Harris avait dû mettre un terme aux coupures dans les hôpitaux après deux ans – qu’en sera-t-il de Wynne?

Lorsque Deb Matthews, la ministre de la Santé, a prononcé son discours de clôture lors de la  conférence HealthAchieve 2013 de l’Association des hôpitaux de l’Ontario (AHO), la salle était aux deux tiers vide. Deux jours auparavant, la salle était pourtant pleine à craquer pour l’astronaute canadien Chris Hatfield.

Il y a généralement moins de monde pour la dernière matinée de la conférence annuelle de l’AHO que les deux jours précédents, mais c’est la première fois qu’il y en avait aussi peu.

L’ancien ministre de la Santé George Smitherman attirait quand même pas mal de monde la dernière journée. Les dirigeants d’hôpitaux font peut-être payer à Deb Matthews les restrictions qu’elle impose aux hôpitaux.

Il y a deux ans, l’AHO avait rappelé au gouvernement provincial que les conservateurs de Harris, qui avaient prévu trois années de réductions des coûts dans les hôpitaux ontariens, avaient dû abandonner leur effort après la deuxième année.

Non seulement les conservateurs avaient annulé les dernières compressions de 507 millions de dollars en 1998, mais ils avaient également dû accroître considérablement le budget de restructuration.

L’AHO ajoute qu’à cette époque les hôpitaux pouvaient mieux supporter la rigueur budgétaire.

Deux ans après le gel du financement de base, qui représente une réduction réelle de trois à cinq pour cent par an, il n’y a plus rien à couper dans les hôpitaux de l’Ontario. Contrairement au gouvernement Harris qui avait prévu un gel d’une durée de trois ans, le gouvernement Wynne a l’intention de le maintenir jusqu’en 2018.

Comme dans les années 1990, le gouvernement provincial modifie son mode de financement, mais il réalise trop peu de nouveaux investissements communautaires pour financer les services qui sont délestés par les hôpitaux à court d’argent. L’AHO a souligné que les avantages de la restructuration des années 1990 ne se sont fait sentir que des années plus tard. On ne peut pas ajouter des services communautaires le vendredi et s’attendre à ce que les hôpitaux en profitent dès le lendemain.

Voici ce que l’AHO pense des compressions du gouvernement Harris : « L’absence d’une stratégie coordonnée indispensable pour restreindre les dépenses, l’insuffisance de temps prévu pour réaliser les économies proposées et le désir d’éviter des coupures draconiennes au niveau des services ont empêché d’atteindre les cibles budgétaires. »

Au cas où le gouvernement actuel ne l’aurait pas remarqué, l’AHO a mis en caractère gras le résumé précédent.

L’AHO soutient que c’est ce qui a déclenché les problèmes de déficit qui commencèrent à empoisonner la vie des hôpitaux ontariens. Le Ministère a même été obligé d’avancer des millions de dollars afin de permettre aux hôpitaux de payer les salaires. C’est également devenu une priorité majeure des réseaux locaux d’intégration des services de santé.

En 2011, l’AHO avait formulé plusieurs recommandations que le gouvernement a fini par mettre en œuvre. L’AHO avait recommandé une augmentation de 5,5 pour cent du financement des centres d’accès aux soins communautaires. Le gouvernement a augmenté le financement des soins à domicile et communautaires de quatre pour cent l’an dernier et de six pour cent cette année.

On avait également recommandé de faire le maximum pour offrir des augmentations semblables pour la santé mentale dans les hôpitaux et au sein de la communauté. Cela n’a pas été fait.

L’AHO avait en outre suggéré au gouvernement d’élaborer une stratégie visant les usagers à coût élevé. Le gouvernement a récemment lancé la stratégie des maillons santé qui encourage la coordination entre les fournisseurs de soins et les organismes de services sociaux. Les opinions restent mitigées quant à son véritable impact, mais la plupart restent optimistes.

Ce que l’AHO voulait vraiment, et n’a pas obtenu, c’était la planification des capacités, une mesure qui figurait dans sa surprenante critique du budget du printemps. La dernière fois qu’on a planifié les capacités remonte aux années 1990 – les objectifs sont aujourd’hui considérés dépassés.

L’AHO fait valoir que la planification des capacités comprend l’établissement de points de référence « pour des choses comme le nombre de lits d’hôpital, le nombre de lits de soins de longue durée, le nombre de places dans les services d’aide à la vie autonome, le nombre d’heures de soins à domicile et les services de soins primaires, entre autres. »

« Le manque de planification des capacités au niveau du système entraîne des pressions imprévues sur les coûts », a averti l’AHO. « On observe alors des lacunes au niveau des services, une demande accrue pour les soins hospitaliers lorsque des solutions de rechange appropriées n’existent pas, et des décisions de financement précipitées lorsqu’il y a trop de pression sur les coûts et la demande. »

Le nombre de lits d’hôpitaux par habitant en Ontario est parmi les plus bas au monde (nations développées). L’AHO maintient que la situation est aggravée par les lits supplémentaires qui sont requis pour respecter les cibles de temps d’attente pour des interventions comme les arthroplasties de la hanche et du genou.

Le rapport de 2011 ne prévoyait pas un niveau de financement approprié pour les hôpitaux, même si l’AHO avait rappelé au gouvernement que si le financement des hôpitaux ontariens avait correspondu à la moyenne de ce que les hôpitaux des autres provinces avaient reçu, il aurait été 3,5 milliards de dollars plus élevé.

Si l’AHO s’attend à ce que le gouvernement actuel suive l’exemple du gouvernement Harris et mette un terme à son plan d’austérité pour les hôpitaux publics, peu de choses indiquent que cela va se produire.

Juste avant les dernières élections générales, le vérificateur général avait qualifié d’agressives les prévisions sur trois ans du gouvernement pour les dépenses de santé. Il faut se rappeler qu’on prévoyait alors des augmentations de trois pour cent des dépenses globales pour la santé. Mais nous avons obtenu encore moins que ça, avec un peu plus de deux pour cent pour cette année.

Le système tient debout grâce à une série de mesures de fortune, dont des fonds de secours de 600 à 800 millions de dollars annoncés en 2011 pour les hôpitaux avec des fonds de roulement sérieusement déficitaires (les actifs courants sont inférieurs au passif courant). Le problème est qu’on doit afficher des budgets équilibrés pour être admissible – une position difficile à maintenir pendant un gel du financement.

Pour le gouvernement Harris, c’est l’image d’ambulances tentant désespérément de trouver un service des urgences qui accepterait de prendre en charge leurs patients qui avait permis de renverser la vapeur. Pour un gouvernement minoritaire qui vraisemblablement fera face à des élections au printemps, les libéraux de Wynne parient sur leur pouvoir de continuer de dissimuler les véritables compressions qui se produisent sous le couvert de la transformation du système. D’ici là, la réalité pourrait bien nous tomber dessus.

Nous ne sommes pas sûrs que si nous étions à la place de la première ministre de l’Ontario, nous voudrions prendre un tel risque.

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