recueilli dans le pays. Trente-deux pays sur 41 disent fractionner le plasma dans le pays. Neuf pays sur 41 disent qu’ils envoient leur plasma à l’étranger pour le faire fractionner.

On se demande pourquoi le Canada, un des pays les plus riches au monde, n’est pas sur cette liste.

La résolution WHA64.12 de l’Assemblée mondiale de la santé recommande vivement à tous les États membres (y compris le Canada) de mettre sur pied des systèmes nationaux d’approvisionnement en sang axés sur les dons de sang volontaires non rémunérés et de viser l’objectif d’autosuffisance.

Ces groupes maintiennent que le processus de fractionnement ne présente aucun risque, mais qu’il y a eu des rappels d’immunoglobuline intraveineuse (dérivée du plasma fractionné) dans le monde. Les rappels de produits biologiques par la FDA sont tellement courants que vous pouvez les passer en revue vous-même en cliquant ici.

En 2007, selon l’Agence France Presse, « les régulateurs chinois ont interrompu les ventes de produits d’immunoglobuline intraveineuse de Guangdong Bioyee Pharmaceutical, citant un nombre indéterminé de patients ayant reçu des produits qui avaient été infectés par le virus de l’hépatite C (VHC) ». On nous dit qu’avec le processus de fractionnement, une telle chose ne devrait pas être possible.

Dans le cadre du scandale sur le sang contaminé, le juge Horace Krever avait été clair : «  les mesures visant à réduire les risques ne devraient pas attendre les preuves scientifiques. À un moment où des preuves raisonnables existaient comme quoi de graves maladies infectieuses pourraient être transmises par le sang, les principaux acteurs dans le système d’approvisionnement en sang au Canada se sont abstenus de prendre les mesures de prévention essentielles en attendant la confirmation des risques. Et une catastrophe nationale s’en est suivie.

L’AIIAO, dans sa propre présentation à Santé Canada, fait remarquer que l’enquête Campbell, qui examinait le Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), avait félicité l’Hôpital général de Vancouver pour avoir prévenu la propagation de la maladie. Campbell avait déclaré que le SRAS avait été « contenu si efficacement » parce qu’ils étaient « intransigeants en ce qui concerne le principe de précaution ».

Deb Matthews a elle-même dit à l’Assemblée législative que Canadian Plasma Resources envisageait de vendre le plasma recueilli sur le marché international. La SCS a déjà dit qu’elle n’avait aucune intention d’acheter du plasma de CPR. Tout cela ne garantit pas qu’Alpha 1 Canada ou un autre groupe de défense des patients appuyé par des sociétés pharmaceutiques auront un meilleur accès à ces produits qu’ils n’ont aujourd’hui.

Étant donné qu’on n’a rien à gagner en octroyant une licence à CPR, comment peut-on compenser les effets potentiellement négatifs de l’introduction de dons de plasma rémunérés? Et ces effets négatifs comprennent le détournement des dons à la Société canadienne du sang, ainsi qu’un risque accru de nuire à la qualité et à l’innocuité de l’approvisionnement.

Aussi récemment qu’en 2012, dans sa déclaration de consensus experte, l’OMS disait que « le sang, le plasma et les composants cellulaires du sang, et autres substances thérapeutiques dérivées du corps humain, ne devraient pas être considérés comme de simples ‘marchandises à vendre’ ». … « La disponibilité et l’innocuité de l’approvisionnement, la sécurité des donneurs et des receveurs, et l’utilisation appropriée du sang, du plasma et des composants représentent l’expression ultime de la participation communautaire et des citoyens au système des soins de santé. »

Les politiciens ontariens essaient de gagner du temps à ce propos. Une élection précipitée pourrait tuer le projet de loi interdisant la rémunération des donneurs de sang et de plasma, nous laissant avec l’inconcevable par défaut.

Nous devons arrêter ça. Communiquez avec votre député provincial dès aujourd’hui.

Un exemple de lettre et l’adresse électronique des députés provinciaux se trouvent plus bas :

Monsieur, Madame,

Je vous recommande d’adopter rapidement la Loi sur le don de sang volontaire actuellement devant l’Assemblée législative de l’Ontario.

Souvenons-nous des 30 000 Canadiens contaminés par le plasma américain, constitué de dons payés, dans les années 1990.

À cette époque, l’exportation de ce plasma avait été approuvée par la FDA américaine, en dépit de sources douteuses, notamment de populations carcérales. Il a fallu beaucoup de temps pour rétablir la confiance en notre système de collecte et de distribution du sang.

En autorisant les dons de plasma payés en Ontario, on crée un précédent horrible, qui pourrait inviter d’autres compagnies à entrer dans la commercialisation de nos produits sanguins.

L’Organisation mondiale de la santé ne cesse d’encourager chaque pays à viser l’autosuffisance en matière de produits sanguins au moyen du principe de don volontaire.

Le temps est venu de faire ce qu’il faut faire. Et je vous prie de bien vouloir adopter ce projet de loi aujourd’hui même.

Veuillez agréer, Monsieur, Madame, mes salutations distinguées.

(VOTRE NOM)

Adresses électroniques :Ministre de la santé Deb Matthewsdmatthews.mpp.co@liberal.ola.org

France Gélinas, porte-parole néo-démocrate en matière de santéfgelinas-qp@ndp.on.ca

Christine Elliott, porte-parole conservatrice en matière de santéchristine.elliottco@pc.ola.org

Première ministre Kathleen Wynnepremier@ontario.ca

Andrea Horwath, chef du parti néo-démocrateahorwath-co@ndp.on.ca

Tim Hudak, chef du parti conservateurtim.hudakco@pc.ola.org

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