Maisons de soins infirmiers ontariennes – 10 années de promesses vides de Queen’s Park

Et rebelote! Nous avons reçu la nouvelle la semaine dernière d’un autre décès choquant dans une maison de soins infirmiers – cette fois-ci, c’est de l’établissement The Wexford dont il s’agit, un foyer de soins de longue durée à Scarborough. Un deuxième résident a également été blessé dans l’attaque entre résidents.

La ministre de la Santé Deb Matthews a naturellement dit au Toronto Star que « si nous pouvons tirer une leçon de cet incident, soyez rassurés que nous prendrons les mesures qui s’imposent » (traduction libre).

En 2003, le ministre de la Santé George Smitherman avait été ému aux larmes après une série du Toronto Star sur les mauvais traitements infligés aux pensionnaires. Il avait avancé sa célèbre promesse de « révolution » dans le secteur des soins de longue durée.

En 2005, un jury de coroner avait formulé 85 recommandations après l’enquête sur les décès en 2001 de deux pensionnaires, aux mains d’un autre résident, d’une maison de soins infirmiers différente de la région de Toronto.

Au moment de la publication du rapport, l’avocat du foyer avait laissé entendre qu’il manquait au sein du système des unités de soins à long terme spécialisées pour les résidents souffrant de troubles cognitifs (près d’un tiers des pensionnaires d’établissements de soins de longue durée en souffrent).

Smitherman avait refusé de commenter à l’époque.

En 2008, on avait interrogé David Caplan sur une série de la Presse canadienne qui établissait que trois quarts des établissements de soins de longue durée en Ontario n’étaient pas en conformité avec les lois provinciales. Caplan avait dit qu’il était trop nouveau à son poste pour commenter et n’avait rien promis.

En 2010, Metroland, qui exploite des journaux communautaires à travers l’Ontario, avait publié sa propre série sur les soins de longue durée. La série parlait de « situation critique ».

À l’époque, la ministre de la Santé Deb Matthews avait admis qu’il y avait un problème, mais avait fait remarquer qu’il faudrait du temps pour transformer le système.

En 2012, après une autre histoire scandaleuse de négligence, sévices et viols dans des foyers de soins de longue durée en Ontario, Matthews avait convoqué les dirigeants de « l’industrie » des maisons de soins infirmiers, des associations et groupes d’intervention et elle leur avait demandé de former un groupe de travail. Ce groupe comprenait une représentante syndicale, Sharleen Stewart, du SEIU.

« Après votre série, je les ai convoqués à mon bureau », a dit Matthews au Toronto Star .  « Ils n’ont pas défendu, nié ou essayé d’expliquer les faits. Ils ont avoué avoir un problème et affirmé qu’ils le résoudraient. »

« Je voulais qu’ils sachent que je prends cette question très très au sérieux », a déclaré Matthews.

Matthews a vite dit qu’elle pensait que le problème était plus une question de « culture » que de fonds.

Lorsque le Groupe de travail des soins de longue durée sur les soins et la sécurité des résidents a publié son rapport plus tard cette année, il a noté qu’en 2011 seulement, on avait signalé 16 659 incidents critiques dans les foyers de soins de longue durée de l’Ontario.

Le groupe de travail a reconnu que le personnel de soins directs était insuffisant pour répondre en toute sécurité aux besoins de tous les pensionnaires recevant des soins de longue durée et a recommandé que le ministère de la Santé et des Soins de longue durée mette en œuvre les recommandations contenues dans le rapport Sharkey de 2008 sur l’augmentation de la capacité des effectifs pour améliorer les soins.

Soit dit en passant, c’est une question d’argent, pas de culture.

Le mouvement syndical demande une norme de dotation dans le domaine des soins de longue durée depuis plus d’une décennie. Nous y étions presque arrivés – Smitherman l’avait promis lors des élections générales de 2007, mais, paradoxalement, l’idée fut abandonnée après la parution du rapport Sharkey.

Dans leur premier rapport d’étape, en janvier de cette année, le groupe de travail note que, depuis 2008, soit quatre ans avant la création du groupe de travail, 2 500 préposés aux services de soutien à la personne et plus de 900 postes d’infirmière ont été financés dans le secteur ontarien des soins de longue durée. Au cours de la même période, il faut le dire, on tordait le bras des hôpitaux de l’Ontario pour qu’ils se débarrassent de leurs patients ayant besoin d’un autre niveau de soins et les envoient en convalescence dans des maisons de soins infirmiers et de retraite. Avec 20 000 Ontariennes et Ontariens en attente de soins de longue durée, seuls les patients avec les niveaux d’acuité les plus élevés étaient admis.

L’an dernier, nous avions rapporté qu’en raison du nombre insuffisant d’inspecteurs, les nouvelles inspections de la qualité de vie des résidents prenaient parfois jusqu’à cinq ans avant d’être faites. En outre, avec l’énorme arriéré de plaintes, il fallait souvent attendre jusqu’à un an pour qu’une enquête soit mise en route.

La maison de soins infirmiers The Wexford, au cœur de cette dernière histoire de violence entre résidents, n’a eu d’inspections qu’en réponse à des plaintes et incidents critiques entre 2010 et 2013. Cela signifie qu’il n’y a pas eu d’inspection minutieuse du foyer depuis au moins 2009.

C’est à cette époque que Deb Matthews nous a dit que seuls les foyers recevant des plaintes fréquentes seraient soumis à une inspection de la qualité de vie des résidents. Le Wexford a enregistré huit plaintes et deux inspections pour incidents critiques en trois ans. Cela n’a de toute évidence pas suffi pour en faire une priorité.

« Si un foyer reçoit un nombre important de plaintes, alors on sait qu’il a besoin d’une inspection complète », a dit Matthews à Moira Walsh, du Toronto Star.

Ce qui nous surprend à propos du rapport d’étape du groupe de travail de janvier, c’est l’importance qu’il attribue à « commencer le travail » sur ces questions.

Le signal d’alarme a été lancé dès la prise de pouvoir des libéraux, en 2003. Comment cela se fait-il qu’on ait attendu jusqu’à maintenant, en 2013, pour aborder ces problèmes? Dix années perdues.

Le Family Council Four Network de la province tient une conférence de presse aujourd’hui même à Queen’s Park où il présentera une pétition demandant d’ajouter du personnel dans les foyers de soins de longue durée en Ontario.

On peut se demander aujourd’hui s’il obtiendra plus que des promesses vides cette fois-ci.

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