Une fusion permettra-t-elle d’accroître l’influence des hôpitaux?

Après tous les discours sur l’intégration du système, il est remarquable que le dirigeant d’un hôpital public de l’Ontario réclame une fusion pour augmenter l’influence de son établissement.

Ça nous paraît bien loin de ce que laissent entendre le Rapport de la Commission Drummond et le nouveau plan d’action du ministère de la Santé. Planifier les services de santé, n’est-ce point essayer d’offrir les soins au bon endroit au bon moment et au moyen des meilleurs fournisseurs possibles? Le fait qu’on parle « d’influence » ou de « pouvoir » laisse entendre que la province utilise peut-être d’autres critères pour prendre ses décisions.

On s’étonne encore davantage vu qu’un des deux partenaires dans la fusion est Rob Devitt, le dirigeant de l’Hôpital général de Toronto-Est.

Devitt est souvent l’homme de la situation au ministre de la Santé. Quand CyberSanté a implosé, c’est à Devitt qu’on a demandé de ramasser les pots cassés. C’est également à Devitt qu’on a demandé de jouer le rôle de superviseur lorsque d’autres hôpitaux de l’Ontario ont eu des problèmes, comme le Centre de santé William Osler et l’Hôpital de Scarborough. On pourrait dire que Devitt est l’exemple parfait du type qui adopte la notion de planification fondée sur les faits plutôt que sur l’influence.

Pour être juste, ce n’est pas Devitt qui a parlé de structures de pouvoir, mais plutôt le Dr John Wright, le dirigeant de l’Hôpital de Scarborough.

Wright estime que si les deux hôpitaux fusionnent, la province pourra difficilement les ignorer, créant une base de  pouvoir ou d’influence rivalisant celle du Centre de santé Trillium de Mississauga, apparemment devenu le géant de l’Ouest du Grand Toronto après avoir englouti l’ancien Hôpital Credit Valley. Wright estime qu’ensemble, ils pourront également se mettre sur les rangs avec le Réseau universitaire de santé pour les gros projets d’immobilisation. On peut presque sentir la testostérone.

Projets d’immobilisation? Devitt n’a-t-il pas inclus Wright dans sa récente annonce d’un nouveau centre des patients pour l’Hôpital général de Toronto-Est, résultat, en partie, du généreux don de 5 millions de dollars de la famille Thomson? Il semble que l’Hôpital général de Toronto-Est se débrouille déjà bien avec ses projets d’immobilisation.

Quoi qu’il en soit, le Dr Wright dit qu’il en a marre qu’on l’ignore. Aucun doute que le Dr Wright rêve grand lui aussi.

Les deux dirigeants ont déjà commandé une étude de 90 000 $ auprès de la firme d’experts-conseils Corpus Sanchez, pour établir si c’est faisable. Leur rapport est dû au mois de mars. On sait que ce n’est que le premier d’une série de chèques liés à la fusion.

Mais attendez une minute… n’est-ce pas le genre de fusion que la Commission Drummond a proposée dans ses 105 recommandations sur les soins de santé?

Oui, mais Don Drummond recommande aussi de couper en deux le taux de financement des soins de la santé, indiquant que les hôpitaux risquent de devoir se serrer encore davantage la ceinture avec toutes les restrictions prévues dans le secteur.

Alors, qui assumera le coût de toutes ces fusions?

La dernière fois qu’on y a songé sérieusement, ça a coûté 4 milliards de dollars à la province en coûts de restructuration. Et ça fait plus de dix ans de ça. Avec le financement limité à un peu plus d’un milliard de dollars par année jusqu’en 2018, il est probable qu’une nouvelle ronde de restructurations importantes engloutissent la totalité du financement prévu. Oui, la totalité. Dans ce contexte, il est peut-être temps d’examiner cette énigme de plus près, avant que Deb Matthews, la ministre de la Santé, donne sa bénédiction.

Tout le monde est un peu nerveux lorsqu’on parle de fusion d’hôpitaux. Les médecins des deux hôpitaux semblent apparemment majoritairement contre une telle fusion.

Des affirmations, telles que « minimiser les suppressions de programmes », qui semblent glisser subrepticement de la bouche du dirigeant, ont tendance à ragaillardir tout le monde. Les habitants de Scarborough vérifient probablement quels autobus pourront les amener East York, et les habitants de East York se demandent s’ils ne devraient pas simplement aller au centre ville, si les services commencent à migrer vers l’est.

Entre temps, Wright a laissé entendre, parmi ses motifs, la construction d’un nouveau centre d’oncologie pour l’Hôpital de Scarborough; quelque chose que le Réseau local d’intégration des services de santé du Centre-Est lui avait refusé. Après de longues délibérations, le RLISS avait décidé que le Centre de santé Lakeridge serait son centre de traitement du cancer régional par excellence. Ça aide que Lakeridge avait commencé à construire son centre de cancérologie avant la mise en place du RLISS. Ce qui prouve la maxime qui dit que si vous l’avez déjà construit, ils viendront sûrement.

Le RLISS du Centre-Est pourraient-ils avoir deux centres de cancérologie?

Sûrement pas. À moins, rêve Wright, qu’on crée cet énorme colosse pour rouspéter et forcer la main du RLISS.  De quel RLISS parle-t-on ici?

L’Hôpital de Scarborough appartient au RLISS du Centre-Est. L’Hôpital général de Toronto-Est appartient au RLISS central de Toronto.

Le mal de tête me prend déjà.

Les hôpitaux ont prouvé qu’ils peuvent collaborer sans le chaos d’une fusion officielle.

Devitt l’a d’ailleurs déjà dit.

« Nous partageons un laboratoire microbiologique avec l’Hôpital de Scarborough et l’Hôpital général de North York; ensemble nous avons fondé Plexis, qui achète les fournitures pour les hôpitaux, et commencé à numériser et à partager les radiographies il y a cinq ans », a dit Devitt aux médias.

La simple collaboration permet également d’éviter les plaintes des gestionnaires qui s’attendent à voir leur salaire augmenter avec les fusions vu qu’ils sont désormais obligés d’aller mettre leur nez ailleurs.

Wright laisse entendre qu’il serait également motivé par les contraintes prévues et qu’avec une population vieillissante et des revenus réels en baisse, l’Hôpital de Scarborough ne peut maintenir le statu quo. L’Hôpital de Scarborough a récemment annoncé l’élimination de 85 postes syndiqués, dont environ 4 pour cent de son personnel infirmier.

D’où viendraient les économies alors? Nous savons que les fusions coûtent cher et peu de raisons portent à croire qu’elles permettent d’économiser. Alors que les dirigeants affirment qu’ils ne fermeraient pas un des hôpitaux, il n’y a absolument aucun doute qu’ils chercheraient à rationaliser les services entre eux. Ce qui se traduirait par d’autres mises à pied et un accès encore moindre aux soins de santé.

Obscurément, Devitt dit que les fusions « forcées » ont un taux de succès bien inférieur. Peut-on ainsi dire que lorsque les partenaires sont d’accord, le résultat est meilleur? Comment ça?

Les Amis de l’Hôpital général de Toronto-Est tiendront une réunion publique à 19hle mercredi 28 février prochain au Centre civique de East York.

Ceux qui assistent à cette réunion voudront peut-être se renseigner sur la dette qu’apporte chaque hôpital dans l’équation, sur les services qui seront vraisemblablement rationalisés et où, et sur le montant qu’une telle fusion risque bel et bien de coûter.

L’intégration n’est pas une question de pouvoir; c’est une question de travailler avec ses partenaires du système de la santé afin d’assurer la prestation de soins optimaux aux patients. Et pour y parvenir, il est inutile de changer les affiches et les fournitures de bureau.

 

 

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