Les projets de remplacement du laboratoire de l’hôpital de Trenton ne plaisent pas à tout le monde

On en parle depuis déjà deux mois.

Le projet du Centre des soins de santé Quinte (CSSQ) de fermer son laboratoire à l’Hôpital Memorial de Trenton et de le remplacer par un système de « dépistage aux points de service » (DPS) a soulevé la colère des médecins locaux, des politiciens et des membres de la communauté dans cette ville d’environ 20 000 résidents.

Les médias rapportent que le CSSQ fermera son laboratoire à l’hôpital de Trenton au mois de septembre ou octobre.

Selon les médecins, la fermeture du laboratoire marque le début de la fin pour la salle d’urgence de l’hôpital de Trenton – laissant la ville avec un « poste de premiers secours » glorifié. L’hôpital n’est pas de cet avis, affirmant que les sites de Picton et Hastings Nord ont maintenu leur salle d’urgence avec un système de DPS seulement.

Avec les réductions au niveau du personnel infirmier qui sont également prévues, les médecins se demandent bien comment les infirmières des urgences pourront utiliser l’équipement de DPS en toute sécurité.

Le DPS suscite la controverse bien au-delà de Trenton.

L’enjeu est la précision des résultats des tests effectués le plus souvent par des infirmières qui utilisent de l’équipement portable plus petit que celui qu’on utilise dans les laboratoires d’hôpitaux. Tandis que des technologues de laboratoire médical sont censés participer au contrôle de la qualité, ils ne sont pas toujours présents au moment des tests.

Même si le International Journal of Laboratory Hematology mentionne qu’il peut être plus cher d’effectuer le test avec l’instrument de DPS que d’envoyer l’échantillon à un laboratoire central, l’hôpital soutient que ces modifications lui permettront d’économiser de l’argent. Un souci tout particulier à l’hôpital de Trenton, selon le journal, est l’efficacité réduite dans les périodes plus lentes et les coûts plus élevés du contrôle de la qualité.

L’hôpital affirme que la fermeture du laboratoire lui permettra d’économiser 400 000 $, mais le coût complet n’a pas été rendu public et on s’interroge sur le coût et les délais de l’envoi au laboratoire central de Belleville des tests qui ne peuvent pas être effectués avec l’équipement de DPS.

Tandis que le CSSQ s’est donné beaucoup de mal pour nous faire comprendre que c’est la voie de l’avenir, soutenant que le résultat est le même, la littérature scientifique indépendante qui parle du DPS est moins claire sur au moins ce dernier point.

Aux États-Unis, on a découvert que le DPS était loin d’être aussi « infaillible » que le laissaient croire leurs promoteurs.

La Health Care Financing Administration américaine a fait remarquer que des problèmes de qualité avaient été observés par plus de 50 % des laboratoires inclus dans son étude nationale.

Les problèmes allaient d’instructions obsolètes, incorrectes ou inexistantes jusqu’au défaut d’effectuer le contrôle de la qualité exigé par le fabricant de l’équipement.

Des rapports dans la revue Pathology News laissent croire que tandis que le DPS peut être utile, le système a ses limites et il peut présenter des risques pour les personnes imprudentes. Ces rapports mentionnent spécifiquement qu’alors même qu’un système portable de DPS de la glycémie peut suffire au contrôle des troubles glycémiques, il n’est pas assez précis pour établir un diagnostic initial.

Le CSSQ maintient que le DPS fonctionne bien à Picton, mais la chef de la salle des urgences n’est pas du même avis. Dr Amber Stewart, qui est chef de division au CSSQ pour les salles d’urgence de Trenton et Picton, a dit qu’ils avaient eu des problèmes avec le système de DPS dans le comté de Prince Edward et qu’elle en avait informé l’hôpital.

Bien qu’aucune décision n’a été prise, après avoir essayé le système de DPS pendant la nuit, on avait recommandé au Centre des soins de santé de Muskoka Algonquin de restaurer les pleins services du laboratoire pendant ce quart. Est-il possible que le centre Quinte ne soit pas le seul en Ontario à avoir de tels problèmes à l’idée d’utiliser exclusivement le système de DPS?

Face à une pénurie d’infirmières, le centre Quinte devra probablement songer à offrir une formation à ses infirmières, désormais forcées à ajouter à leurs tâches et charges de travail déjà lourdes le dépistage aux points de service. L’Ontario exige que les tests de dépistage aux postes de services soient dûment vérifiés, ce qui signifie que les infirmières doivent approuver tous les tests effectués. Les personnes qui utilisent l’équipement doivent également être certifiées et recertifiées régulièrement, et des dossiers doivent être tenus à jour.

Les directives de 2007 de l’Ontario stipulent que « vu que les opérateurs n’ont pas d’expérience de laboratoire, il y a probablement un manque de connaissances et de compréhension des principes concernant les tests et bonnes pratiques de laboratoire pour assurer la fiabilité des résultats ».

Ainsi, seuls les opérateurs « certifiés » seront autorisés à utiliser cet équipement.

Les directives provinciales de 2007 stipulent également que le Comité consultatif médical de l’hôpital sélectionne et évalue les appareils et systèmes de DPS « en tenant compte de la précision analytique, des seuils de détection et de la facilité de mise en œuvre ».

Toutes les propositions de mise en œuvre d’appareils ou systèmes de DPS doivent être prises en compte et approuvées par le Comité consultatif médical ou son équivalent.

Dans ce qui a dû être l’un des moments les plus étranges dans ce débat, The Trentonian rapporte que Mary Clare Egberts, PDG du Centre des soins de santé Quinte, a fait feu sur les médecins locaux dans le cadre d’une réunion publique. « La liste des 100 000 $ et plus va bientôt sortir et mon salaire sera remis en question », aurait-elle dit. « Il est intéressant de constater que personne ne se demande jamais ce qu’un médecin gagne, et je pense qu’il serait peut-être bon qu’on commence à se poser la question… c’est mon commentaire provocateur pour ce matin. » (adaptation libre)

Les médecins se plaignent de ne pas avoir été consultés en ce qui concerne la fermeture du laboratoire de Trenton et son remplacement avec un système de DPS.

Le DPS n’est pas quelque chose de nouveau; ça fait près de 30 ans qu’on utilise de tels systèmes. Ces dernières années, avec les améliorations technologiques et les économies de temps observées par les fournisseurs de soins de santé qui utilisent de tels dispositifs, on l’utilise de plus en plus souvent. Mais peut-on parler ici de remplacer un laboratoire de service complet?

Les directives mêmes de la province concernant le DPS indiquent le contraire. En fait, les évaluations de la qualité extérieures sont effectuées en comparant les performances du système aux résultats d’un laboratoire central.

Aussi, la province ne parlerait pas de seuils de détection et de justesse si les deux étaient comparables.

La question reste à savoir si Trenton se contentera d’un système de DPS.

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