Tolérance zéro à l’égard du mauvais traitement et de la négligence? Pas vraiment!

La ministre de la Santé Deb Matthews parle de tolérance zéro à l’égard du mauvais traitement et de la négligence des résidents au sein des maisons de soins infirmiers de l’Ontario. Ses actions semblent pourtant suggérer le contraire.

Matthews a récemment déclaré que les foyers de soins de longue durée ne seront désormais inspectés qu’en cas de plainte. Pas de plainte, pas d’inspection!

Ceci en dépit de la Loi de 2007 sur les foyers de soins de longue durée, qui exige une inspection annuelle dans chaque foyer.

Jane Meadus, du Advocacy Centre for the Elderly (service d’aide juridique aux aînés), a déclaré que l’objet de la loi était que chaque foyer reçoive une inspection annuelle de la qualité de vie des résidents – une inspection détaillée conduite par une équipe de spécialistes, y compris un infirmier ou une infirmière autorisé, un ou une diététiste et un inspecteur ou une inspectrice en environnement. Une inspection de la qualité de vie des résidents peut prendre jusqu’à 17 jours.

Et voilà que la ministre revient sur sa promesse, disant que seuls les foyers à problème recevront une telle inspection.

Les inspecteurs ont dit plus tôt cette semaine que leurs bureaux se fixaient l’objectif de deux inspections de la qualité de vie des résidents par mois. Avec cinq bureaux, on parle de 10 inspections par mois ou 120 par année. L’Ontario compte 641 maisons de soins infirmiers, incluant les établissements ANS (autre niveau de soins) temporaires.

À ce rythme, il faudra plus de cinq ans pour tous les visiter. Deb Matthews nous dit que c’est faux – de nombreux foyers ne recevront jamais d’inspection de la qualité de vie des résidents.

En rendant le régime d’inspection dépendant des plaintes, la province doit espérer que les résidents, leur famille et le personnel comprennent les règles de la nouvelle loi.

Elle compte aussi sur la capacité de se défendre de résidents aux besoins complexes. Un résident assujetti à des moyens de contention (médicaments par exemple) et sans famille pour le défendre est désormais responsable de déposer ses propres plaintes. Il est peu vraisemblable qu’il en soit capable.

Cela signifie aussi qu’avant d’agir, le gouvernement de l’Ontario veut avoir des preuves de mauvais traitement ou de négligence. Et c’est sans compter que seuls les cas les plus sérieux feront rapidement l’objet d’une enquête. Le manque d’inspecteurs fera que la plupart des plaintes traîneront pendant des mois.

Matthews inclut le personnel des foyers parmi les dénonciateurs potentiels, mais la protection des personnes qui font une dénonciation existe davantage sur papier que dans la réalité. Diane Shay, une infirmière qui travaillait pour la ville de Cornwall, a été mise à la porte après avoir dénoncé un cas de mauvais traitement dans un des foyers de soins de longue durée de la ville. On l’a mise à la porte après un congé pour stress de six mois qu’elle avait pris suite au harcèlement de son patron qui n’avait pas apprécié sa dénonciation. On lui a éventuellement redonné son emploi et la ville a été amendée, mais le cas a mis en lumière les éventuelles épreuves auxquelles font face les dénonciateurs.

Deb Matthews n’est pas d’accord avec notre compte de 74 inspecteurs. Elle dit qu’il y en a 81, mais ces inspecteurs ne font pas tous des inspections. De plus, au moins un d’entre eux est en congé d’invalidité de longue durée, au moins quatre autres ont été détachés pour s’occuper de projets et affectations spéciaux, et dans chaque bureau, on compte un inspecteur principal qui ne peut passer que la moitié de son temps sur le terrain. Les inspecteurs jouent également le rôle d’inspecteur de garde à tour de rôle dans chaque bureau, éliminant ainsi cinq autres inspecteurs sur le terrain chaque jour.

Sept postes d’inspecteur à contrat de courte durée ont été créés en 2010/2011, mais ces postes seront plutôt utilisés pour une équipe centrale d’accueil et de tri basée à Hamilton. Alors qu’un établissement d’accueil central est nécessaire, ces inspecteurs ne travailleront pas sur le terrain. Les postes ne sont affichés que maintenant.

Les déboires financiers de la province sont vraisemblablement à la base de cette épreuve. Il n’y a clairement pas assez de ressources pour satisfaire les conditions de la Loi sur les foyers de soins de longue durée. Plutôt que d’en faire une priorité, Matthews s’esquive de ses responsabilités en réinterprétant la loi.

Tolérance zéro? Pas vraiment!

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