Nicaragua Jour 8 – La phobie des avions

Vue aérienne de Managua

Vue aérienne de Managua

MANAGUA – Un représentant du Best Western nous accueille devant l’aéroport de Managua et nous demande si notre vol s’est bien passé. La Mercedes du Best Western est stationnée de l’autre côté de la rue, mais vu que ce n’est pas facile de traverser l’autoroute à cet endroit, on nous y emmène en fourgonnette.

Nous avons demandé au représentant de l’hôtel s’il était déjà allé sur la côte alantique. Il a dit qu’il n’y était jamais allé et qu’il n’était jamais monté à bord d’un avion. Et ce, en dépit du fait qu’il travaille jour après jour au son des arrivées et des départs. Comme bien des gens qui ne sont jamais montés à bord d’un avion, il nous dit qu’il a peur de voler.

Puerto Cabezas est à une heure de vol de Managua, de l’Atlantique au Pacifique. Les routes qui traversent le pays ne sont pas bonnes et il faut bien compter une journée pour faire ce même trajet en autobus. Certains passent par le Honduras pour rejoindre la côte atlantique, mais la route n’est pas considérée sûre.

Notre journée a commencé avec une réunion imprévue avec le maire de Puerto Cabezas. Reynaldo Francis Watson occupe ce poste depuis seulement un mois, mais il a déjà l’air de porter le poids du monde sur ses épaules.

Le maire de Puerto Cabezas s'adresse à la délégation d'Horizons d'amitié

Le maire de Puerto Cabezas s’adresse à la délégation d’Horizons d’amitié

Puerto Cabezas s’étend bien au-delà de la zone urbaine immédiate. Cette ville regroupe plus de 80 communautés, dans une région qui compte 320 000 habitants. Près de 40 pour cent d’entre eux vivent en ville. D’autres arrivent chaque jour.

Le maire nous dit qu’il a un budget de 1,6 million de dollars, environ 250 employés municipaux, et que la ville est propriétaire d’un camion à ordures. Ce camion, que nous avons vu pour la première fois ce matin, ressemble davantage à un camion à benne qu’aux camions à ordures que nous sommes habitués de voir dans les rues de nos municipalités canadiennes.

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Il y a des ordures partout, dans lesquelles les nombreux chiens et chats sauvages qui errent dans la ville fouillent pour trouver à manger. Il n’est pas rare de voir de la fumée ici et là au bord des rues; les habitants brûlant souvent leurs ordures directement dans la rue. Passant sur un ruisseau, nous remarquons qu’il est plein de sacs de plastique en attente de pluies torrentielles qui les transporteront directement dans l’océan.

La dégradation de l’environnement est un énorme sujet de préoccupation pour le maire. Puerto Cabezas a une belle plage, mais personne ne s’y baigne car elle est contaminée par les eaux usées. La ville n’a pas de système d’égouts.

La plage est également considérée dangereuse. On nous dit qu’elle est régulièrement fréquentée par les trafiquants de drogues, qui s’en servent comme d’un point de débarquement.

Il n’est pas étonnant de voir qu’avec tout ce plastique qui brûle un peu partout et un réseau de distribution d’eau douteux, Puerto Cabezas compte tant de cas de cancer. Et malheureusement, il n’existe aucun traitement contre le cancer dans la ville. Les citoyens qui en ont besoin doivent se rendre en avion jusqu’à Managua, et la plupart ne peuvent pas se permettre les 150$ américains que coûte le vol pour s’y rendre.

Le maire dit qu’il dispose de toutes les ressources humaines dont il a besoin – avec un taux de chômage de 60 pour cent, la main-d’œuvre est bon marché.

Ce qui lui manque, ce sont les ressources financières pour faire quoi que ce soit. Par exemple, Puerto Cabezas a tous les enseignants dont la ville a besoin, mais les écoles n’ont pas le matériel de base nécessaire, comme des tableaux noirs ou des livres. Les enseignants font de leur mieux, dit-il.

La ville a entrepris une évaluation dans le cadre d’un nouveau plan de développement de dix ans. Le dernier plan de 10 ans n’avait pas pris en compte les catastrophes naturelles, y compris l’ouragan Felix (en 2007), qui a considérablement endommagé l’infrastructure de la ville. Ainsi, le plan n’a pas réussi à atteindre ses objectifs.

La ville n’a pas de plan d’urgence, un véritable problème dans un pays qui fait régulièrement face à des catastrophes naturelles. Il aimerait que ça change.

La migration de la campagne ne fait qu’ajouter aux difficultés du maire. Entre 80 et 100 personnes arrivent chaque jour au bâtiment municipal pour demander de l’aide sociale.

Apparemment, l’Union européenne est prête à les aider avec l’infrastructure touristique, mais pas avant que la ville soit nettoyée. C’est plus facile à dire qu’à faire quand on n’a pas un sou et une minuscule assiette fiscale dans laquelle puiser.

Embarquement à bord de l'avion de Puerto Cabezas à Managua

Embarquement à bord de l’avion de Puerto Cabezas à Managua

Au Nicaragua, les gouvernements comptent sur l’agriculture, l’emprunt, les dons et les renégociations de dettes. Même si un véhicule sur deux est une Toyota, le gouvernement japonais a récemment retiré son soutien de Puerto Cabezas. De même, le Nicaragua n’est plus une priorité pour l’Agence canadienne de développement international. On dirait que le monde entier a abandonné ce pays.

Le maire a fait son discours pour demander de l’aide, espérant la conclusion éventuelle d’accords de jumelage avec des municipalités lointaines. Il aimerait également que des ONG comme Horizons d’amitié utilisent leur propre influence dans le monde développé.

Cirilo Otero

Cirilo Otero

De retour à Managua, nous avons eu la visite à l’hôtel de Cirilo Otero, un universitaire, ancien militant syndical. Otero nous dit que le mouvement ouvrier du Nicaragua était solide jusque dans les années quatre-vingts, lorsque les sandinistes se sont mis à le contrôler. Même sous le régime de Somoza, les syndicats de la construction étaient très puissants et le gouvernement les craignait. À la fin des années soixante-dix, le mouvement ouvrier était à l’avant-garde de nombreuses luttes sociales. Otero affirme qu’aujourd’hui de nombreux dirigeants ouvriers travaillent en fait directement pour le gouvernement et ne tolèrent guère l’opposition. Vu que les votes syndicaux se font à main levée, les travailleurs osent rarement aller à l’encontre du plan officiel.

Bon nombre des 115 000 travailleurs qui se trouvent dans les zones de libre-échange sont organisés, dit-il, mais les avantages négociés disparaissent souvent lorsqu’il est temps d’appliquer le contrat.

Les grèves sont interdites au Nicaragua, et il dit que le mouvement ouvrier a accepté de ne pas faire de manifestations pendant au moins les trois prochaines années. Et ce, malgré un salaire mensuel minimum moyen national de 70 $.

Demain – Distribution rapide de dépliants dans la zone de libre-échange.

Les autres articles de cette série :
Jour 1 : Dans l’éclair du moment
Jour 2 : Persistance en dépit d’obstacles majeurs
Jour 3 : Et puis la poule est arrivée
Jour 4 : Amour et amitié célébrés à la Saint-Valentin
Jour 5 : L’autre Nicaragua
Jour 6 : Le maire sort de classe pour nous accueillir
Jour 7 : Quelques cahots sur la route

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