Kingston vote à 96 % contre la privatisation de l’hôpital

Sur la rue Princess, Jim Neill, membre du Conseil municipal de Kingston, invite les résidents à voter.

Sur la rue Princess, Jim Neill, membre du Conseil municipal de Kingston, invite les résidents à voter.


L’événement réunissait tous les attributs d’une élection. Pancartes de pelouse, annonces télévisées et porte-à-porte. Les médias locaux ont sollicité les points de vue des politiciens et des citoyens tandis que tout le monde s’affairait à obtenir des renseignements avant le vote.

C’est samedi dernier que les résidents de Kingston ont pu exprimer leur préférence en ce qui concerne la proposition d’un nouvel hôpital au sein de leur communauté; l’hôpital sera-t-il entièrement public ou régi par un contrat de financement et d’entretien de 30 ans conclu avec un consortium privé à but lucratif.

Alors que ce vote n’était pas organisé par Élections Ontario ou Élections Canada, rien ne le montrait. La Coalition de la santé de l’Ontario a demandé aux citoyens de Kingston de bien vouloir voter sur l’appartenance du nouvel hôpital de Kingston, en dépit du fait que le résultat de ce vote ne serait pas contraignant.

Après cinq semaines de débat public, la réponse fut claire. 96 % des 9 885 suffrages exprimés dans plus de 50 bureaux de vote disait oui pour garder le nouvel hôpital entièrement public.

Nous avions eu un vote « officiel » à ce propos avant ça. Dans le cadre des élections provinciales de 2003, Dalton McGuinty s’était opposé à la privatisation de l’infrastructure publique, faisant campagne contre deux ententes P3 (partenariat public-privé) mises en route par Ernie Eves, le Premier ministre à l’époque.

Comme samedi dernier à Kingston, en 2003, le public s’était instinctivement opposé à l’idée de privatiser des éléments clés de l’infrastructure publique de l’Ontario. L’opinion de McGuinty l’avait d’ailleurs aidé à obtenir le premier de ses deux mandats. Les Ontariens savaient déjà ce que la privatisation de l’autoroute 407 coûtait à la province. Ils s’inquiétaient de l’impact de la déréglementation et de la privatisation des services de production de l’électricité, et plus particulièrement après une panne catastrophique en août de la même année qui avait affecté une bonne partie du nord-est du continent.

Chris Cormier, vice-président de la Région 6 du SEFPO, récolte les votes dans une station d'essence/café-restaurant sur l'autoroute 15.

Chris Cormier, vice-président de la Région 6 du SEFPO, récolte les votes dans une station d’essence/café-restaurant sur l’autoroute 15.

Comme ce fut le cas samedi dernier à Kingston, le vote de 2003 n’obligeait pas McGuinty à tenir ses promesses.

Ne tenant pas compte des avertissements d’un rapport de Deloitte concernant les coûts plus élevés d’un partenariat public-privé, McGuinty avait signé les ententes pour les hôpitaux William Osler et Royal Ottawa, prétendant qu’il aurait été trop coûteux de les annuler, quelque chose qui s’est avéré faux plus tard.

Il avait apporté un changement toutefois – techniquement, la propriété des hôpitaux restait entre les mains du public, même si le contrôle des installations était confié au secteur privé pendant trois décades. La plupart des gens ont reconnu que ce changement était purement d’ordre cosmétique.

Mais McGuinty est allé encore beaucoup plus loin. Le gouvernement de l’Ontario a adopté le concept de la privatisation des infrastructures publiques comme aucun autre gouvernement au Canada. De nos jours, près de la moitié de tous les P3 se trouvent en Ontario. Dans le secteur des hôpitaux, plus de 30 projets d’infrastructure de la sorte ont pris ce chemin, y compris les nouveaux hôpitaux coûteux de Ste-Catharines et North Bay.

Ce qui est curieux à propos de ce projet de nouvel hôpital pour Kingston, c’est qu’il arrive à un moment où le gouvernement met en œuvre un programme d’austérité et que des centaines si ce n’est des milliers d’emplois sont éliminés dans le secteur hospitalier cette année.

John Gerretsen, ministre et député provincial à Kingston, a admis que le développement d’un nouvel hôpital coûterait plus cher en suivant ce format. Personne ne le conteste. La plupart des rapports qui étudient la question, y compris celui du Conference Board of Canada, un partisan des P3, reconnaît le problème du coût. L’argument en faveur des P3 est qu’ils s’accompagnent d’une garantie de prix, même si cette garantie gonfle considérablement les coûts.

Aucun gouvernement ne construit un hôpital avec des travailleurs publics. La conception et la construction sont toujours confiées au secteur privé. Les projets conçus et construits de la manière traditionnelle peuvent offrir une garantie de prix – il suffit de l’indiquer dans le contrat. Le Centre régional de santé de Peterborough a été construit de cette façon et a été ouvert à temps et sans dépasser le budget pour environ la moitié du coût du P3 de l’hôpital William Osler.

Les coûts des projets publics déraillent souvent lorsqu’on doit apporter des changements après le début des travaux de construction. Dans le monde des hôpitaux, les rectificatifs sont chose courante, avec la nouvelle technologie qui peut affecter de manière considérable la prestation des soins de santé. Les rectificatifs augmentent aussi les coûts dans les P3.

La question est certes complexe, et cela fait cinq semaines que les résidents de Kingston la débattent. Les politiciens municipaux avec qui nous avons parlé ont admis que cette campagne fut un excellent outil pédagogique. Elle démontre que le public peut examiner des questions complexes comme celle des P3 et en venir à une décision.
Même Infrastructure Ontario a été obligé de se présenter devant le Conseil municipal de Kingston et de répondre à ses questions. Les membres du Conseil ont été surpris d’apprendre que le gouvernement acceptait un rendement sur investissement d’environ 12 pour cent par année pour le consortium. La source de cet argent? C’est simple, la province de l’Ontario et ses contribuables. Les municipalités contribuent également de façon directe aux grands projets d’infrastructure publique. L’idée que le Conseil municipal de Kingston puisse devoir verser des millions de dollars pour un projet pour lequel une entreprise privée tire des profits est restée prise en travers de la gorge de quelques représentants.

Et ce n’est pas comme si le vote n’avait pas tenu compte des arguments de l’autre partie. Le maire de Kingston, Mark Gerretsen, a voté contre une motion du Conseil municipal d’envoyer une lettre à la province pour demander qu’on supprime de la proposition les dispositions relatives au contrôle privé pendant 30 ans. Le vote du maire a légèrement fait pencher la balance contre la motion. Plus de 200 personnes ont voté pour l’option de privatisation. Ceux qui se sont occupés du vote se sont assurés que les citoyens avaient bien compris qu’ils avaient le choix.

Malgré le froid, plus de 180 volontaires se sont disséminés dans toute la région pour encourager les gens à voter. Plusieurs bureaux de vote étaient installés à l’extérieur, exposés au vent et à une pluie froide, à un moment donné, y compris un dans le marché situé à côté de l’Hôtel de ville. À d’autres endroits, les responsables du vote ont été invités à s’installer à l’intérieur de certains commerces, y compris d’une station d’essence et d’un Tim Hortons que nous avons visité près de la 401. Dans une épicerie où le bureau de vote avait été installé dans l’entrée, les militants ont été agréablement surpris du soutien reçu du personnel et de la direction.

Aux bureaux de vote, on a demandé aux résidents de signer un formulaire reconnaissant qu’ils ne voteraient qu’une fois. Les personnes qui ont voté devaient être âgées d’au moins 14 ans et vivre dans la région immédiate.

Ce n’est pas la première campagne de plébiscite organisée par les citoyens à ce propos, mais il est évident que la Coalition de la santé de l’Ontario devient experte en la matière.

La question reste qu’avec les résultats de ce plébiscite et des élections de 2003, où le gouvernement croit-il avoir un mandat pour apporter un changement aussi fondamental à la façon dont il développe l’infrastructure publique?

La Coalition de la santé de l’Ontario a attiré l’attention des résidents de Kingston pendant cinq semaines à ce propos. On se demande si, aux prochaines élections, ils pourraient en faire de même et accorder aux Ontariens un vote plus contraignant à ce propos?

Guettez l’arrivée de notre prochain documentaire vidéo!

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Pancartes plantées dans les pelouses pendant la campagne.

Pancartes plantées dans les pelouses pendant la campagne.

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