Déterminants sociaux : les sondages indiquent un large appui en faveur de l’indexation du salaire minimum

La Chambre de Commerce de l’Ontario a probablement surpris tout le monde en suggérant, en septembre dernier, que la meilleure façon de rajuster le salaire minimum était de le corriger automatiquement en fonction du coût de la vie.

De nombreux groupes de lutte contre la pauvreté défendent une telle politique et demandent que l’Ontario rattrapent les trois années au cours desquelles le salaire minimum est resté à 10,25 $. L’Ontario est une des trois juridictions au Canada qui n’a aucun mécanisme d’augmentation du salaire minimum.

Tandis que la Chambre ne s’est jamais vraiment montrée en faveur d’une augmentation salariale pour les travailleurs, selon elle, en liant le salaire minimum au coût de la vie, il serait plus prévisible, transparent et juste.

Un récent sondage donne à penser que la plupart des Canadiens sont d’accord avec ça. Le sondage Vector de septembre* indiquait que 53 pour cent des Canadiens sont fortement en faveur d’une augmentation annuelle du salaire minimum fondée sur le coût de la vie. Un autre 36 % appuyaient plus ou moins l’idée.

On ne peut pas vraiment avoir mieux comme consensus au Canada.

Là où la question devient un peu délicate, c’est comment faire pour rajuster ce salaire pour les trois dernières années, pendant lesquelles aucune augmentation n’a été accordée.

Quand on a demandé aux Ontariens à combien le salaire minimum devrait être aujourd’hui, on a obtenu une moyenne de 12,52 $ de l’heure, bien plus que le salaire minimum courant, mais moins que ce que les défenseurs du salaire minimum disent nécessaire pour sortir les travailleurs de la pauvreté (14 $).

Rien de tout cela ne va sans doute se faire tout de suite vu que la première ministre Kathleen Wynne a décidé de nommer un comité pour examiner la question, en dépit de ce large consensus. On ne prévoit pas recevoir de rapport de ce comité avant 2014; ainsi, le salaire minimum restera à son taux actuel pendant encore une autre année pour près d’un travailleur ontarien sur dix.

Le comité sera présidé par Anil Verma, de l’École de gestion Rotman, à l’Université de Toronto. Selon la « Sunshine List », Monsieur Verma a gagné 259 730 $ en 2012, après une augmentation de 2,6 pour cent par rapport à l’année précédente. En 2011, Verma avait obtenu une augmentation salariale supérieure à 13 %.

Pour les défenseurs de la santé, c’est une question importante. Nous savons que le Canada fait face à des taux croissants d’inégalité, un déterminant clé de la santé, et plus particulièrement de la santé mentale. Le gouvernement Wynne pourrait utiliser le salaire minimum comme outil pour montrer qu’ils écoutent et reconnaissent que l’augmentation des taux de pauvreté ne fera que revenir comme un boomerang sous forme de dépenses de santé.

On dirait qu’ils y pensent déjà. L’Ontario examine la possibilité d’introduire son propre régime de pension obligatoire, parallèle au RPC, vu que le gouvernement fédéral refuse de modifier son propre régime pour garder les personnes âgées hors de la pauvreté.

Le débat sur le salaire minimum vient aussi à un moment où le mouvement pour des salaires de subsistance prend de l’ampleur en Amérique du Nord. Les municipalités américaines en particulier ont commencé à établir des mimimum bien supérieurs à ce qu’offre le gouvernement fédéral américain, soutenant que les gouvernements subventionnent en fait les grandes sociétés en aidant les travailleurs à bas salaires.

Tandis que des compagnies comme Wal-Mart s’opposent ouvertement à de telles initiatives, les défenseurs du salaire de subsistance font remarquer qu’en 2012, Wal-Mart avait empoché des profits de près de 120 milliards de dollars et que Michael Duke, son PDG, avait gagné environ 16 000 $ de l’heure, soit juste un peu moins que ce qu’un travailleur gagne en une année au salaire minimum aux États-Unis.

Dans un récent rapport de l’Institut Wellesley, Sheila Block écrivait qu’entre 2003 et 2011, la part des employés de l’Ontario payé au salaire minimum avait plus que doublé, allant de 4,3 pour cent à 9 pour cent.

Tandis qu’on pense généralement que ce sont les jeunes qui travaillent au salaire minimum, Block a indiqué que 40 pour cent des travailleurs payés au salaire minimum étaient âgés de plus de 25 ans en 2011 et que 19,1 pour cent des immigrants récents travaillaient à ce taux. Un pourcentage plus élevé de travailleurs racialisés et de femmes gagnaient aussi ce montant.

Et ce n’est pas tout. Si nous ajoutons ceux et celles qui gagnaient moins de 14,25 $ de l’heure, soit à peu près le taux suggéré par les défenseurs comme nouveau salaire minimum, près d’un million d’Ontariens seraient affectés.

Tandis que la droite insiste pour dire que le marché devrait déterminer la rémunération, et pas les gouvernements, cette position ne reçoit guère d’appui du public. Dans le sondage Vector, seuls 7 pour cent des Ontariens ont dit qu’il ne devrait pas y avoir de salaire minimum.

La notion d’un salaire de subsistance est également étroitement liée à la religion. Par exemple, l’Église catholique estime qu’un « salaire juste » en est un qui non seulement permet à un travailleur d’avoir assez pour vivre, mais lui permet aussi de vivre « dignement ».

Dans un article du magazine Catholicity publié en 2007, le révérend Robert Johanson disait que priver un travailleur d’un salaire juste était un « grave péché ».

Plus de 90 pour cent des nations ont un salaire minimum légiféré par le gouvernement ou négocié collectivement.

Le sondage Vector montre bien que les Ontariens sont en avance sur leur gouvernement lorsqu’il s’agit d’aider les travailleurs au bas de l’échelle. Si le comité ne revient pas prêt à indexer le salaire minimum, certaines questions difficiles devront être posées en ce qui concerne les choix de ce comité.

* La Coalition des sondages Vector est composée d’un certain nombre d’organisations syndicales, dont le SEFPO, qui mettent leurs ressources en commun pour conduire trois importants sondages omnibus par année. Les sondages sont effectués par Vector Research and Development Inc. Les résultats du plus récent sondage sont basés sur des entrevues conduites entre le 18 et le 24 septembre 2013 auprès de 1 108 adultes à travers le pays. Les résultats globaux comportent une erreur d’échantillonnage de plus ou moins 2,9 points de pourcentage. 

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