Société canadienne du sang — le Dr Sher a-t-il déjà entendu parler du principe de précaution?

Le Dr Graham Sher est sans doute l’homme le plus confiant au monde.

Tandis que les experts du monde entier se veillent de ne faire aucune promesse sur la sécurité des produits sanguins, le PDG de la Société canadienne du sang a dit à l’élite participant à la table ronde de Santé Canada qui a eu lieu en avril dernier que les procédés de fabrication actuels incluent désormais « des étapes pour inactiver tout virus ou contaminant, connu ou inconnu ».

Il a ensuite affirmé qu’à ce qu’il sache, il n’y avait eu aucune transmission de maladies infectieuses par les produits dérivés du plasma au Canada en 25 ans.

Quelle différence par rapport à la mise en garde qu’a livrée le juge Horace Krever dans son rapport final de la Commission royale d’enquête sur le système du sang au Canada (1993-1997).

À l’époque, le juge Krever avait indiqué qu’il était difficile de dépister les infections associées à l’utilisation de ce que l’on appelle les « dérivés du plasma ».

« Il est possible, toutefois, que des cas d’infection aient eu lieu mais n’aient pas été reconnus ou déclarés », avait ajouté le juge.

Le juge Krever se reportait à un éditorial paru en 1996 dans la revue Gastroenterology : « Les produits, quels qu’ils soient, sont généralement distribués partout aux États-Unis et à l’étranger. Dans une localité donnée, il peut n’y avoir qu’un seul ou quelques cas de cette source potentielle. Pour que ces cas soient documentés, il est nécessaire d’avoir à faire à une exposition commune à un pool de produits dérivés du plasma de deux ou plusieurs patients dans une pratique, clinique ou catégorie (de patients) particulière. Pour qu’une enquête approfondie soit menée, il faut que le nom du fabricant et le numéro du ou des lots soient enregistrés, une chose qu’on fait rarement. Bien qu’une durée de vie de deux ans signifie que les infections peuvent être largement dispersées dans le temps, il faut généralement que les dates d’apparition d’une hépatite virale transmises par des dérivés soient relativement proches les unes des autres pour provoquer une enquête. Enfin, les infections dues aux dérivés du plasma mis en commun sont souvent de nature subclinique et échappent au dépistage, à moins que les personnes qui reçoivent le produit particulier soient également dépistées par aminotransférase et/ou sérologie. »

Dans un article beaucoup plus récent, Lucy Reynolds, chercheuse à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, nous dit que les produits plasmatiques au Royaume-Uni « sont réputés pour leurs problèmes de qualité évitables ».

Dans un article publié en avril 2013 pour Open Democracy , Reynolds mentionnait qu’il n’existe aucun test fiable pour les variantes de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Le parvovirus B19 a il y a peu de temps fait le saut chez l’être humain, et pourtant il est résistant à la chaleur, aux détergents et aux traitements au solvant.

Le Britannique lord David Owen, M.D., a récemment écrit au premier ministre David Cameron pour lui dire combien il était préoccupé par la privatisation de Plasma Resources UK, disant : « Je ne saurais trop insister sur le fait que nous n’en savons tout simplement pas encore assez sur la mutation des gènes et la propagation d’infections encore non identifiées pour être certains de pouvoir nous en remettre exclusivement à l’achat de plasma sur les marchés mondiaux ».

Aussi, un groupe d’experts canadiens ne s’étaient pas montrés aussi confiants que Sher, en 2007, relativement au dérivé du plasma le plus convoité, l’immunoglobuline intraveineuse (IgIV).
Dans un article visant à établir des lignes directrices pour son usage publié il y a tout juste cinq ans, Tom Feasby, Brenda Banwell et d’autres avaient déclaré « l’IgIV est un produit fabriqué à partir de vastes pools de plasma humain et il est impossible d’affirmer avec certitude qu’il n’existe aucun risque de transmission de maladies infectieuses ».

Les tests peuvent également ne pas tenir compte parfois des développements plus récents chez les donneurs. Au R.-U., Reynolds ajoute encore que les tests basés sur les anticorps peuvent conférer un résultat négatif à un patient qui a contracté une infection primaire très récemment.
Ce n’est pas comme si nous n’avions jamais eu de problème avec l’IgIV dans le passé.

Les pénuries internationales à la fin des années 1990 avaient en partie été dues à l’intervention de la FDA au sein de l’industrie, qui s’inquiétait que « l’industrie du plasma est en retard par rapport à l’industrie des médicaments en ce qui concerne la conformité aux BPF (bonnes pratiques de fabrication) ».

Vu que ces produits ne sont pas fabriqués au Canada, Sher devrait retirer ses œillères et se tourner vers le monde pour recueillir ses preuves.

Il aurait par exemple appris qu’en 2006, l’IgIV chinoise avait posé de graves problèmes en dépit d’avoir passé les inspections de routine locales. Et puis, il y avait eu l’enquête sur la vente de prétendue albumine humaine.

Suite aux décès dans cette province dus au SRAS, les fournisseurs de soins de santé avaient adopté le principe de précaution pour assurer la sécurité à la fois du personnel des soins de santé et des patients.

Pourquoi donc Sher tient-il tellement à soutenir la demande d’un rival d’exploiter un centre de collecte de plasma à but lucratif privé majeur, lequel va à l’encontre de l’approche canadienne plus prudente de dons non rémunérés ou « altruistes »? Mystère!

Mis à part l’industrie du plasma à but lucratif, il nage à l’encontre du courant dominant lorsqu’il dit que rémunérés ou pas, la sécurité des dons est la même.

Pour signer une pétition demandant à la ministre fédérale de la Santé de bannir la rémunération des dons, cliquez ici.

Si vous souhaitez envoyer des commentaires plus spécifiques à Santé Canada (au plus tard le 26 juillet), lisez notre article de la semaine dernière.

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