Les politiques d’austérité de l’Ontario sont vouées à l’échec – Hennessy

Une histoire peut être racontée de plusieurs façons.

Pour Trish Hennessy, directrice pour l’Ontario au Centre canadien de politiques alternatives, une façon consiste à trouver le mot le plus souvent consulté chaque année dans le dictionnaire Mirriam-Webster en ligne.

Trish Hennessy, directrice du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), a récemment pris la parole à Whitby.

Trish Hennessy, directrice du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), a récemment pris la parole à Whitby.

S’adressant il y a quelques jours à Whitby devant un groupe de nouveaux démocrates de la région de Durham, Hennessy a fait remarquer qu’en 2010, le mot le plus souvent consulté était le terme « austérité ». Un an plus tard, ce fut au tour de « pragmatisme ». En 2012, « socialisme » et « capitalisme » étaient ex æquo.

« Il est clair que quelque chose bouge », nous dit-elle.

De nombreux jeunes gens ont été laissés pour compte depuis la relance post-récession et remettent en question le système économique et politique qui leur refuse leur place au sein de la société.

Hennessy dit que l’Ontario pratique une logique autodestructrice avec ses politiques d’austérité. Tout en réduisant le nombre d’emplois et en gelant les salaires, le gouvernement Wynne s’attend à une reprise économique alimentée par les dépenses de consommation. Comment celle-ci peut-elle avoir lieu lorsque, pour la majorité, les salaires sont stagnants ou en baisse?

Dans la période de 1980 à 2009, le revenu réel (après inflation) des vingt pour cent des Canadiens les plus riches avait augmenté de 38,4 pour cent. Pour les 20 % du milieu, ce revenu était demeuré stable, accusant en fait une légère baisse de 0,3 pour cent. Et le revenu réel des 20 % les plus pauvres, lui, avait baissé de 11,4 pour cent. Pour maintenir le statu quo, la classe moyenne travaille en fait en moyenne 200 heures de plus par année.

Ce phénomène a un impact monétaire sur chacun et chacune de nous, ainsi que les pires résultats de santé, et ce, pour tout le monde, les riches y compris.

Les services gouvernementaux sont un moyen d’atténuer l’inégalité croissante. On estime qu’une famille moyenne de la classe moyenne tire environ 40 000 $ de bienfaits des services publics.

À chaque ronde d’austérité, on perd des services que l’on ne récupère pas quand la situation s’améliore.

« Politiquement, il est difficile de retourner là où nous étions auparavant », a-t-elle ajouté.

Selon Hennessy, les économistes du CCPA estiment qu’en Ontario seulement, les réductions d’impôts coûtent au gouvernement 17 milliards de dollars de revenus par année. Si ces revenus n’avaient pas été cédés, l’Ontario n’aurait pas à adopter ces politiques d’austérité! Pas plus que nous ne devrions attendre jusqu’en 2017 pour équilibrer le budget provincial parce qu’il serait déjà rééquilibré aujourd’hui.

Citant Alex Himelfarb, considéré à une époque comme le plus haut fonctionnaire du gouvernement fédéral, Hennessy souligne qu’il est faux de croire qu’on peut rembourser la dette et remédier à une croissance faible en faisant des coupures au sein du gouvernement.  Selon Himelfarb, cette tactique n’a jamais porté fruit dans l’histoire du monde.

Tandis que les coupures de Martin, au milieu des années quatre-vingt-dix visaient paraît-il à contrer une dette croissante, Himelfarb fait remarquer que c’est la forte croissance de l’économie américaine qui nous a sorti de notre trou financier, pas les coupures exténuantes de Martin au niveau des services et des transferts.

Hennessy a fait observer qu’avec chaque récession successive, le taux d’inégalité a vu une augmentation au cours de la période subséquente à la reprise.

Comme dans les années 1990, les récessions servent de bouc émissaire pour les pauvres, les enseignants, les syndicats et les bénéficiaires de l’aide sociale.

« L’austérité est source de discorde, dressant les gens les uns contre les autres », a-t-elle encore dit.

Ce ne sont pas les leçons tirées de la Grande dépression, où la génération de ses parents apprenait qu’en travaillant ensemble, tout était possible.

Hennessy dit qu’il est temps de changer de conversation. L’austérité fut une source de distraction pour détourner l’attention de l’inégalité sociale croissante.

Nous n’aurons bientôt que deux choix – examiner les options de revenus disponibles pour fournir des services gouvernementaux nécessaires ou décider quel niveau de vie en déclin les Canadiens sont prêts à accepter.

En dépit d’une promesse du chef du parti NPD fédéral Tom Mulclair de ne pas augmenter les impôts, Hennessy insiste pour dire qu’il ne serait que juste que les Canadiens les plus riches qui profitent de toute la croissance économique soient ceux à qui l’on demande d’assumer une plus grande partie du fardeau fiscal.

En Ontario, une augmentation du taux marginal de un pour cent pour les dix pour cent plus riches permettrait de générer des revenus de 639 millions de dollars. En ramenant les taux d’imposition des grandes sociétés aux niveaux de 2009, on pourrait soulever 2,5 milliards de dollars. Une augmentation de la THV d’un seul pour cent ajouterait un autre 2,6 milliards de dollars.  Cela contribuerait largement à réduire le déficit provincial actuel de 9,8 milliards de dollars.

N’oublions pas que le gouvernement fédéral a déjà baissé la TVH de 2 % et qu’une augmentation de 1 pour cent du taux marginal pour les riches correspondrait au taux d’augmentation imposé aux citoyens américains les plus riches à l’issue de la période de réductions des impôts lancées par Bush.

Il y a certainement d’autres solutions. La taxe sur l’essence n’a pas augmenté depuis 1991. Une augmentation de 10 cents à la pompe ajouterait un autre 2 milliards de dollars dans les coffres.

Hennessy ne dit pas que toutes ces mesures fiscales doivent être mises en œuvre, et surtout pas toutes à la fois, mais elle suggère toutefois qu’elles peuvent servir de solutions de rechange aux réductions de services auxquelles se fient les Ontariens les plus en marge de la société.

« Les impôts sont des cadeaux que nous nous faisons les uns aux autres », a-t-elle déclaré, faisant remarquer que dans un sondage d’Environics, payer des impôts étaient parmi les trois premières réponses lorsqu’on demandait aux Canadiens ce qu’ils font qui leur fait du bien.

Elle croit que les Canadiens sont très pragmatiques et ont une longue histoire de responsabilité sociale.

Les réductions d’impôts ont servi à reporter le déficit en matière d’infrastructure à la prochaine génération. Plus nous reportons de tels problèmes, plus ils coûtent cher. Les changements climatiques, y compris les inondations de juillet, montrent bien que nous n’avons vraiment d’autre choix que de réinvestir.

« Ce n’est même plus une décision politique », a-t-elle souligné.

Ce déficit en matière d’infrastructure inclut également l’infrastructure immatérielle. Hennessy souligne que peu de gens savent que le Québec a un excellent programme de garde d’enfants dans lequel les parents contribuent 7 dollars par jour. Ce système est vite amorti car plus on a de parents qui peuvent retourner au travail et plus le gouvernement recueille d’impôts.

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