Nicaragua Jour 6 : Le maire sort de classe pour nous accueillir

Le maire de Puerto Cabezas sort de classe pour nous accueillir

Le maire de Puerto Cabezas sort de classe pour nous accueillir

PUERTO CABEZAS – Le maire de Puerto Cabezas est sorti de son cours de droit samedi pour nous accueillir dans le couloir. Tandis que de jeunes enfants nous vendaient des sacs de fruits devant la porte des salles de classe, des préparatifs étaient en cours pour une rencontre plus formelle avant notre départ de la ville.

Aujourd’hui, nous nous sommes rendus au campus local de la Bluefields Indian Caribbean University, où ils enseignent le droit aux leaders locaux, entre autres.

L’université estime répondre aux besoins de la région en accueillant plus de 2 500 étudiants dans ses programmes d’études menant à l’obtention d’un diplôme. Avant 1992, il n’y avait pas d’université sur la côte atlantique du Nicaragua. Ceux et celles qui voulaient réaliser leurs ambitions académiques devaient se rendre sur la côte du Pacifique pour étudier. Étant donné que ce sont des programmes de cinq ans, peu de professionnels revenaient à Puerto Cabezas.

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Selon un représentant, « on pouvait compter le nombre de professionnels » qui travaillaient dans la région avant 1992.

Pour les programmes de médecine, l’université accepte les étudiants en fonction de leur région géographique, estimant qu’une personne qui reçoit un diplôme d’infirmière a de bien meilleures chances de travailler dans un endroit reculé comme Waspan, Bonanza ou Siuna si c’est de là qu’elle vient.

L’Université veille également à accepter des étudiants du Honduras. Malgré la pauvreté à Puerto Cabezas, l’université insiste pour dire que c’est encore pire pour les jeunes du Honduras.

Les représentants de l’université sont catégoriques, l’éducation est un droit et ils font de leur mieux pour accommoder les étudiants. Tandis que les droits de scolarité annuel de 35 $ ne sont pas énormes, le coût de ne pas travailler et de vivre dans un village éloigné de sa famille peut représenter un défi de taille.

Une salle de classe dans l'ancien hôpital

Une salle de classe dans l’ancien hôpital

Le campus de Puerto Cabezas est un accord de coopération entre Bluefields et l’Église morave. L’Eglise a converti leur ancien hôpital dans la ville en université après que le gouvernement du Nicaragua ait pris la responsabilité des soins de santé.

Dans le cadre de cet accord, l’université a accepté d’offrir un baccalauréat de théologie. Un grand nombre des programmes offerts par cet établissement, qui mettent l’accent sur le développement économique et les besoins de la communauté, auraient certainement leur place dans un collège canadien.

C’est ici que les enseignants du secondaire de la région obtiennent leur diplôme. L’université se rend compte que son avenir dépend d’un système scolaire primaire et secondaire solide dans les communautés qu’elle dessert.

L’école tient tout particulièrement à aborder le taux élevé de violence dans la région, poursuivant les discussions que nous avons eues hier avec l’organisme AMICA. Compte tenu du fait que la violence est profondément enracinée dans la communauté, l’université aborde la question avec délicatesse, tout en maintenant son respect face à la communauté.

Institution relativement jeune (la Bluefields Indian Caribbean University a été établie à Puerto Cabeza en 1995), l’université souhaite établir des relations avec d’autres institutions universitaires au niveau international, et espère pouvoir envisager des programmes d’échange avec celles-ci.

Visite dans un musée proche pour en apprendre plus au sujet des peuples autochtones

Visite dans un musée proche pour en apprendre plus au sujet des peuples autochtones

Plus tôt dans la journée, nous avons rendu visite à un partenaire de l’organisme AMICA. Tandis qu’AMICA s’intéresse principalement à l’aspect juridique de la violence faite aux femmes et aux enfants, c’est le refuge Nidia White qui accueille les clients d’AMICA qui n’ont nulle part où se réfugier.

Lorsque nous avons visité le refuge Nidia White, il était plein d’enfants; beaucoup d’entre eux avaient souffert d’abus physique et sexuel aux mains d’un membre de leur propre famille. Tandis que les bureaux font face à la rue et se dissimulent derrière une haute clôture a mailles métalliques recouverte de barbelé, le refuge lui-même se trouve dans un bâtiment plus neuf à l’arrière de la propriété.

Le refuge a la chance d’avoir un psychologue sur place pour aider les femmes et les enfants qui arrivent au refuge. Les victimes se battent avec une estime de soi très faible et, après avoir subi des violences sexuelles, les enfants pensent souvent que leur corps ne vaut rien.

Au Nicaragua, on accorde peu d’attention aux maladies mentales et il arrive que l’hôpital et le refuge partagent leurs ressources professionnelles.

Vu la situation économique des femmes dans la région, le refuge doit également préparer les femmes qui finiront sans doute par retourner dans les mêmes circonstances dans lesquelles elles ou leurs enfants ont subi des abus. Le refuge leur conseille de garder leurs documents juridiques à portée de main, de toujours avoir une valise pleine et de savoir par quel fenêtre ils peuvent rapidement sortir si la situation se gâte. Peu de femmes sont capables de se débrouiller seules, financièrement, même si certaines échappent à une situation d’abus en déménageant chez des parents.

Le refuge leur conseille aussi de trouver quelqu’un avec qui parler. Il est important de rompre le silence.

Vers la fin de l’après-midi, nous sommes retournés aux bureaux d’AMICA, où deux historiens nous attendaient. Le peuple autochtone des Misktu vivait ici bien avant que qui que ce soit d’autre arrive au Nicaragua. À une époque, la région comptait 33 différents peuples autochtones. Aujourd’hui, il en reste trois.

En dépit de 500 ans de colonialisme, les Misktu sont fiers d’avoir su garder leur langue et leur identité culturelle. Ils estiment que d’autres groupes autochtones, comme les Zapatistas, au Mexique, envisageront peut-être un jour de copier leur modèle actuel de gouvernement autonome.

Les historiens disent que les Misktu ont besoin de plus que de leur autonomie culturelle, ils ont besoin aussi de trouver une solide autonomie économique.

Demain : Nous visiterons la campagne aux environs de Puerto Cabezas.

Les autres articles de cette série :
Jour 1 : Dans l’éclair du moment
Jour 2 : Un sens de persistance en dépit d’obstacles majeurs
 Jour 3 :  Et puis la poule est arrivée
Jour 4 : Amour et amitié célébrés à la Saint-Valentin
Jour 5 : L’autre Nicaragua

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