Vivre bien et plus longtemps : Une stratégie sur les aînés confuse qui met en péril l’accès universel aux soins à domicile

Moins du nombre usuel de suspects ont applaudi la publication du document intitulé Vivre bien et plus longtemps, les recommandations tant attendues du Dr Samir Sinha pour une nouvelle stratégie à l’égard des aînés en Ontario. Il est possible qu’en ce début de nouvelle année, personne n’y ait vraiment prêté trop d’attention.

Nommé responsable provincial de la Stratégie ontarienne pour le bien-être des personnes âgées, Sinha a passé une bonne partie de 2012 à voyager dans la province et à consulter un peu tout le monde, sauf, semble-t-il, les organisations syndicales (pas que nous lui en voulions).

Promis pour le mois de décembre, le rapport qui a suivi n’a pas traîné trop longtemps sur le bureau de la ministre avant que les faits saillants en ressortant soient rendus publics plus tôt cette semaine. Si quelqu’un sait où se trouve le rapport intégral de 198 pages, ce serait gentil de nous le faire savoir.

 À l’instar du plan stratégique provincial de janvier dernier, la stratégie du Dr Sinha semble déborder de nobles recommandations mais manquer de la logistique nécessaire pour les mettre en œuvre dans cet environnement de grande retenue.

Dépendamment de votre place dans l’arène politique, vous y trouverez sans doute des recommandations qui vous plaisent et d’autres qui vous paraîtront complètement dingues.

Quoi qu’il en soit, la recommandation principale en ce qui concerne les ressources laisse largement à désirer, suggérant que la province devrait maintenir son engagement d’augmenter de 4 pour cent le financement des secteurs des soins soins à domicile et des soins communautaires, cette année et au cours des deux prochaines années.

Les recommandations n’impliquent pas toutes de nouvelles dépenses du ministère de la Santé, mais nulle part ne parle-t-on d’autres ministères faisant leur part.

Étant donné que ce ne sont pas des secteurs à gros budget comparativement aux soins primaires ou aux hôpitaux, le gouvernement pourrait sans doute se permettre d’être un peu plus généreux, sans casser la banque, s’il croit vraiment que Sinha a la panacée. Le thème sous-jacent est qu’avec ces ressources additionnelles, il pourrait y avoir des économies ailleurs dans le système des soins de santé, bien que peu d’éléments viennent appuyer cette thé0rie.

On a fait grand cas de sa recommandation d’ajouter des lits de soins de longue durée – Sinha a dit au Toronto Star que les chiffres devraient être triplés au cours des 20 prochaines années. Mais il convient toutefois de noter que le document des faits saillants ne contient pas cette recommandation spécifique – au lieu de cela, il parle plus vaguement d’un financement dès qu’on en aura les moyens. Cela pourrait prendre du temps – il suffit de demander à Irwin Elman, protecteur de l’enfant en Ontario, depuis combien de temps certains organismes attendent des fonds pour mettre en œuvre des centaines de recommandations du bureau du coroner. Vu que Sinha suggère que ces problèmes sont pressants, son approche désinvolte à l’égard du financement semble vraiment mal placée.

Néanmoins, les CASC doivent se réjouir vu l’hésitation récente du gouvernement à vouloir ajouter des lits dans les maisons de soins infirmiers. Lorsque le Dr Sinha a pris la parole, dans le cadre de la conférence de l’Association des hôpitaux de l’Ontario (AHO), un dirigeant de CASC non identifié s’est pratiquement mis à genoux pour qu’il recommande une augmentation dans la capacité en lits des maisons de soins infirmiers.

La recommandation à laquelle Deb Matthews, la ministre de la santé, semble davantage s’intéresser, celle que les personnes âgées plus aisées paient une plus grosse part de leurs soins à domicile et services de soutien, est plus controversée. Dans la mise en œuvre d’une stratégie similaire visant à faire en sorte que les riches paient une plus grosse part de leurs frais de médicaments, la province avait établi que les personnes âgées qui gagnent plus de 100 000 $ par année individuellement ou 160 000 $ par couple seraient considérées riches. Et on ne parlait pas ici d’une petite augmentation – le plan qui sera mis en œuvre en août 2014 prévoit un prélèvement de trois pour cent sur le revenu net des couples âgés qui gagnent 160 000 $ ou plus par année. Combien la province ajouterait-elle à cette facture pour les soins à domicile?

Tandis qu’il semble normal de nos jours de « faire payer les riches », on ne considère pas nécessairement qu’un tel revenu puisse qualifier qui que ce soit de riche, et plus particulièrement lorsqu’on a encore une hypothèque à rembourser dans la ville de Toronto. L’autre problème avec de tels paramètres fixes est que l’inflation peut éroder ces chiffres jusqu’au cœur de la classe moyenne en quelques années seulement. Il suffit de regarder tous les travailleurs ordinaires qui ont été plongés dans la liste non rajustée des 100 000 $ et plus.

Comme Derrell Dular, directeur général du Older Canadians Network, nous avons déjà un système testé par moyenne pour le financement des soins, et ce système s’appelle le système fiscal.

Sinha suit l’exemple du Dr David Walker en recommandant un meilleur accès à la physiothérapie pour les Ontariens âgés de plus de 65 ans, en milieu clinique, mais pas à domicile. Tout comme avec la recommandation de faire payer les personnes âgées considérées riches, Sinha semble vouloir dire que l’accès amélioré aux services de physiothérapie en milieu clinique devrait être réservé plus « particulièrement pour les personnes ayant des revenus limités qui, en raison de leurs moyens financiers, renoncent souvent à ce traitement lorsqu’on le leur prescrit ».

Vu la rapidité avec laquelle les services de physiothérapie publics disparaissent en Ontario, c’est au moins quelque chose à quoi s’accrocher, même si ce n’était pas dans les points de discussion de la ministre avant-hier.

Ne donnant que peu de détails sur les nouveaux modèles de soins, Sinha passe la balle à un groupe de travail provincial proposé, qui pourrait les développer. Ce groupe inclut des gériatres, des médecins de famille chargés des soins aux personnes âgées, des infirmières spécialisées, des professionnels paramédicaux, et d’autres. Il procède de manière semblable en ce qui concerne une stratégie visant les Autochtones âgés.

On parle beaucoup de coordination des services de santé ces dernières années; ainsi, on a de la peine à comprendre la recommandation presque contradictoire de Sinha qui voudrait que l’on accroisse le recours aux équipes d’approche dirigées par du personnel infirmier dans les foyers de soins de longue durée afin de renforcer la capacité de ces derniers de répondre efficacement aux besoins des patients atteints d’affections plus complexes tout en explorant la possibilité que les foyers de soins de longue durée agissent à titre de carrefours de soins communautaires qui pourraient offrir des services axés sur la collectivité, notamment des soins à domicile. Les CASC ont-il manqué cela dans leurs applaudissements pour Sinha?

La plupart des autres recommandations sont des idées ressassées depuis des années avec plus ou moins de succès, allant de l’aide aux transports et logement pour les programmes de lutte contre les mauvais traitements aux aînés et programmes d’éducation améliorés à l’intention des prestataires de première ligne.

Nous devrions peut-être attendre la version intégrale du rapport, même si dans l’ensemble, la stratégie visant les personnes âgées semble être un vague fouillis avec rien de cohérent pour sa mise en œuvre. Pour lire le document de 24 pages sur les faits saillants et principales recommandations, cliquez ici.

 

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