La rémunération aberrante des PDG en santé mentale

Qu’est-ce qui justifie qu’un PDG d’un hôpital psychiatrique en Ontario gagne beaucoup plus qu’un dirigeant d’un hôpital général de taille comparable?

Le mois dernier, nous avons jeté un regard sur les dirigeants qui gagnent plus du double du salaire du Premier ministre. Bien que les chiffres ne soient pas uniformes, la plupart des dirigeants dans cette gamme de rémunération travaillaient pour un très grand hôpital, comme par exemple Bob Bell, qui avait gagné 753 992 $ pour diriger le Réseau universitaire de santé, qui a un budget d’exploitation d’environ 1,8 milliard de dollars, ou Jack Kitts, PDG de l’Hôpital d’Ottawa, qui avait gagné 630 485 $, pour un budget de 866 millions de dollars.

Ce qui nous a le plus étonné est que deux de quatre gros hôpitaux psychiatriques autonomes mettaient leur dirigeant sur cette liste. Seule une de ces quatre PDG mentionne des antécédents cliniques dans son curriculum vitae en ligne. La Dr Catherine Zahn, présidente directrice générale du Centre de toxicomanie et de santé mentale (CTSM), est neurologue pratiquante. Glenna Raymond (Ontario Shores), Carol Lambie (Waypoint) et George Weber (Groupe Royal Ottawa) sont des administrateurs de carrière. Weber possède une maîtrise de gestion avec formation administrative supérieure exhaustive. Raymond se dit être gestionnaire agréé des services de santé. Lambie est comptable générale agréée, bien que son contrat exigeait qu’elle termine sa MBA d’ici à la fin de 2011.

Ces qualifications ne sont pas inhabituelles pour les PDG des hôpitaux de l’Ontario, pourtant deux de ces quatre dirigeantes semblent percevoir une rémunération qui va bien au-delà de ce que d’autres dirigeants dans des établissements de taille comparable reçoivent.

Tandis que le CTSM a des dépenses annuelles d’environ 325 millions de dollars, Zahn empoche pourtant 674 999 $ — plus de 200 000 $ de plus que les 458 920 $ dont s’est prévalu le PDG Kevin Empey en 2011. Lakeridge enregistre des dépenses annuelles d’environ 420 millions de dollars.

Empey pourrait s’estimer brutalement sous-payé par rapport à Raymond du Centre Ontario Shores. L’hôpital psychiatrique de Raymond dépense à peu près 117 millions de dollars par année, et pourtant, Raymond figure sur la liste des personnes qui gagnent plus de 100 000 $, avec une rémunération de 456 241 $. Carol Lambie, présidente directrice générale du Waypoint Centre for Mental Health Sciences, pourrait également se croire sous-payée comparé à Raymond, avec sa rémunération de 289 213 $ en 2011. Le Centre Waypoint a dépensé à peu près 103 millions de dollars l’an dernier – un hôpital plus ou moins des mêmes taille et ampleur que le Centre Ontario Shores.

La rémunération de Raymond peut être particulièrement difficile à expliquer compte tenu que George Weber, PDG du Groupe Royal Ottawa, un établissement beaucoup plus grand, gagne près de 100 000 $ de moins, avec une rémunération de 360 938 $. Le Royal Ottawa a un budget annuel d’environ 162 millions de dollars et gère des établissements à Ottawa et Brockville.

Avec un salaire de base de 365 000 $, Raymond a ramené une prime de plus de 91 000 $ – le maximum de 25 pour cent autorisé en vertu de son contrat.

Avec ça, on s’attendrait à voir des chiffres impressionnants affichés par le Centre Ontario Shores – la prime est liée au rendement, non?

Comme nous l’avons fait remarquer à maintes reprises, Ontario Shores fait un travail médiocre en matière de sécurité du personnel. Dans un graphique comparant les quatre hôpitaux de santé mentale et toxicomanies, on constate que le Centre Ontario Shores a des niveaux radicalement plus élevés d’absences résultant de blessures en 2010-2011 que le Royal Ottawa ou le CTSM. Le taux d’absentéisme est actuellement le plus élevé des quatre hôpitaux. La fréquence de l’usage de contentions physiques basée sur l’évaluation des résidents est environ quatre fois plus élevée qu’au CTSM et plus élevée qu’au Royal Ottawa. En ce qui concerne l’utilisation de moyens de contention pharmaceutiques, Ontario Shores était le deuxième plus élevé pour 2010-2011. Ontario Shores a enregistré le taux de réadmission le plus élevé des quatre hôpitaux.

Si on regarde la propre fiche d’évaluation de l’hôpital pour 2010-2011 (sur laquelle se basent sans doute les primes 2011 mentionnées dans la liste des 100 000 $ et plus), il y a assez de rouge pour indiquer que les cibles n’ont pas été atteintes en ce qui concerne la formation du personnel, les temps d’attente pour les soins ambulatoires, la conformité à une bonne hygiène des mains, les blessures très graves, les autres niveaux de soins et plus encore.

Le contrat de Lambie est plus vieux que celui de Raymond, et elle a probablement reçu au moins une augmentation en fonction du coût de la vie avant le gel législatif. Seuls 3 pour cent de son contrat sont assujettis à une prime, et il semble qu’elle l’ait reçue malgré des chiffres plutôt déprimants.

Seul le Centre Waypoint dépasse Ontario Shores en ce qui concerne les absences résultant de blessures en 2010-2011, bien que les premiers trois quarts de l’année 2011-2012 (dernières données affichées) montrent une amélioration. L’hôpital de Lambie a les pires résultats en matière de moyens de contention physiques, et le deuxième en ce qui concerne l’absentéisme du personnel.

Voyons à quoi ressemble la rémunération de PDG comparables dans des hôpitaux généraux de tailles variées. Voici quelques exemples :

  • Todd Stepanuik, ancien PDG de l’Hôpital de district de Perth Smith’s Falls, gagnait 193 542 $ pour s’occuper d’un budget annuel de 50 millions de dollars.
  • Noel Pierre, PDG de l’Hôpital régional de Pembroke, avec un budget de 82 millions, a reçu 293 575 $ en 2011.
  • Ken Tremblay, PDG du Centre de santé régional de Peterborough, a gagné 380 000 $, pour un budget de 233 millions de dollars.
  • Rik Ganderton, PDG du Système de santé de la Rouge Valley, a gagné 453 162 $ pour prendre soin de deux hôpitaux, à Scarborough et Pickering. Les dépenses annuelles du Rouge Valley sont d’environ 317 millions de dollars.

Il est vrai que la réputation du CTSM va bien au-delà de son ampleur financière. La plupart des gens avec qui nous avons parlé n’ont aucune idée où se trouve le Centre Ontario Shores. Il se trouve à Whitby.

Certaines questions devraient manifestement se poser lorsqu’un PDG se distingue du lot de cette façon.

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