Si les employés du secteur public sont tant privilégiés, comment se fait-il que les entreprises du secteur privé soient en force dans la liste des meilleurs employeurs?

L’élite politique canadienne devrait être plus cohérente dans sa propagande. Elle se plaît à attiser l’antipathie à l’égard des employés du secteur public en laissant croire qu’ils sont surpayés et choyés; mais avant de s’autocongratuler, cette élite devrait bien revoir sa stratégie.

Tim Hudak, le chef du Parti conservateur, utilise cette tactique pour plaider en faveur des gels salariaux au sein de la fonction publique et, dernièrement, il s’est mis à attaquer les modestes régimes de retraite du secteur public.

Hudak veut s’attirer les votes des électeurs en misant sur une politique de réduction des modestes revenus de pension des retraités. Bonne chance avec cette tactique, Tim.

Si les employés du secteur public se la coulaient si douce, leurs employeurs devraient dominer le palmarès des meilleurs employeurs en cette fin d’année, surtout quand on sait que ces listes sont établies par les mêmes conglomérats médiatiques qui colportent cette propagande anti-secteur public.

Lundi dernier, le Globe and Mail a publié son palmarès des 20 sociétés les plus favorables à la famille au Canada pour 2013.

Dans cette liste, on trouve neuf sociétés privées et deux sociétés d’État — Toronto Hydro et Saskatchewan Government Insurance. Trois universités figurent sur cette liste, l’Université Dalhousie, l’Université Simon Fraser et l’Université de Toronto. Un organisme de bienfaisance non gouvernemental, World Vision Canada,  se trouve également sur la liste. L’Office national de l’énergie du Canada, un organisme national de réglementation, y figure pour son complément salarial pendant les congés de maternité. Pour ce qui est des employés provinciaux, seule la fonction publique de la Colombie-Britannique s’est glissée sur la liste, en grande partie parce que leurs travailleurs peuvent prolonger leur congé parental en prenant un congé sans solde. Aussi, la ville d’Ottawa est la seule municipalité sur la liste, et ce, grâce au service de garderie sur place qu’elle offre à ses employés. Un seul hôpital, le Centre Sunnybrook des sciences de la santé, se trouve sur la liste.

Quand on examine le palmarès 2013 des 100 meilleurs employeurs que publie également le Globe and Mail, on constate que ce sont les sociétés privées qui se taillent la part du lion, pas les entreprises publiques. Les sociétés du secteur privé comptent pour près de deux tiers des entreprises listées. Les sociétés de services financiers, les constructeurs automobiles et les sociétés d’énergie s’accaparent une bonne partie de la liste. On ne retrouve que deux gouvernements canadiens sur la liste, le gouvernement de la Colombie-Britannique et le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest. Si les services de santé sont censés être riches, ce n’est guère évident sur cette liste, qui ne contient que Sunnybrook, l’Hôpital des enfants malades, le Centre de soins de santé St-Joseph de Hamilton, la Vancouver Island Health Authority et l’Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario dans ce secteur. Ottawa et Vancouver sont les deux seules municipalités à entrer sur la liste.

Dans le cadre du forum de Longwood  qui a eu lieu en 2010, Rob Devitt, président-directeur général du Toronto East General Hospital, a avoué que la satisfaction du personnel dans son secteur était mauvaise. Ayant remporté le prix Great Places To Work (meilleurs endroits où travailler), Devitt a mentionné qu’en examinant les autres gagnants du secteur privé, il avait été choqué de voir combien son hôpital laissait à désirer.

En ce qui concerne les salaires, les travailleurs ontariens, au public comme au privé, sont loin de s’enrichir. En septembre dernier, les augmentations annuelles moyennes se situaient à environ 1,4 pour cent, à peine plus que l’indice des prix à la consommation, situé, lui, à 1,2 pour cent. Pour cette année, on prévoit un taux de croissance réel (taux de croissance nominal diminué du taux d’inflation) de 1,9 pour cent en Ontario, ce qui signifie que 1,7 pour cent de cette croissance n’ira pas à la hausse salariale des employés.

Au début de l’année, le Centre canadien de politiques alternatives a examiné l’autre extrémité du spectre. En 2010, l’augmentation moyenne de la rémunération des 100 plus hauts dirigeants au Canada était de 27 pour cent, par rapport à une moyenne de 2 pour cent pour le reste des Canadiens.

Le fait que le ressentiment populaire soit à nouveau fixé sur le secteur public en dit long sur ceux qui contrôlent le dialogue.

Dans leur précipitation à vouloir se féliciter de la place qu’elles occupent sur la liste des meilleurs employeurs, les grandes entreprises du pays semblent avoir oublié le nouveau scénario qu’elles s’efforcent tant de propager.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s