Les travailleurs en santé mentale de Kingston mettent en lumière la situation volatile causées par les coupures

Les recommandations officielles sur la façon d’aborder les défis du secteur de la santé mentale semblent toujours être excellentes. Mais comment cela se fait-il donc que les politiciens qui prétendent comprendre ce qui se passe n’aillent jamais au-delà de ces belles paroles?

Aujourd’hui même, les professionnels de la santé mentale et le personnel de soutien des Services de santé mentale du Centre de soins continus Providence  – l’ancien hôpital psychiatrique de Kingston – s’adresseront au public. Le personnel tiendra un piquet d’information devant l’hôpital pour expliquer aux résidents de Kingston la situation volatile à laquelle ils doivent faire face chaque jour.

Surpeuplement, coupures au niveau des programmes et pénurie de personnel – les services de santé mentale dans cette province n’étaient pas censés ressembler à ça.

Malgré tous les beaux discours d’amélioration, les décisions semblent rester basées sur le programme d’austérité budgétaire plutôt que sur l’amélioration des soins aux patients.

En 2010, un comité provincial sur la santé mentale spécial formé de toutes les parties avait convenu à l’unanimité que nous devions faire mieux pour que tous les Ontariens obtiennent les soins de santé mentale et de toxicomanie dont ils ont besoin. Cela comprend des évaluations régionales de la disponibilité d’un panier complet de services de santé mentale, y compris des soins actifs aux patients hospitalisés.

Le comité multipartite a souligné en particulier que les présentateurs leur avaient dit que les décisions en matière d’admission et de congé étaient de plus en plus souvent fondées non pas sur les besoins cliniques mais sur la pénurie de lits.

Pourtant, les Services de santé mentale du Centre de soins continus Providence (l’ancien hôpital psychiatrique de Kingston) n’ont cessé de voir des coupures dans leurs services, au point que très peu de programmes de loisirs et de formation professionnelle restent. Cette année, on envisage de supprimer encore 60 lits, en plus des services et du personnel qui y sont rattachés. Une telle mesure ne peut contribuer à répondre à un besoin de longue date, mais aggrave plutôt une situation déjà tragique.

La tension créée par les coupures a entraîné une situation volatile au sein de l’hôpital. Ces réductions au niveau des programmes et du personnel sont en partie responsables de 142 agressions sur le personnel en 2012, dont 85 % impliquent des violences physiques. On parle ici d’une agression tous les deux ou trois jours. Et nous savons bien que la majorité des agressions ne sont pas signalées. L’hôpital ne fournit aucune statistique sur les agressions entre patients, même si les rapports détaillés du personnel incluent des situations où des employés sont agressés alors qu’ils essaient de séparer des patients.

Un récent rapport de consultants formule des recommandations qui ne feront qu’aggraver la situation, y compris une suggestion que l’hôpital ne remplace pas le personnel malade qui travaille normalement le soir. Pense-t-on vraiment à la sécurité ici?

Le nouvel hôpital privatisé de Kingston qui remplacera le Centre de soins continus Providence et le St. Mary of the Lake comptera 270 lits. Ensemble, ces hôpitaux comptent aujourd’hui 342 lits. Où iront les patients qui occupent normalement ces 72 lits qui vont disparaître?

L’autre défi de déplacer des patients nécessitant peu de soins dans des établissements communautaires est qu’on augmente la concentration des patients qui présentent des comportements perturbateurs. Face à cela, les hôpitaux doivent modifier leurs effectifs et prendre les précautions qui s’imposent. Il existe déjà un modèle partiel de cela – les foyers de soins de longue durée sont financés en fonction du niveau d’acuité des résidents. Théoriquement, plus les résidents exigent de soins, plus les fonds devraient être élevés.

La province a maintenu que de telles coupures dans les hôpitaux psychiatriques représentaient vraiment des transferts dans la communauté – c’est ce que la Commission de restructuration des services de santé avait recommandé dans les années quatre-vingt-dix.

La Commission avait établi des objectifs de réduction des lits sous la condition que des services communautaires soient au préalable établis. Les lits ont disparu – atteignant ainsi l’objectif provincial de 35 lits par 100 000 habitants en 2008. Selon le comité multipartite de Queen’s Park, le « financement n’a pas suivi les personnes des établissements à la communauté ». Afin de maintenir l’objectif de désinstitutionnalisation, le ministère a établi que 60 pour cent du financement de la santé mentale devrait viser les organismes communautaires. Selon le rapport 2008 du vérificateur provincial, la province a dépensé environ 39 $ sur les services communautaires pour chaque 61 $ dépensés sur les services en établissement au milieu des années 2000.

Peut-on dire que la province ait honoré son engagement? Pas vraiment! Après avoir travaillé pendant des années sur une stratégie de 10 ans pour la santé mentale, la province a remis une stratégie nettement plus modeste de trois ans pour les enfants et les jeunes seulement. Les adultes souffrant de maladies mentales peuvent attendre leur tour.

Si nous avons déjà atteint l’objectif provincial de réductions des lits en 2008, comment cela se fait-il qu’on voit encore des réductions dans des endroits comme Kingston et London? Vu que ces objectifs avaient été établis il y a plus de 20 ans, n’est-il pas temps de faire une nouvelle évaluation, comme le comité provincial spécial formé de toutes les parties l’avait recommandé?

Les avertissements en ce qui concerne le besoin croissant de services de santé mentale dû à l’augmentation et au vieillissement de la population n’ont pas manqué. La Société Alzheimer a répété à tous ceux et toutes celles qui voulaient bien écouter que dans 25 ans, le nombre d’Ontariens atteints de démence aura doublé. Les études ont fait un lien entre le niveau d’inégalité élevé d’une société et la prévalence des maladies mentales au sein même de cette société, et pourtant nous continuons de voir croître l’inégalité en raison des mauvaises décisions que prennent tant le gouvernement fédéral que le gouvernement provincial.

Nos besoins seront énormes. À quoi ressembleront ces services quand nous en aurons besoin?

Si vous êtes à Kingston aujourd’hui, venez appuyer ces travailleurs entre 11 h et 13 h, devant l’hôpital.

 

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