Malgré les réductions d’impôts, la Banque Royale trahit la confiance du public en substituant des travailleurs étrangers à son propre personnel

S’il est un souvenir que le gouvernement McGuinty nous laissera, c’est le défilé de banquiers donnant leur avis sur la façon de gérer le gouvernement – y compris nos soins de santé publics.

Don Drummond, ancien économiste à la TD, nous a d’abord donné des conseils sur la viabilité des soins de santé, puis a fourni un plan au gouvernement pour se sortir de ses difficultés financières.
Vu le rôle joué par l’industrie des services financiers dans l’écrasement de l’économie mondiale, c’est un peu comme si on invitait un incendiaire à venir nous aider à reconstruire la maison à laquelle il a mis le feu.

Et ce défilé ne s’arrête pas à Drummond.

Le gouvernement McGuinty a aussi obtenu le conseil de la CIBC et de Goldman Sachs pour vendre certains biens de la Couronne. On avait demandé au PDG de BMO Groupe financier de mettre son veto aux changements à l’assistance sociale. Un dirigeant de la Banque Scotia avait été choisi pour diriger Infrastructure Ontario.

Les banques ont également été les bénéficiaires du chèque en blanc offert par le gouvernement aux grandes entreprises sous forme de réductions d’impôts généralisées. Les réductions d’impôts progressives de 2,5 milliards de dollars devaient contribuer à la création d’emplois dans la province – c’était le prétexte – mais on n’avait pas imposé une telle condition pour l’obtention de cet avantage. Au lieu de cela, comme nous l’avons découvert la fin de semaine dernière, la Banque Royale – la plus grande institution financière au Canada – a fait tout le contraire.

La Banque Royale s’est fait prendre la fin de semaine dernière à mener un projet « pilote » dans le cadre duquel elle invite – via un tiers – des travailleurs en TI temporaires de l’étranger à une formation pour occuper un des 45 postes de TI occupés par le personnel des Services aux investisseurs de la RBC. Incroyablement, la formation devait être fournie par les travailleurs canadiens que les étrangers à contrat devaient remplacer.

Prenant des risques personnels énormes, un des membres du personnel de TI non syndiqué en a parlé à Radio-Canada. Dénonciateur à 60 ans, ses perspectives d’emploi risquent d’être sombres – et plus particulièrement au sein de l’industrie des services financiers; et il est possible qu’il ait également mis en danger son indemnité de départ. Toutefois, nous lui devons tous et toutes une énorme dette de gratitude pour avoir exposé ce qu’un grand nombre d’entre nous soupçonnaient déjà – que l’impartition des sociétés se faufile désormais dans les emplois de la classe moyenne, détruisant encore davantage d’emplois ici au Canada.

Et il n’est pas étonnant que cela se produise en TI. Avec la technologie à distance qui s’insinue de plus en plus dans l’industrie des soins de santé, les fournisseurs de soins de santé canadiens à but lucratif seront de plus en plus nombreux à faire la même chose. Leur devoir principal n’est pas de fournir des soins, mais de fournir un bon rendement aux actionnaires.

Il est ironique de constater qu’alors que le Canada est très particulier en ce qui concerne les titres de compétence des médecins étrangers, l’Ontario ne se gêne pas de financer les chirurgies de ses citoyens à l’étranger, dans des pays comme l’Inde, dans le cadre d’une industrie du tourisme médical croissante. Si les travailleurs de la santé se pensent à l’abri de telles impartitions, ils se trompent.

L’excuse de la Banque Royale est plutôt boiteuse. Elle prétend que la responsabilité du respect des règles en ce qui concerne les travailleurs étrangers temporaires incombe à son entreprise de sous-traitance – iGate – et pas à la banque. Pourtant il est clair que la Banque Royale savait qu’elle formait ces travailleurs dans ses propres bureaux de Toronto avec son propre personnel de Toronto pour donner les emplois de son propre personnel à des travailleurs à l’étranger. Le programme des travailleurs étrangers temporaires est censé combler des lacunes sur le marché du travail, et pas prendre la place des travailleurs actuellement à ces emplois.

iGate et la Banque Royale peuvent difficilement prétendre que ces travailleurs étrangers ont des compétences que les Canadiens ne possèdent pas s’ils demandent à leur personnel de les former.

Karl Nerenberg, blogueur de Rable, a souligné qu’une des principales recommandations de la « Commission pour la réduction des tracasseries administratives » des Conservateurs fédéraux était de faciliter l’embauche de travailleurs étrangers temporaires.
« Mais maintenant, après les révélations de la Banque Royale, on peut se demander si le gouvernement n’est pas allé un peu trop loin dans l’allégement du « fardeau » des entreprises qui désirent employer des travailleurs étrangers », écrit Nerenberg.

Nous est-il déjà arrivé de penser que les choses pourraient être différentes?

Les Canadiens sont indignés par le comportement de la Banque Royale – et les médias sociaux abondent de clients de la Banque Royale qui promettent d’aller faire leurs affaires ailleurs – le gouvernement fédéral laisse entendre que la situation est « inacceptable si vraie ». Si vraie?

Ce matin, la Banque Royale a refusé de parler à Radio Canada, dans le cadre de son programme Metro Morning.

Elle cherche sans doute une autre façon de justifier la situation.
La tragédie, c’est que tous les travailleurs – tant étrangers que d’ici – sont perdants. Comme nous l’avons mentionné en février, les travailleurs dans les pays en voie de développement bénéficient difficilement du transfert d’emploi. Au Nicaragua, nous avons rencontré des travailleurs qui gagnent un dollar de l’heure pour confectionner des pantalons vendus près de 70 $ la paire au détail aux États-Unis. Comme le directeur de l’usine nous l’a dit, tout ce qu’ils étaient capables de faire était de faire passer ces travailleurs « de la misère à la pauvreté ». Sans salaire international minimum, la situation ne peut qu’empirer dans ces pays.

Aujourd’hui, ces travailleurs indiens peuvent obtenir les emplois de la Banque Royale, mais qu’arrivera-t-il demain quand des pays comme le Bangladesh ou la Chine auront assez de travailleurs formés pour faire ce travail pour moins?

Le Canada invite des travailleurs étrangers, mais ceux-ci ne profitent pas de la législation canadienne du travail ni de la perspective d’une immigration complète. Nous sommes heureux de les utiliser et de les renvoyer dès que nous n’avons plus besoin d’eux.
Après tout, c’est comme ça qu’on traite nos propres travailleurs au pays.

Le résultat de cette situation se retrouve dans les données irréfutables entourant l’inégalité croissante – une situation qui menace de déstabiliser notre économie de façon permanente.

Tandis que la Banque Royale compromet la subsistance de son propre personnel de première ligne, elle n’a aucun problème à récompenser richement ses dirigeants. Son PDG Gordon Nixon est le PDG de banque le mieux payé au Canada, emportant 12,6 millions de dollars en salaire, options et primes l’an dernier.

Les syndicats sont plus que jamais nécessaires. Les grandes entreprises et leurs alliés politiques font tout ce qu’ils peuvent pour détruire le pouvoir des travailleurs et de leurs syndicats, y compris en attaquant la formule Rand (les conservateurs d’Hudak et Harper) .

Nos collègues du syndicat des métallurgistes ont invité les employés de banque à les contacter pour obtenir de l’aide juridique.
Nous n’avons peut-être pas cherché ce conflit, mais il semble avoir enfin réveillé les Canadiens d’un profond sommeil sur leurs perspectives d’avenir.

Il est temps d’en faire davantage.

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