Le PC ontarien poursuit sa guerre contre le secteur public avec le projet de loi 113

Il est difficile de comprendre comment le député conservateur provincial Tobby Barrett, un gars qui a passé la plus grande partie de sa vie professionnelle à la fonction publique, a une telle dent contre les travailleurs du secteur public.

Barrett a présenté le projet de loi 113 à l’assemblée législative pour se tailler une nouvelle bureaucratie au ministère des Finances. Son travail consisterait à comparer les salaires au sein des secteurs public et privé. Cette « division de l’équité salariale » orwellienne est sensée guider les arbitres dans la négociation des contrats avec les travailleurs du secteur public.

Qu’importe que les décisions arbitrales prennent déjà en compte des comparateurs salariaux et qu’une telle division puisse être à la fois très coûteuse et tout à fait redondante.

Ce n’est que la plus récente d’une série d’attaques contre les travailleurs du parti conservateur ontarien, lequel semble bien résolu à vouloir réduire les salaires de tous ceux qui comptent sur un chèque de paie régulier dans cette province. L’objectif optimal n’est pas de faire adopter cette mesure législative, mais plutôt d’exacerber l’antipathie du public à l’égard des travailleurs du secteur public. Pour dire, ce projet de loi était tombé à l’eau déjà avant le vote.

Les conservateurs disent que le personnel existant du ministère du Travail aurait pu s’occuper de cette nouvelle division du ministère des Finances, forçant au moins un député provincial à se demander ce que les conservateurs pensent que ces employés font actuellement!

« Pensent-ils qu’ils se complaisent à bavarder devant la fontaine à eau et n’ont rien d’autre à faire? », a demandé Sarah Campbell, députée néo-démocrate provinciale, pendant le débat qui a eu lieu la semaine dernière.

Ce qui est vraiment choquant, c’est le fait que Barrett puisse croire que seul le secteur privé paie les salaires du secteur public, comme si nous ne payions pas d’impôts dans la province et ne faisions aucune contribution publique.

Barrett insiste pour dire que les travailleurs du secteur public sont surpayés de 30 pour cent, mettant l’accent sur des données largement discréditées tirées de communiqués de presse manifestement de droite.

« C’est absurde », a déclaré Campbell, « il est impossible de comparer les salaires de certains travailleurs du secteur public à ceux du secteur privé… comment pourrions-nous comparer le salaire d’un agent de police… avec qui pourrions-nous le comparer? ». D’autres évoquent l’exemple des pompiers et des techniciens ambulanciers.

Lorsque l’économiste principal du SCFP a examiné la question, en 2011, il a remarqué que là où la comparaison était possible, les salaires des secteurs public et privé étaient relativement les mêmes. La grande différence était dans l’équité salariale.

Toby Sanger, du SCFP, a fait remarquer que les hommes dans le secteur public sont en fait en moyenne moins bien payés (5,3 pour cent) que les hommes à des emplois similaires dans le secteur privé. En moyenne, les femmes à des emplois comparables reçoivent 4,5 pour cent de plus dans le secteur public.

Sanger fait remarquer que les femmes continuent de se heurter à un important écart de rémunération avec les hommes, mais que cet écart est plus petit dans le secteur public, en raison des politiques sur l’équité salariale.

Il fait également remarquer que les travailleurs du secteur public sont mieux payés à des emplois traditionnellement moins bien payés, suggérant que le secteur public joue un rôle dans la réduction de l’inégalité des revenus.

Pendant le débat de l’assemblée législative, le conservateur Barrett s’est fortement appuyé sur une « étude » de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, qui indique que les travailleurs du secteur public sont payés 8 à 17 % de plus. Cette même « étude » suggère également « que l’idéal serait de se débarrasser entièrement des syndicats du secteur public ».

C’est le genre de documents extrêmes sur lesquels les conservateurs se fient pour offrir des éléments de preuve dans ce débat.

Sanger mentionne que la rémunération moyenne dans les secteurs public et privé est remarquablement pareille – 49 655 $ dans le secteur public contre 49 407 $ dans le secteur privé, soit une différence de 0,5 % (2011).

Pour cette maigre différence, les conservateurs s’emplissent de colère à l’encontre des hommes et des femmes qui veillent à notre sécurité, enseignent à nos enfants, prennent soin de nos personnes âgées et font en sorte que l’Ontario demeure un endroit où il fait bon vivre.

Jugez vous-même des propos mesquins du député provincial conservateur John O’Toole : « Autrefois, la tradition était que les fonctionnaires travaillaient plus fort, et c’était un honneur de travailler à la fonction publique. Ils s’engageaient à l’égard de leur travail, ils étaient dévoués et leur emploi était leur devoir de citoyen. Je pense à des professions comme les agents de la Police provinciale de l’Ontario, les professeurs, les médecins, les infirmières, les chercheurs – la tradition voulait qu’ils soient généralement moins bien payés, mais, en principe, ils étaient employés pour la vie. Les employeurs comptaient sur leur loyauté, et leur pension et avantages sociaux à la retraite étaient respectables. Je dirais que la tradition s’est perdue ». (C’est nous qui soulignons) (traduction libre)

Steven Del Duca, député libéral provincial, a accusé les conservateurs de pratiquer une politique de division en mettant les travailleurs les uns contre les autres.

« Hé, regardez donc ce que le voisin a – qu’on dit – que vous pourriez avoir, à quoi vous n’avez peut-être pas accès, et la meilleure façon pour vous d’avancer est de vous emparer de quelque chose qui appartient à quelqu’un d’autre – à votre voisin ou à une personne qui vit dans une autre région de la province. De tels diatribes semblent être au cœur de l’ADN philosophique qu’exhibe cette législation particulière et les propos du parti conservateur ontarien. »

Alors que les conservateurs prétendent que le secteur public est surpayé de 19 milliards de dollars par année, Del Duca fait remarquer que les restrictions salariales courantes permettent d’économiser 129 millions de dollars tous les deux ans. Et ça, c’est au taux d’augmentation moyen actuel de 0,2 pour cent au sein du secteur public – ou ce que le député provincial libéral Bob Delaney déclare être un quinzième des accords salariaux du secteur privé. Comparons ces modestes économies au milliard de dollars que nous a coûté l’annulation des usines à gaz. Comme le NPD l’a fait remarquer, il y a d’autres choses à passer au microscope pour économiser de l’argent.

Ainsi, pour quelles raisons les conservateurs s’acharnent-ils à provoquer la colère du public?

Les conservateurs soulignent que 76,5 % des travailleurs du secteur public sont couverts par un régime de retraite, comparé à 26 % des travailleurs au privé, comme s’il fallait réduire les pensions du secteur public pour les donner au privé plutôt qu’envisager de faire face à la crise dans laquelle se trouveront bientôt les travailleurs vieillissants du secteur privé.

Tandis que les conservateurs aiment parler de création d’emplois, ils se plaignent qu’en 2011 il y ait eu plus de pertes d’emplois dans le secteur privé que dans le secteur public. Cela veut-il dire que nous devrions nous débarrasser d’emplois juste pour être à égalité avec le secteur privé, sans tenir compte du rôle que jouent ces travailleurs?

Il n’est pas surprenant alors que le gouvernement et le NPD considèrent que le programme des conservateurs cherche le plus petit dénominateur commun.

« Nous ne devons pas faire de la pauvreté un droit public », déclare Campbell.

Avec les libéraux et les néo-démocrates opposés au projet de loi des conservateurs, la législation n’a pas été adoptée. Toutefois, les conservateurs ont bien fait savoir que ce n’était que le début de leur guerre contre le secteur public.

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