Si la province adoptait le droit au travail, les Ontariens seraient-ils confrontés à un taux de chômage plus élevé et à des salaires plus bas?

Alors que les inégalités dans les économies en difficulté des pays développés ne cessent de s’accroître, on comprend mal pourquoi les conservateurs ontariens s’obstineraient à proposer une politique du travail qui ne ferait que creuser le fossé des inégalités.

La promesse du chef conservateur, Tim Hudak, d’abandonner la formule Rand et de déclarer la guerre aux syndicats provient du mouvement américain du droit au travail qui porte bien mal son nom. Hudak ne tient pas compte du fait que le niveau de vie des citoyens des pays scandinaves, qui ont des taux de syndicalisation bien plus élevés que le Canada ou les États-Unis, a dépassé celui des citoyens d’Amérique du Nord au cours des 30 dernières années. Malgré le contexte économique difficile, la Suède est le deuxième pays européen, juste derrière l’Allemagne, en ce qui concerne les nouveaux investissements d’entreprises.

Plus tôt cette semaine, nous avions indiqué qu’il manquait des preuves pour montrer que les États américains ayant institué le droit au travail bénéficient d’un avantage économique par rapport aux États respectant la libre négociation collective. En Oklahoma, il semble que la politique du droit au travail ait eu l’effet inverse.

Lorsque le Michigan a débattu l’adoption de lois de droit au travail similaires, il a pris comme modèle la croissance économique du Mississippi, un état qui avait adopté le droit au travail. D’après la Chambre de commerce des États-Unis, si le Michigan suivait l’exemple du Mississippi, les emplois y seraient plus nombreux et le taux de chômage baisserait.

Selon l’Institut américain des politiques économiques, en dépit du déclin de l’industrie automobile, le Michigan, où la libre négociation collective n’est plus autorisée, se trouvait déjà en bien meilleure position que le Mississippi. Le Mississippi, qui a enchâssé le droit au travail dans sa Constitution, est l’un des États ayant les plus faibles taux de syndicalisation aux États-Unis. Mais c’est aussi celui qui occupe la dernière place en matière de revenu moyen des ménages et la première pour son taux exorbitant de pauvreté – qui est 50 pour cent plus élevé qu’au Michigan. Le Mississippi enregistre en outre le taux de mortalité infantile le plus élevé et occupe la 48e place sur 50 États en ce qui concerne le nombre de médecins par personne.

Si le Michigan espérait que le droit au travail serait une sorte de panacée pour conserver et attirer des emplois dans le secteur manufacturier, il a négligé le fait que les États ayant instauré le droit au travail, comme la Caroline du Nord et le Mississippi, ont perdu un pourcentage encore plus élevé de leurs emplois manufacturiers depuis l’introduction du libre-échange en 1994.

L’instauration d’une législation du droit au travail n’a pas aidé le Tennessee avec le ralentissement de l’activité dans l’industrie automobile – cet État a perdu 8 000 emplois dans l’industrie automobile entre 2003 et 2008.

D’après l’Institut américain des politiques économiques, les emplois de l’industrie automobile faisant appel aux nouvelles technologies de pointe sont principalement situés dans les États où on a encore la liberté de négocier collectivement. Sur les 2,5 milliards de dollars en nouveaux investissements aux États-Unis, 85 pour cent ont été effectués dans de tels États.

Dans les États qui ont instauré le droit au travail, on enregistre une baisse des revenus et de l’accès aux avantages sociaux – un objectif ouvertement reconnu par nombre de partisans du droit au travail. Tenant compte de nombreux facteurs – notamment l’âge, la race, l’ethnie, le sexe, l’éducation, l’industrie, la profession, l’urbanisation, le statut d’employé à plein temps et le coût de la vie – les comparaisons de l’Institut américain des politiques économiques montrent que dans les États dotés du droit au travail, les salaires sont inférieurs de 3,2 pour cent par rapport aux États qui respectent la libre négociation collective – en moyenne, un travailleur à temps plein gagne environ 1 500 $ de moins par an. Dans les États ayant adopté le droit au travail, le taux de participation de l’employeur au régime d’assurance-maladie est inférieur de 2,6 pour cent et le taux de participation de l’employeur aux régimes de pension est inférieur de 4,8 pour cent. Si les travailleurs non syndiqués pensent être à l’abri, ils se trompent. Dans les États ayant adopté le droit au travail, la rémunération des travailleurs non syndiqués est inférieure de trois pour cent. Quant aux prestations de maladie et de retraite, la disparité est de 2,8 et 5,8  pour cent, respectivement.

Quand on examine l’augmentation du revenu par personne entre 1977 et 2008, on constate que quatre des cinq États où la croissance est la plus forte sont des États qui respectent la libre négociation collective : le District de Columbia, le Massachusetts, le Connecticut et le Vermont. Parmi les cinq premiers États, le Dakota du Nord est le seul à avoir adopté le droit au travail. Ce sont surtout les gisements d’huile de schiste qui ont stimulé l’économie du Dakota du Nord, pas nécessairement les faibles salaires.

Si le Michigan espérait que les lois du droit au travail contribueraient à réduire son taux de chômage, 6e plus élevé aux États-Unis, ses législateurs auraient dû prendre en compte que sept des dix États ayant les plus forts taux de chômage sont des États qui ont adopté des lois du droit au travail. Parmi ces États, le Nevada mène le peloton avec un taux de chômage de 12,4 pour cent (juin 2011).

Vu les nombreux autres facteurs économiques à prendre en compte, allant de l’accès à l’éducation à l’infrastructure des transports et à la proximité de grands marchés, il est toujours difficile de mesurer l’impact des lois du droit au travail d’un État à un autre. Les États ayant adopté le droit au travail sont situés principalement dans le Sud, une région qui bénéficie depuis plusieurs années de la migration vers le sud des États-Unis, où de nombreux retraités en quête de soleil et de températures chaudes souhaitent finir leur vie. Avec ses importantes réserves énergétiques, le Texas bénéficie de surcroît d’un avantage considérable.

Il sera intéressant de voir ce que l’avenir réserve au Michigan et au Wisconsin, déjà engagés sur cette voie. Le droit au travail leur sera-t-il utile, leur nuira-t-il ou ne fera-t-il aucune différence? Ou ne va-t-il que contribuer à creuser l’écart entre les riches et les pauvres, comme l’indiquent les données de l’Institut américain des politiques économiques?

Pour en savoir plus sur l’impact des lois du droit au travail au Wisconsin, cliquez ici.

 

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