Des « pratiques tyranniques »?

Plus tôt cette semaine, nous avons fait remarquer que les preuves soutenant l’efficacité des vaccins antigrippaux, et plus particulièrement pour les travailleurs de la santé, n’étaient pas inébranlables.

Le sentiment anti-vaccination contre la grippe découle en grande partie de la revue d’un certain nombre d’études de la Cochrane Collaboration (CC). La CC est un réseau sans but lucratif respecté comptant quelque 28 000 personnes dans plus de 100 pays, qui publie des études pour aider les décideurs à prendre des décisions factuelles sur les soins de santé.

La CC a publié un certain nombre de documents sur l’efficacité du vaccin contre la grippe à titre de mesure préventive dans les établissements de soins de santé.

Ce que mentionnent le plus souvent ces études, c’est que les recherches exemptes de préjugés qui pourraient nous permettre d’arriver à des conclusions factuelles sont rares (c’est-à-dire, des recherches qui ne sont pas commanditées par les sociétés pharmaceutiques qui fabriquent les vaccins, qui ont ainsi un intérêt dans le résultat). Cochrane mentionne le besoin spécifique d’essais à répartition aléatoire de haute qualité.

L’examen Cochrane indique qu’il existe plus de 200 virus responsables de la grippe ou de maladies comme la grippe qui produisent les mêmes symptômes – fièvre, maux de tête, douleurs, toux et écoulement nasal. Au mieux, un vaccin peut être efficace contre 10 pour cent de ces virus. Sans un test de laboratoire, il est impossible de les distinguer les uns des autres.

La plupart des gens qui ont ces symptômes restent quelques jours au lit; ils ne vont pas nécessairement à l’hôpital ou chez le médecin pour faire un test de laboratoire.

Dans des conditions idéales, il faut vacciner 33 adultes pour prévenir un ensemble de symptômes de grippe. Dans des conditions moyennes, on parle plutôt de 100 adultes.

Aussi, aucune preuve ne porte à croire que le vaccin présente de nombreux risques. Le risque de contracter le syndrome de Guillian-Barré est minime – un cas sur un million selon Cochrane. Les ingrédients peuvent entraîner un choc anaphylactique dans certains cas – et plus particulièrement chez les personnes qui sont sensibles aux protéines présentes dans les œufs. L’allergie aux œufs est une des allergies alimentaires les plus courantes.

Il est difficile d’évaluer si à lui seul le vaccin contre la grippe peut avoir un impact sur les patients dont s’occupent les travailleurs de la santé. Cette mesure devrait être mise à part des autres mesures de contrôle des infections, notamment le lavage des mains, les masques protecteurs, le dépistage précoce à l’aide d’écouvillons nasaux, les mises en quarantaine et le refus de nouvelles admissions, l’utilisation prompte des antiviraux et demander aux travailleurs de la santé de ne pas se présenter au travail lorsqu’ils souffrent d’une maladie qui ressemble à la grippe.

Cochrane conclut que rien ne prouve qu’à eux seuls, les vaccins contre la grippe puissent faire une différence.

En Colombie-Britannique, les travailleurs de la santé ont un choix en vertu de cette « politique obligatoire » – se faire vacciner ou porter un masque.

Tom Jefferson, un des auteurs de la Cochrane Review, s’est laissé aller devant le Dr Perry Kendall, un des défenseurs de la politique.

« Ce n’est pas à moi de juger les politiques adoptées en Colombie-Britannique, mais forcer et ridiculiser des êtres humains (en les obligeant par exemple à porter un insigne ou un vêtement distinctif) sont des pratiques tyranniques », a écrit Jefferson dans une lettre publiée dans le Vancouver Sun.

Kendall et sept autres médecins ont répondu que la norme de preuve de la Cochrane Collaboration était très peu fiable, faisant remarquer que le vaccin jouissait d’un très large appui – mais pas nécessairement l’obligation de se faire vacciner – de groupes variés, allant du Collège des médecins et chirurgiens de la Colombie-Britannique et de l’Association des infirmières et infirmiers du Canada  jusqu’à la Société américaine pour l’épidémiologie hospitalière.

« La vaste majorité des experts en santé publique et grippes de toute l’Amérique du Nord et du Royaume-Uni sont convaincus que les éléments de preuve favorisent l’effet de protection des vaccins antigrippaux », ont écrit Kendall et les autres médecins. « Loin d’être des ‹ tyrans ›, les ordres professionnels de chaque discipline des soins de la santé ont fait savoir que la protection des patients obtenue au moyen du vaccin contre la grippe faisait partie du devoir des travailleurs de la santé. »

Dans le Globe and Mail de mercredi dernier, Alan Cassels, un chercheur de l’industrie du médicament à l’Université de Victoria, a dit que « la science devrait établir si c’est la bonne chose à faire » et qu’il y a « peu de preuve comme quoi la vaccination permet de prévenir la transmission des virus des travailleurs de la santé aux patients ».

Tandis que le syndicat des infirmières et des infirmiers de la Colombie-Britannique se plaint de la politique obligeant la vaccination ou le port du masque dans cette province, il recommande à ses membres de recevoir le vaccin volontairement.

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