La première stratégie sur la santé mentale au Canada trouvera-t-elle vraiment tenant parmi les provinces?

À la toute fin du lancement de la première stratégie sur la santé mentale au Canada, un journaliste avait demandé à la ministre fédérale de la Santé, Madame Leona Aglukkaq, si le gouvernement avait l’intention d’uniformiser les services de santé mentale à travers les provinces.

Le sénateur Michael Kirby était tout de suite intervenu en disant qu’il n’y avait jamais eu d’uniformité. Le niveau d’accès aux services varie actuellement entre les provinces. Certaines auront plus à faire que d’autres. Les écarts étaient différents.

Le Dr David Goldbloom, le nouveau président de la Commission de la santé mentale du Canada, a dit que les recommandations devraient être d’un niveau suffisamment élevé pour être remaniées par chacune des provinces.

Les conférenciers avaient entamé la présentation en décrivant la stratégie en termes historiques; à la fin de la présentation, il était devenu évident que le travail à promouvoir auprès des provinces en était un d’envergure.

Le Canada est la dernière des nations du G7 à adopter une stratégie en matière de santé mentale nationale. Est-il réellement possible d’avoir une stratégie nationale dans un domaine politique qui relève des provinces?

Si une occasion devait se présenter d’adopter une approche vraiment nationale, celle-ci aurait été en janvier dernier, alors que les provinces se préparaient à négocier une nouvelle entente sur la santé avec le gouvernement fédéral. Au lieu de faire pour la santé mentale ce que l’entente négociée par Paul Martin avait fait pour les temps d’attente, le gouvernement Harper a dit aux provinces combien elles recevraient sous forme de transferts pour la santé, sans porter d’intérêt quelconque à la façon dont ces fonds seraient dépensés.

En l’absence de tout discours sur le financement de la stratégie, Aglukkaq a plutôt parlé des projets de recherche financés par le gouvernement fédéral, qui seraient conduits parallèlement au travail de la Commission de la santé mentale.

Sans représentation visible des provinces à l’occasion du lancement de la stratégie, il est difficile de dire si elles envisagent d’adopter un tel plan. Il est possible que leur absence révèle un intérêt relativement faible.

Kirby a déjà quitté la Commission pour lancer « Partners for Mental Health », un groupe de défense distinct de la Commission (mais néanmoins sur son site Web) qui aura pour but de fournir un « effort de promotion solide » pour mettre en œuvre la stratégie.

Le rapport lui-même parle d’un « mouvement… que rien ne pourra arrêter », mais comme nous l’avons observé en Ontario, le mouvement est plutôt intermittent.

Notre propre stratégie provinciale de 10 ans avait suscité un réel engouement à l’origine; il avait fallu trois ans pour la développer et, finalement, elle a représenté une modeste initiative de 70 millions de dollars par année sur trois ans pour améliorer la santé mentale des enfants et des jeunes. Pour remettre les choses en perspective, c’est à peu près un quart de ce que cela coûterait d’exploiter un hôpital régional de taille moyenne.

Nous savons que le Canada est largement en retard par rapport aux autres pays développés dans son engagement à l’égard du financement de la santé mentale. En Grande-Bretagne, entre 9 et 12 pour cent des budgets consacrés à la santé sont affectés aux services de santé mentale, un chiffre que le Collège royal de psychiatrie considère nettement insuffisant.

L’Organisation mondiale de la santé estime le fardeau des maladies mentales et des toxicomanies à environ 14 pour cent.

Goldbloom lui-même a indiqué que la santé mentale affecterait plus de personnes au Canada que le cancer et les cardiopathies combinés.

Et pourtant, la stratégie mentionne une seule augmentation allant de 7 pour cent des budgets consacrés actuellement à la santé à 9 pour cent d’ici 10 ans. Le Canada dépense environ 200 milliards de dollars par année sur les soins de la santé, mais seulement 70 pour cent de ces fonds sont publics. Cela signifie que la Commission demande une augmentation des fonds publics de l’ordre de 2,8 milliards de dollars (en dollars 2012) sur 10 ans. Juste pour rire, comparons cela aux 25 milliards de dollars que coûtera au gouvernement fédéral notre nouvelle flotte d’avions chasseurs.

Pour être juste, la Commission demande aussi une augmentation de deux pour cent dans la proportion des fonds consacrés à la santé mentale provenant des services sociaux – un montant que personne ne semble savoir comment gérer.

Au lieu de ça, on met l’accent sur la meilleure utilisation des ressources – n’avons-nous pas déjà entendu cette chanson? Et pendant le lancement, on a à nouveau parlé du rôle que le secteur privé pourrait s’attendre de jouer.

En fait, la Commission déclare explicitement que le gouvernement souhaite « encourager le secteur privé et le milieu philanthropique à investir dans la santé mentale ».

Bien qu’il reste tiède en ce qui concerne les demandes d’ordre financier, le rapport contient de nombreuses bonnes recommandations.

Il sera triste de voir ce rapport recouvert de poussière après cinq ans de travail pour le développer. Kirby ne serait pas en train de promouvoir les idées qui figurent dans le rapport si les provinces avaient déjà mordu à l’hameçon.

Plus d’information sur cette question dans les prochains jours.

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