Désintégration des services de soutien à domicile en Ontario

L’Ontario a promis trois millions de nouvelles heures de services de soutien personnel et de soins à domicile réparties sur les trois prochaines années. Tandis que cela peut sembler énorme, n’oublions pas qu’environ 32 millions d’heures publiques de soins à domicile sont travaillées chaque année, en plus des 20 millions d’heures privées. D’autre part, la province s’appuie lourdement sur ce secteur pour décharger les hôpitaux ontariens. La province nous dit que les nouvelles heures aideront 90 000 personnes âgées de plus, soit 30 000 par année. Selon l’Ontario Home Care Association, en 2011-2012, un total de 637 727 clients recevaient des soins à domicile.

L’an dernier, la province a introduit un registre des PSSP (préposés aux services de soutien à la personne), lequel établissait les normes de qualification des travailleurs inscrits sur cette liste. Éliminant le besoin de créer un ordre professionnel spécifique pour ces travailleurs, ce registre était censé servir à maintenir l’ordre dans un groupe généralement mal défini et dont les tâches peuvent varier de façon importante.

Juste avant les vacances de décembre, la province avait discrètement modifié la réglementation afin de permettre à davantage d’agences de fournir des PSSP pour faire ce travail.

Le changement de politique permet aux organismes de services de soutien communautaires (SSC) de fournir des services de soutien personnel, mais n’exige pas des PSSP embauchés par ces organismes d’être sur le nouveau registre – du moins pas encore.

Ces organismes de soutien ont de tout temps rempli des fonctions telles que la livraison des repas à domicile, les tâches ménagères, l’administration des programmes sociaux de jour et les services de transport aux personnes frêles et âgées. Alors que ces services peuvent inclure les soins de répit, ils n’incluent généralement pas des services tels que le bain, la toilette ou l’habillement, par exemple.

Tandis qu’il définit des critères de qualification similaires à ceux des organismes de soins à domicile retenus par les centres d’accès aux soins communautaires (CASC), la province a défini des limites strictes pour ce genre de service. L’intention, nous a-t-on dit, est d’augmenter la liste des PSSP, même si ce groupe de PSSP n’aura pas le même niveau théorique d’assurance que ceux qui sont inscrits au registre. On nous a dit que les organismes de SSC n’auraient pas besoin de dépasser ces limites en matière de services parce qu’on les utiliserait pour les soins mineurs seulement, comme si les soins mineurs constituaient un deuxième étage de qualité.

Tandis que les CASC peuvent parfois renvoyer des clients aux organismes de SSC, ces derniers sont généralement responsables face au Réseau local d’intégration des services de santé (RLISS) et pas aux CASC.

La question reste à savoir pourquoi la province ferait une telle chose?

Après tout le mal qu’elle s’est donnée à créer le registre des PSSP, pourquoi le contourner en créant cette autre option?

D’autre part, si la province envisage d’augmenter la quantité d’heures pour les PSSP, pourquoi ne s’adresserait-elle pas aux CASC qui fournissent déjà ces services?

Les CASC sont responsables de la prestation des services de soins à domicile ainsi que du placement dans les établissements de soins de longue durée. Il serait donc logique qu’ils soient également responsables d’intégrer les services communautaires pour personnes âgées. En établissant sa stratégie Vieillir chez soi, séparément des CASC, le gouvernement nous a fait réfléchir à sa logique globale alors qu’on sait que l’intégration est le mot d’ordre ces dix dernières années.

Nous observons aujourd’hui une fragmentation encore plus vaste alors qu’une fois de plus la province change les règles du jeu pour permettre aux organismes de SSC de faire une plus grande partie de ce travail.

Avoue-t-on par ça que les politiques du travail des vingt dernières années concernant les soins à domicile furent un échec? Les appels d’offres et bas salaires des sous-traitants ont-ils créé un exode de la main-d’œuvre tel qu’il est devenu nécessaire d’assouplir les règles pour trouver du personnel à tout prix?

Et qu’arrive-t-il lorsque les besoins en matière de soins changent? Si ces organismes sont destinés uniquement aux soins mineurs, cela signifie-t-il que les personnes âgées doivent être transférées dans un organisme de soins à domicile sous le couvert d’un CASC lorsque l’acuité de leurs besoins augmente? Cette étape supplémentaire créera-t-elle un problème en ce qui concerne la continuité des soins?

Il fut un temps où les mêmes organismes à but non lucratif offraient un grand nombre de ces services qui ont formé la majorité des soins à domicile fournis par des CASC. Par exemple, avant que le VON de Niagara ne perde son contrat de soins infirmiers à domicile dans la région, il coordonnait également la livraison des repas à domicile. Dans le cadre des appels d’offres, un grand nombre de ces organismes à but non lucratif ont été dissous après avoir perdu leurs plus gros contrats et avoir été remplacés par des compagnies à but lucratif peu intéressées à coordonner des bénévoles pour les services communautaires.

Si nous ne nous étions pas engagés dans cette énorme mésaventure, il est peu probable que ces modifications réglementaires aient même été nécessaires. Nous n’aurions pas eu besoin d’une réglementation distincte vu que les fournisseurs des services de soutien communautaires auraient largement été les mêmes que ceux qui fournissaient les services de soutien personnel et de soins à domicile.

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