Nicaragua Jour 7 : Quelques cahots sur la route

Un chien court après notre autobus sur l'autoroute qui nous mène à Santa Marta

Un chien court après notre autobus sur l’autoroute qui nous mène à Santa Marta

SANTA MARTA – Quel plaisir de voir un peu de pluie! Sans elle, nous aurions été contraints de choisir entre la poussière et la chaleur de notre petit bus Toyota en allant à Santa Marta. À Puerto Cabezas, les autobus n’ont pas la climatisation et, avec la poussière étouffante qui s’élève des chemins de terre sur lesquels on passe, il n’est jamais conseillé d’ouvrir les fenêtres.

Grâce à la pluie, on a pu éviter la poussière, mais elle ne nous a pas empêchés de nous faire secouer sur un trajet de 60 kilomètres parsemés de nids de poule. Notre autobus est un méli-mélo de sièges de différents véhicules mis ensemble un peu n’importe comment. Le banc arrière est particulièrement raide, nous envoyant dans tous les sens tandis que le chauffeur fait des embardées pour éviter les pires anfractuosités sur la chaussée.

L’autoroute devient un chemin de terre avant même d’émerger de Puerto Cabezas, sous un paysage collineux se transformant en une plaine plate où les arbres se font de plus en plus rares. On peut compter sur les doigts d’une main le nombre de véhicules qui nous croisent, pour la plupart des motocyclettes et des camions.

Dans le premier village que nous rencontrons. une corde nous barre le chemin, juste avant un pont de bois passant sur un gué. Un soldat nous interroge sur le but de notre visite vu que nous allons entrer dans une région contrôlée par les peuples autochtones des Miskitu.

Peut de temps après, nous arrivons à l’école de Santa Marta; des chants s’échappent de l’église proche. Puisque c’est dimanche et que nous arrivons à l’heure du culte dans cette communauté profondément religieuse, nous sommes surpris de voir une douzaine de leaders communautaires nous attendre. Des pupitres scolaires ont été installés dans un endroit abrité entre deux bâtiments, où une douce brise nous rafraîchit.

Rick Janson et Jeff Arbus, du SEFPO, font santé avec une noix de coco

Rick Janson et Jeff Arbus, du SEFPO, font santé avec une noix de coco

Nous ne sommes pas assis qu’un homme avec une machette se met à couper le dessus de noix de coco pour nous offrir à boire. Une fois le liquide bu, on lui redonne la noix de coco, qu’il coupe en deux avant de confectionner un ustensile avec l’écorce et de nous inviter à puiser dans la chair douce et crémeuse.

Les signes d’organismes d’aide internationale apparaissent à côté d’une infrastructure délabrée. On voit le mot Canada inscrit sur une paire de fontaines à eau qui ne fonctionnent plus. Ça nous rappelle que les activités de développement ponctuelles sont rarement durables. Le projet dont on nous a parlé aura probablement des effets bien plus durables sur la communauté.

Le Nicaragua est une société patriarcale, et comme les gens du coin vous le diront, le machisme y est omniprésent. Les femmes nous disent que jusqu’à tout récemment, elles pensaient que leur rôle était de se contenter de faire ce que les hommes leur ordonnent de faire.

Les lois du Nicaragua sont en train de changer, mais une loi ne suffit pas à transformer une société. Des groupes comme AMICA – avec le soutien de l’organisme Horizons d’amitié, de Cobourg, en Ontario, choisissent de donner vie à ces lois en éduquant les femmes de communautés comme celle-ci. On leur dit qu’elles ont des droits et qu’elles sont les égales des hommes.

Ce travail inclut de former des « juges » au sein des communautés, capables d’interpréter les nouvelles lois. Ces juges Miskitu sont élus par les communautés environnantes à main levée. La durée de leur premier mandat est de un an et, s’ils font un bon travail, on les garde une autre année. Ce travail est strictement bénévole.

Signes d'efforts de développement déployés dans le passé

Signes d’efforts de développement déployés dans le passé

Chaque communauté élit un juge et un substitut au cas où le premier juge n’est pas en mesure de remplir ses fonctions. Il fait le travail d’un policier (pouvant menotter les suspects), d’un travailleur social et d’un médiateur, dans le cadre des litiges. Les litiges vont du vol d’un cochon à l’agression sexuelle. Une fois que cette personne est élue, les autorités nicaraguayennes sont averties que cette personne représente désormais la communauté.

Éventuellement, notre réunion de Santa Marta est déplacée à l’intérieur, à cause de la pluie. Les présentations sont faites, parfois du Miskitu à l’espagnol, puis à l’anglais.

Le fait que les femmes prennent de plus en plus conscience de leurs droits crée des conflits au sein de la communauté, dit une juge. Certains hommes se sentent isolés par cette nouvelle solidarité entre les femmes et, ironiquement, la situation a donné lieu au genre de violence que les nouvelles lois visent à éliminer. Plusieurs ont parlé de l’importance d’éduquer les hommes et les femmes sur ce changement radical au sein de leur société.

Une autre juge a dit que tandis que le travail est axé sur les femmes, il faut aussi faire en sorte que les hommes comprennent. Elle a dit qu’elle envisageait d’éduquer son propre mari.

Un vidéaste fait son travail pour la chaîne d'information locale

Un vidéaste fait son travail pour la chaîne d’information locale

Une femme juge nous a dit qu’elle venait d’être nommée, en janvier dernier. Elle tenait un livre noir, où elle recueille ses cas. Réunir l’information concernant ces cas fait partie intégrante de son travail. Ces dossiers sont à leur tour partagés avec AMICA et les autorités nicaraguayennes et sont souvent fort utiles au processus judiciaire. Une des compétences essentielles pour devenir juge est de savoir lire et écrire.

Cette femme a été attaquée personnellement à quatorze reprises pour avoir fait exécuter les nouvelles lois. Et au Nicaragua, on se sert souvent d’une machette pour attaquer quelqu’un. Elle dit qu’avant l’arrivée d’AMICA dans son village, elle ne savait rien de l’égalité des sexes. Maintenant, elle croit fermement en sa mission et est résolue à ne pas se laisser intimider. Les juges sont également appuyés par la communauté, y compris par un nombre croissant de femmes qui veulent contribuer à ces changements.

La plupart des femmes que nous avons rencontrées estiment que les nouvelles lois apportent des améliorations majeures dans leurs vies quotidiennes et elles ont demandé à Horizons de ne pas abandonner son projet d’éducation.

Elles disent avoir vu des résultats. Une juge a sorti une jeune fille de 14 ans d’une relation abusive avec sa famille et l’a envoyée hors de la communauté pour la protéger et lui faire suivre un traitement. Au début, les parents avaient refusé de la laisser prendre l’enfant, et sont même allés jusqu’à la menacer. Aujourd’hui, cette jeune fille étudie à l’Université Bluefields, à Puerto Cabezas, et elle se porte bien. Les parents sont fiers de leur fille, mais ont compris que leurs actions étaient inappropriées. Ils ont demandé pardon à la communauté.

Le travail que fait AMICA et Horizons contribue aussi à développer l’estime de soi. On nous a dit que dans un village les femmes levaient rarement la tête et marchaient les yeux rivés au sol. Tout cela a changé depuis qu’on reconnaît qu’elles ont des droits.

En route pour le lunch après la réunion

En route pour le lunch après la réunion

Le travail dans la communauté s’étend au-delà des problèmes de violence. AMICA participe activement à l’éducation des femmes en ce qui concerne leur santé personnelle. Santa Marta et les localités environnantes ont déjà connu une épidémie de cancers de l’utérus et du sein. On y encourage désormais les femmes à se faire tester à la clinique locale.

Les gens dans la communauté nous ont dit qu’ils étaient surpris que nous soyons venus de si loin pour les voir. Une femme nous a dit que cela voulait sans doute dire que nous avions « de grands cœurs, des cœurs purs ». Certains ont paré leurs enfants de leurs plus beaux atours pour venir nous voir.

Après la réunion, nous nous sommes rendus chez une des femmes qui travaillent chez AMICA pour déguster un festin nicaraguayen traditionnel.

Un festin nicaraguayen dans un foyer de Santa Marta

Un festin nicaraguayen dans un foyer de Santa Marta

Le long de la route cahoteuse du retour, nous avons traversé le premier village que nous avions visité. Il y avait un match de base-ball, mais tous les yeux se sont tournés sur notre autobus qui se dirigeait vers Puerto Cabezas.

AMICA suscite des changements sociaux à une allure incroyable. Tout comme l’autoroute, il y aura quelques cahots sur la route, mais leur engagement laisse croire que le trajet en vaudra la peine.

Demain : Après une rencontre avec le maire, nous reprenons l’avion pour Managua, où nous en apprendrons plus sur le mouvement ouvrier au Nicaragua.

Les autres articles de cette série :

Jour 1 : Dans l’éclair du moment
Jour 2 : Un sens de persistance en dépit d’obstacles majeurs
 Jour 3 :  Et puis la poule est arrivée
Jour 4 : Amour et amitié célébrés à la Saint-Valentin
Jour 5 : L’autre Nicaragua
Jour 6 : Le maire sort de classe pour nous accueillir

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