L’impact du trop-plein de gestionnaires va bien au-delà des coûts salariaux

Demander comment le rapport gestionnaires-personnel de première ligne a changé dans un hôpital public semble être une question toute simple.

En cette ère d’obsession pour l’hyper-efficience, on pourrait penser que le ministère de la Santé, les Réseaux locaux d’intégration des services de santé et les conseils d’administration des hôpitaux se posent cette même question, et se la posent fréquemment.

Ne veut-on pas tous et toutes plus de personnes qui posent des diagnostics, qui offrent des soins de courte durée et des services de réadaptation?

Pour être juste, le ministère répartit les données entre ce qu’il appelle le « personnel producteur d’unités » (PPU) et ceux et celles dont « la fonction primaire est de gérer et/ou d’appuyer les opérations du centre fonctionnel » (Services opérationnels et de gestion – SOG). Curieusement, ces termes donnent à penser que les gestionnaires ne produisent rien… nous-mêmes n’irions pas si loin. (Note aux gestionnaires qui lisent cet article – ces termes vous satisfont-ils vraiment?)

Si tout cela vous embrouille, ne vous inquiétez pas, les hôpitaux semblent tout aussi confus. Il y a déjà eu plusieurs plaintes en ce qui concerne l’uniformité et la validité de telles données. Dans notre récent sondage sur les rapports changeants entre les gestionnaires et le personnel de première ligne, plusieurs hôpitaux ont préféré nous donner (avec notre permission) les données PPU/SOG plutôt que d’essayer de déterminer eux-mêmes qui est en fait un gestionnaire.

Soumettant ce que nous pensions être une simple demande d’accès à l’information, nous avons reçu des données sous différents formats et la question à savoir ce qui constitue vraiment un gestionnaire nous a été posée à plus d’une reprise.

Si les hôpitaux nous posent cette question à nous, est-il possible que personne ne se pose cette question à l’interne? Qui assure la surveillance lorsque personne ne semble intéressé à connaître la composition du personnel? Comme les hôpitaux nous le rappellent souvent, le personnel est le poste le plus coûteux dans leur budget.

Pourtant, de nombreux hôpitaux disent avoir eu beaucoup de peine à répondre à notre question. Par exemple, Le Centre pour la santé mentale Ontario Shores nous a demandé 300 $ pour l’établir, prétendant avoir dû reprogrammer leur ordinateur pour nous donner cette information. À l’autre extrême, le Centre des soins de santé Quinte nous a répondu  rapidement et a même décidé de renoncer aux frais de 5 $ normalement exigés. De toute évidence, la même question est également venue à l’esprit de certaines personnes à cet endroit.

Étant donné que les données reçues variaient considérablement, nous n’avons jamais essayé d’établir quel hôpital parmi les hôpitaux interrogés avait le nombre le plus élevé de gestionnaires.

Vu qu’on avait demandé à chaque hôpital de nous donner l’information par année, on a rapidement pu établir que, selon leur propre interprétation, neuf d’entre eux reconnaissaient qu’au cours des cinq dernières années, ils avaient en fait ajouté plus de personnel de gestion et d’administration que de personnel de première ligne. Deux autres hôpitaux ont fourni des données qui donnaient à penser que des changements récents avaient été faits pour restaurer les niveaux de gestion plus élevés précédents.

Les chiffres sont-ils significatifs? Oui et non.

L’Alliance de la santé de Chatham-Kent ne risque pas de s’écrouler avec un gestionnaire et demi de plus ajouté l’an dernier tandis que deux postes et demi de première ligne disparaissait.

Toutefois, nous vivons dans une société où les symboles sont importants.

Nous avons conduit cette enquête suite aux plaintes du personnel de première ligne qui voyait de plus en plus de gestionnaires arriver dans leurs lieux de travail alors qu’ils avaient besoin d’aide pour faire face à une charge de travail toujours plus importante.

L’étude de l’Association des hôpitaux de l’Ontario (AHO) effectuée cette semaine révélait que le mauvais moral des employés coûte en fait très cher. Dans l’ensemble, quatre travailleurs sur dix interrogés par leur hôpital ont dit qu’ils trouvaient la plupart de leurs journées de travail assez/extrêmement stressantes. Un sur quatre a mentionné qu’il chercherait vraisemblablement un nouvel emploi dans l’année à venir. Essayer d’expliquer à ces travailleurs pourquoi à Thunder Bay, par exemple, on avait décidé d’ajouter près de 20 nouveaux postes de gestion tout en supprimant près de 70 postes de première ligne depuis 2009.

La différence entre le coût de quelques gestionnaires et le coût de quelques employés de première ligne n’est sans doute pas énorme. Par contre, l’impact de telles décisions sur le fonctionnement de l’hôpital le sera sans doute.

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