McGuinty a besoin de la majorité pour manifester plus de fermeté à l’égard des travailleurs

Dalton McGuinty pourrait bien avoir donné aux professionnels de la santé et autres travailleurs du secteur public une raison de voter contre les libéraux lors des prochaines élections partielles qui auront lieu à Kitchener-Waterloo.

Le siège a récemment été libéré par la conservatrice Elizabeth Witmer, porte-parole de la santé, qui a accepté la présidence de la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail (CSPAAT). Et ce, en dépit de conflits antérieurs entre Witmer et les libéraux en ce qui concerne la CSPAAT.

Si les libéraux remportent les élections partielles, le gouvernement sera propulsé dans une majorité de facto, et le nouveau candidat pourra départager les voix au parlement provincial.

Compte tenu de « l’élégant » compromis consenti avec le NPD sur le budget, pourquoi McGuinty aurait-il tout à coup besoin d’une majorité à un point tel qu’il serait prêt à nommer une adversaire de longue date à un poste aussi important à la CSPAAT?

Selon Martin Regg Cohn, du Toronto Star, McGuinty a besoin de la majorité « parce que dans une période de crise, il faut se montrer dur à l’égard des travailleurs ».

Après tous les grands discours sur la juste répartition des problèmes, nous savons bien qui McGuinty vise réellement : les travailleurs.

Cela ne devrait pas nous surprendre venant d’un premier ministre qui, à son corps défendant, a dû se laisser convaincre par son propre caucus d’accepter la proposition du NPD d’une surtaxe de deux pour cent sur le revenu des personnes gagnant plus de 500 000 $ par année. Ni d’un gouvernement qui tenait mordicus à poursuivre les réductions des impôts des sociétés, en dépit du manque de preuves indiquant qu’une telle mesure puisse permettre de stimuler la croissance économique.

McGuinty insinue depuis des semaines que si les négociations ne donnent pas les résultats qu’il escompte, il n’hésitera pas à user de la législation.

Les libéraux se sont toujours montrés réticents à légiférer un gel salarial vu la probabilité qu’il soit renversé par les tribunaux. En 2007, la Cour suprême avait reconnu le droit limité dans le cadre des négociations collectives de renverser une législation adoptée en Colombie-Britannique qui infirmait les dispositions des conventions collectives des travailleurs de la santé.

Don Drummond, le gourou bancaire embauché par le gouvernement McGuinty pour nous sauver de la crise économique, était contre un gel salarial, suggérant évasivement que les travailleurs se rattraperaient toujours plus tard. Obscurément, il avait suggéré que McGuinty refuse plutôt d’accorder quoi que ce soit pour d’éventuelles augmentations salariales et laisse les employeurs du secteur public se débrouiller avec leurs employés. Bien entendu, nous savons que ce type de restriction aurait le même résultat.

Les choses ont également changé depuis le dernier gel. Entre autres, les libéraux et les conservateurs ont imparti une quantité considérable de services publics à des entités à but lucratif. Si McGuinty cherche à faire échec aux aspirations des travailleurs du secteur public, qu’envisage-t-il de faire avec les PDG du secteur privé qui travaillent principalement dans la sphère publique?

Tandis que les PDG des hôpitaux à but non lucratif avaient dû accepter un gel de deux ans, et maintenant de deux autres années, les libéraux ne pourraient certainement pas imposer une telle restriction sur quelqu’un comme Timothy L. Lukenda, PDG de Extendicare Health Services, le plus gros fournisseur à but lucratif de lits de soins de longue durée financé par la province. Selon Bloomberg Businessweek, Lukenda a empoché un total de 1 358 862 $ en 2011. Bloomberg insiste pour dire que c’est relativement bas comparé aux normes de l’industrie, même si ce chiffre représente quasiment le double de ce que reçoit le PDG d’hôpital le mieux payé dans la province.

Bien entendu, aucun de ces PDG de telles entreprises à but lucratif ne figure sur la liste des personnes qui gagnent plus de 100 000 $, vu qu’ils en sont exempts, tout comme d’ailleurs les entreprises à but lucratif qui reçoivent leurs fonds plus indirectement, comme le VON ou Saint Elizabeth Healthcare.

Comme l’ont montré les négociations avec les médecins et les enseignants, McGuinty est après plus qu’un gel salarial.

Pour les enseignants, il cherche aussi à geler les mouvements sur la grille salariale et à récupérer d’autres prestations. Les grilles salariales sont censées refléter la valeur accrue qu’apporte l’expérience à un emploi.

Pour les médecins, le gouvernement McGuinty veut améliorer l’accès aux soins tout en maintenant la rémunération globale à 11 milliards de dollars. Les médecins ont déjà offert un gel de deux ans sur leurs honoraires, mais ils insistent pour dire que des fonds supplémentaires seront nécessaires pour les quelque 700 nouveaux médecins qui devraient entrer en pratique cette année – des médecins que l’on croit nécessaires pour répondre aux besoins d’une population croissante et vieillissante. L’OMA dit que c’est vraiment une réduction des honoraires de 1 milliard de dollars que vise le gouvernement McGuinty.

Deb Matthews, la ministre de la santé, fait presque une habitude quotidienne d’accuser les médecins d’avarice, alors même qu’ils ne demandent aucune augmentation de leurs revenus personnels. Le gouvernement insiste pour dire que les médecins ontariens sont les mieux payés, tandis que l’Ontario Medical Association (OMA) fait remarquer que le barème des tarifs du gouvernement se place en 7e position dans le pays.

Selon le Globe and Mail, 1 296 contrats couvrant 335 678 travailleurs du secteur public expirent cette année. Ce chiffre correspond à peu près à un tiers de l’effectif de la fonction publique.

« Nous avions reculé devant certaines choses parce qu’elles prêtaient trop à controverse et pouvaient engendrer une trop grande animosité politique », a déclaré McGuinty à Cohn, chroniqueur au Toronto Star. « Mais nous ne pouvons désormais plus nous permettre de battre en retraite et nous devons agir. »

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