Examen des RLISS : unifier un système, diviser une communauté

On ne peut s’empêcher de plaindre les députés provinciaux qui siègent au Comité permanent sur les politiques sociales. J’ai l’impression qu’après une douce victoire aux élections, ils n’auraient sans doute jamais cru devoir passer des heures et des heures à écouter une longue succession de présentations de 15 minutes, fréquemment suivies d’une minute de questions et de réponses incomplètes. Si ce n’était de ces quelques questions, les députés auraient sans doute pu faire une sieste sans être dérangés.

Nous étions à Kingston plus tôt ce mois pour faire nos recommandations au comité permanent sur la question épineuse de l’avenir des réseaux locaux d’intégration des services de santé.

Les audiences avaient été mandatées par la loi qui a créé les RLISS. Elles devaient avoir lieu en 2011, mais le moment n’était tout simplement pas approprié pour les libéraux qui avaient une élection générale à gagner. Il est certain qu’une discussion sur les RLISS n’aurait pas été à leur avantage.

Dans le cadre des audiences, une présentatrice a un peu plus tard dit à une députée qu’elle était impressionnée par sa question. Au moins, quelqu’un écoutait. De toute évidence, les attentes du public n’étaient pas particulièrement élevées.

Il faut admettre que nous aimons mieux les présentateurs hargneux, pas tant pour la politique que pour nous garder éveillés. Ce n’est pas que les présentateurs étaient nécessairement ennuyeux, mais c’est surtout que l’information était juste trop abondante.

Chaque personne commence généralement avec une longue description de sa place dans le système des soins de santé, un peu comme une condition préalable à Où est Waldo.

Nous ne faisions en aucune façon exception à la règle, même si ce jour-là, nous étions plutôt du côté des présentateurs hargneux (malgré les bonnes crêpes aux bleuets).

Ces audiences semblent susciter un intérêt considérable, même si la discussion sur les RLISS provoque habituellement un gel cérébral chez la majorité des Ontariens.

Ce matin-là, les présentations semblaient divisées entre les gens de l’intérieur (les « insiders ») et les gens de l’extérieur (« les outsiders »). Les « insiders » sont ceux qui participent activement aux RLISS et les considèrent beaucoup plus sensibles aux besoins régionaux qu’une bureaucratie distante à Toronto (même si le conseil régional des RLISS est composé de personnes nommées à partir de Toronto). Les « outsiders » coléreux sont ceux qui se sentent négligés par les RLISS et ne voient pas leurs préoccupations dans les politiques ou dans la composition du conseil des RLISS.

Un grand nombre des choses qui suscitèrent la colère ou la bonne humeur des participants n’avaient en fait pas grand-chose à voir avec les RLISS. C’était plutôt une question d’argent.

Un fournisseur de services au sein de la communauté voulait savoir si les RLISS respecteraient l’acte législatif original de création et commenceraient à redistribuer l’argent. Nous savons ce que ça veut dire… prends-le dans les grands hôpitaux pour me le donner…

Tandis que les RLISS ont peut-être réussi à engager les fournisseurs de soins de santé dans des discussions, cela ne signifie pas nécessairement qu’ils se soient compris.

Quand on entend des fournisseurs de soins de santé communautaires parler de cette façon, on ne peut s’empêcher de penser aux immenses piles d’argent que les RLISS pourraient soutirer des hôpitaux et redistribuer aux petits organismes communautaires, mains tendues et pépiant comme de petits oiseaux affamés.

Est-il vraiment nécessaire de dire que ça ne fonctionne pas comme ça?

La ministre de la Santé Deb Matthews pense qu’elle fait déjà ce travail de redistribution en gelant les budgets de base des hôpitaux et en donnant plus d’argent au secteur des soins à domicile. Nous avons aussi maintenant une formule de financement des hôpitaux et de l’argent qui suit le patient et de l’argent pour les délais d’attente et des appels d’offres avec des établissements de santé indépendants pour le droit de continuer et un fonds spécial pour les petits hôpitaux… il est difficile d’imaginer la grosse main poilue du RLISS tremper dans toute cette confusion pour obtenir quelques sous additionnels pour ces organismes.

Et quand on prend de l’argent d’un fournisseur existant, ça entraîne généralement des conséquences.

Plusieurs présentateurs ont parlé d’indicateurs. La plupart des indicateurs qui nous disent si un RLISS fait bien son travail concernent vraiment les hôpitaux. Ils ne fonctionnent pas particulièrement bien pour les fournisseurs de la communauté. Ils ont tendance à dévaloriser le travail de certains.

On nous a dit que les visites spécialisées en gériatrie, par exemple, peuvent prendre plus de temps. Ça ne paraît pas toujours très bien sur une fiche d’évaluation de la responsabilité lorsque l’indicateur concerne le nombre de visites plutôt que la qualité ou la durée des visites.

Une infirmière en santé publique a décrit la façon dont un RLISS avait contacté son unité relativement à la mise en œuvre d’un programme de prévention des chutes, tandis qu’un autre RLISS voisin l’ignorait. Le problème est que l’unité de santé publique chevauchait le territoire défini par les deux RLISS. Cette infirmière a dit que c’était censé être une initiative pan-RLISS. Nous avons remarqué que Paul Huras, le PDG du RLISS du Sud-Est, avait commencé à gribouiller.

On pouvait entendre une certaine lassitude dans sa voix tandis qu’elle nous disait qu’il était préférable de travailler sans l’autre RLISS à cause de toute l’énergie qu’il leur fallait pour établir des relations.

Les deux présidents de section locale du SEFPO ont eu leur bref moment devant le comité. Dan Anderson (Centre de santé mentale Providence Care, Kingston) et Herve Cavanagh (Hôpital de district de Perth et Smith Falls) ont parlé de leurs frustrations à voir disparaître ce qu’ils considèrent de bonnes pratiques cliniques du système des soins de santé. Herve a carrément dit au comité que cela ne faisait aucun sens d’éliminer les services de réadaptation à l’hôpital parce qu’ils coûtaient peu cher et avait un gros impact sur la durée du séjour. Dan a insisté pour dire que la prestation des soins de santé mentale était de plus en plus fragmentée et que cela entraînait davantage de bureaucratie.

Pendant la pause du déjeuner, les politiciens se sont approchés pour discuter avec les présentateurs qui étaient restés. En dehors des règles pompeuses du comité permanent, la conversation a paru beaucoup plus naturelle.

Les RLISS devaient faire des soins de santé un système, en rassemblant les prestataires. Au cours de ces audiences, on semble découvrir que les RLISS divisent la communauté de façons imprévues. Le défi sera de rassembler tout le monde sous un même toit, pas juste quelques-uns.

Cliquez ici pour lire les remarques faites au comité par Warren (Smokey) Thomas, le président du SEFPO.

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