Edgewater Gardens : les compressions d’effectifs dans les foyers de soins de longue durée devraient alerter le Ministère et les RLISS

Nous nous souvenons tous de l’ancien ministre de la Santé, George Smitherman, qui nous promettait, les  larmes aux yeux, une révolution dans les soins de longue durée.

Une révolution qui ne s’est jamais produite.

Aujourd’hui, on se demande plutôt si on n’est pas en train de perdre les progrès modestes qui ont été réalisés pendant les années Smitherman.

Il y a longtemps que le Ministère ne nous a pas offert son estimation des heures de soins directs prodigués aux résidents des foyers de soins. Les dernières données trouvées pour le Ministère remontent à 2009.

Les foyers de soins ont reçu une augmentation de fonds modeste cette année – le plus gros du montant étant affecté aux locaux (bien que la plus forte augmentation en pourcentage concerne les aliments crus). La plus faible augmentation en pourcentage est allée aux soins directs.

La semaine dernière, l’établissement Edgewater Gardens, à Dunnville, a fait savoir qu’il réduirait de 75 heures par semaine le nombre d’heures prévues pour les infirmières auxiliaires autorisées, et ce, à compter du 15 février 2013. Le foyer à but non lucratif, adjacent à l’Hôpital Haldimand War Memorial, qui l’exploite, redonne une petite partie de ces heures sous formes d’heures additionnelles par les préposés aux services de soutien à la personne (PSSP). Les responsables du foyer disent le faire pour être « responsables sur le plan financier »; il s’agit donc d’une question d’argent, mais pas d’une restructuration du foyer pour améliorer la qualité.

Le résultat net se traduira par une réduction d’environ 8 à 9 minutes de soins en moins par jour pour les résidents de ce petit établissement de 64 lits. Cela signifie également que le personnel infirmier auxiliaire autorisé passera plus de temps à administrer les médicaments.

Certains avanceront peut-être que la réduction est relativement modeste, mais l’objectif était d’améliorer la qualité des soins au chevet du patient, pas de la réduire.

L’Ontario est encore loin des normes internationales en matière de dotation en personnel. Selon le rapport d’un groupe de travail de l’industrie publié plus tôt cette année, le nombre moyen d’heures de soins directs quotidiens par résident est de 2,9 heures, soit bien moins que les 3,5 heures recommandées par une étude de dix ans sans précédent du Sénat américain, conduite dans les années quatre-vingt-dix. Les foyers de soins à but non lucratif, municipaux et de bienfaisance possèdent des niveaux moyens de dotation en personnel plus élevés que leurs homologues à but lucratif.  C’est de plus en Ontario que l’on trouve le pourcentage de lits à but lucratif le plus élevé au Canada (57 pour cent).

En mai 2012, le groupe de travail des soins de longue durée sur les soins et la sécurité des résidents a conclu « qu’il manque du personnel de soins directs pour répondre adéquatement aux besoins de tous les résidents des foyers de soins de longue durée ». Le groupe de travail a recommandé que le Ministère mette en place les recommandations du Rapport Sharkey, publié en mai 2008, qui préconisait d’accroître la capacité en terme de personnel.

Les compressions d’effectifs se produisent à un moment où les soins prodigués aux résidents sont de plus en plus complexes. Le groupe de travail rapporte que 83 pour cent des résidents ont obtenu un résultat d’évaluation élevé ou très élevé en 2010-2011, par rapport à 72 pour cent en 2007-2008. Actuellement, plus de la moitié des résidents des foyers de soins de longue durée de l’Ontario sont âgés de 85 ans ou plus et vivent avec de multiples co-morbidités.

Beaucoup de gens disent que les niveaux de gravité se sont considérablement accrus depuis l’étude du Sénat américain et que l’Ontario devrait établir la cible du nombre moyen d’heures de soins directs au-dessus de 4 heures, et non pas à 3,5 heures.

Comme si les coupures dans le personnel ne suffisaient pas pour nous mener droit au désastre, le gouvernement réinterprète également les normes ayant trait aux inspections annuelles au titre de la Loi sur les foyers de soins de longue durée. Alors qu’on considérait autrefois une inspection annuelle comme une inspection détaillée, le Ministère estime désormais que la visite d’un inspecteur suite à une plainte remplace l’inspection annuelle.

Vu qu’on demande aux inspecteurs de se concentrer sur la plainte, les résidents sont de plus en plus vulnérables, et plus particulièrement ceux qui ne peuvent pas se défendre et/ou qui n’ont pas de famille à proximité pour les aider.

Selon le groupe de travail du printemps dernier, environ une plainte sur cinq que reçoivent les inspecteurs constitue un cas d’extrême gravité  – « traitement ou soins inappropriés ou administrés de façon incompétente qui causent du mal ou risquent de causer du mal à un résident ».

La dotation en personnel est un des déterminants clés d’abus et de négligence dans les foyers de soins de longue durée.

Le dernier rapport d’inspection concernant Edgewater a été publié en 2010.

Il est clair que toute coupure nette dans le personnel de première ligne des foyers de soins de longue durée de l’Ontario devraient alerter le Ministère et les Réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS).

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