Pourquoi l’OHA ne défend-elle pas les hôpitaux?

Il faut s’interroger sur l’Association des hôpitaux de l’Ontario (OHA) et sur son opinion publique du rapport de la Commission Drummond.

L’OHA a accueilli publiquement le rapport, dès sa publication, et ce, en dépit du « parfum anti-hôpitaux » que le recteur de l’Université Queen’s lui a attribué.

« Dans l’ensemble, l’OHA et ses hôpitaux membres apprécient la perspective que Monsieur Drummond apporte dans le secteur parapublic et s’engagent à étudier avec soin le rapport et ses recommandations », a mentionné l’OHA dans un communiqué du 15 février.

Depuis, plus rien. L’OHA reste silencieuse.

Il est évident que Mark Rochon, chef de la direction par intérim, ne s’adresse pas au public aussi facilement que son prédécesseur, Tom Closson. Toutefois, son silence commence à se faire remarquer et on se demande combien du kool-aid d’austérité l’OHA est vraiment prête à avaler.

Rochon a dit qu’il favorisait un plus grand nombre de fusions d’hôpitaux – ce n’est pas surprenant si l’on tient compte de son rôle avec la Commission de restructuration des services de santé, laquelle a fermé des hôpitaux et procédé à la fusion de nombreux autres au début des années 2000.

Cela ne signifie pas que les membres de l’OHA ont eux aussi gardé le silence, même si la plupart déploient des efforts considérables pour garder le sourire. Les dirigeants préfèrent rester en territoire sûr, en appuyant par exemple la question élémentaire d’une meilleure intégration des services de santé. Peu de gens veulent parler de rationaliser les services – une issue inévitable si on accepte les recommandations de restrictions de Drummond.

Les menaces d’un financement sensiblement réduit arrivent à un moment où les hôpitaux font face à une augmentation subite de leur niveau d’activité.

Vendredi dernier, on a rapporté que l’Hôpital d’Ottawa travaillait à surcapacité (115 pour cent) – à un moment où il fait face à une éclosion du Norovirus, qui a déjà affecté 43 membres de son personnel, selon City News.

Le Centre de santé de Quinte fait déjà face à des pressions similaires cet hiver.

Marie Clare Egberts, présidente et directrice générale du Centre de santé de Quinte, a laissé entendre que les niveaux de financement ne seraient pas viables et forceraient le CSQ à « trouver encore d’autres façons d’être plus efficace ».

« Les patients devront comprendre que leurs soins pourraient être dispensés différemment », a-t-elle dit à son conseil, laissant entendre que les services ne pourraient pas tous être dispensés par l’hôpital.

On se demande qui obtiendra les fonds pour dispenser ces services, et s’ils seront aussi « axés sur les patients » que les hôpitaux aimeraient le croire?

Selon le RLISS du Sud-Est, les hôpitaux peuvent s’attendre à zéro augmentation

Selon le Belleville Intelligencer, le Réseau local d’intégration des services de santé du Sud-Est, aurait déjà dit aux hôpitaux de ne pas s’attendre à recevoir d’augmentation cette année.

Avec la hausse des prix s’établissant à 2,5 pour cent, l’impact du vieillissement et de la croissance démographique, une augmentation de zéro se traduira vraisemblablement pas une coupure réelle de près de 5 pour cent pour les hôpitaux. Les autres RLISS suivront-ils avec des restrictions similaires?

L’austérité était clairement à l’esprit du Dr John Wright, de l’Hôpital de Scarborough. Wright avait tenté d’engager l’Hôpital général de Toronto-Est dans un discours de fusion, prétendant que la baisse des niveaux de financement était à la base de ses efforts. La suggestion de rationaliser les services entre les deux hôpitaux a clairement fait peur à la communauté et l’Hôpital général de Toronto-Est s’est vite retiré, notant l’opposition du RLISS du Centre-Est.

D’autres ont été plus prudents, laissant entendre que le diable serait dans les détails. Une grande partie des 105 recommandations de Drummond sur les soins de santé sont incroyablement vagues et ne comportent aucun coût, ce qui nous pousse à nous demander comment tout cela sera possible.

Le Dr Kevin Smith, directeur général du centre de soins de santé St. Joseph’s Healthcare de Hamiton et superviseur du Système de santé de Niagara, a laissé entendre que les recommandations de Drummond pourraient fonctionner si des fonds étaient accordés à l’avance pour mettre en oeuvre les changements.

« … si nous avons les liquidités pour certaines des dépenses initiales, l’efficacité pourrait être améliorée à long terme », a dit Smith au St. Catharines Standard. « Si nous avons les liquidités, c’est formidable. Mais si nous ne les avons pas, il faudra que le gouvernement nous guide sur les mesures à prendre. »

David Musyj, directeur général de l’Hôpital régional de Windsor, a dit qu’il avait aimé les recommandations, dans l’ensemble, mais que Drummond n’avait pas compris les contraintes auxquelles font face les hôpitaux avec les patients qui ont besoin d’un autre niveau de soins. Il a dit au Windsor Star que le personnel travaillait déjà dur pour optimiser la capacité et appliquer les meilleures pratiques, se demandant si Drummond avait en fait visité un hôpital pendant qu’il travaillait sur son rapport. « Son commentaire à cet égard est très naïf et choquant », a-t-il dit au journal.

Tandis que l’OHA et la plupart de ses dirigeants hésitaient à critiquer Drummond, le Dr Richard Reznick, recteur à la Faculté des sciences de la santé de l’Université Queen’s, était moins réticent à partager son opinion. Sur son blogue, Reznick fait écho à Kevin Smith, faisant remarquer que « l’autonomisation financière » manque pour favoriser et permettre l’intégration des soins de santé.

Tandis qu’il convient que nous devrions mettre davantage l’accent sur les soins de longue durée, il ajoute que nous ne devrions pas le faire au détriment des hôpitaux.

« Le fait que nous ayons besoin de mettre davantage l’accent sur les soins de longue durée ne signifie pas que nous devrions systématiquement réduire à néant les soins hospitaliers sur lesquels nous avons travaillé pendant tant d’années avec tant d’acharnement », a-t-il écrit. « Pour être sûr, nous devons faire les deux, mais sans pour autant détourner des fonds des hôpitaux. »

Reznick s’objecte au fait que Drummond puisse promouvoir ce qu’il perçoit comme un « parfum anti-hôpital, » faisant remarquer que certaines de « nos institutions les meilleures, les plus créatives et les plus responsables sur le plan financier sont nos hôpitaux de soins de courte durée ».

Reznick parle plus fort sur la question de la prestation privée des services de santé publics. Dans son blogue, il déclare « Drummond défend le principe d’un régime à payeur unique, mais veut élargir la prestation privée – à but lucratif– des services de santé. Il s’engage sur une pente très glissante, et je crains bien que la promotion d’un tel modèle finisse pas donner quelque chose comme on a aux États-Unis, faisant disparaître un de nos biens les plus chers au Canada ».

Pour lire l’analyse détaillée de Reznick sur les recommandations de Drummond, cliquez ici.

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