Commission Drummond : Notre premier ministre mettra-t-il vraiment ces recommandations en œuvre?

Quelques jours après la publication du Rapport de la Commission Drummond, on peut se demander lesquelles de ses recommandations sur les soins de santé seront mises en œuvre. Après tout, ce n’est pas Don Drummond qui dirige la province, mais Dalton McGuinty.

McGuinty est champion lorsqu’il s’agit d’ériger des coupe-feu entre ses politiques et les décideurs de Queen’s Park. Par exemple, combien de fois McGuinty et ses acolytes nous ont-ils laissé croire que certaines des décisions peu populaires qui avaient été prises en ce qui concerne les soins de santé n’étaient pas leurs, mais plutôt celles des Réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS)? Don Drummond est le dernier paratonnerre qui sépare une longue liste de ballons d’essai abjects de politiciens qui veulent juste voir combien d’austérité le public est capable d’avaler.

Le gouvernement a traité la publication du rapport de Drummond à l’instar du budget, enfermant les journalistes et les politiciens de l’opposition jusqu’à la publication officielle, à 14 h 15 mercredi dernier. C’est loin d’être normal et une telle façon de procéder laisse penser que le gouvernement prend ces recommandations très au sérieux. Où n’est-ce qu’une illusion d’optique?

Drummond a également décalé le cadre, suggérant dans une entrevue de l’émission Metro Morning de la CBC, que tout cela faisait partie d’un cycle, et qu’après des années de vaches grasses, il était temps, comme dans les années 1990, de songer à restreindre les dépenses publiques.

C’est totalement absurde. L’économiste Don Drummond sait parfaitement bien que le déficit est dû à la récession, pas à des dépenses excessives du système public de soins de santé ou d’autres services gouvernementaux. Et nous savons tous et toutes qui est responsable de cette récession.

Ceux qui travaillent aux premières lignes doivent sérieusement se demander quand leurs conditions étaient si extraordinaires.

Les propositions de Drummond sur les fusions et le réalignement des services de santé pourraient avoir pour résultat la restructuration de coûts qui épuiseraient l’augmentation entière des fonds de santé pour les quatre prochaines années. Une augmentation annuelle de 2,5 pour cent de la dépense de santé correspondrait à un peu plus de 1 milliard de dollars par année. La restructuration des coûts au début de la dernière décennie a coûté près de 4 milliards de dollars. Il est difficile d’imaginer qu’une telle restructuration puisse coûter moins 12 ans plus tard. Une telle dépense pourrait drainer les fonds d’une longue liste de priorités allant de la santé mentale aux soins à domicile, en passant par la mise en œuvre accélérée de CyberSanté.

La ministre de la Santé a déjà refusé l’idée d’inviter des compagnies à but lucratif à prendre du travail qu’elle souhaite voir fait ailleurs que dans les hôpitaux – une demande standard de Drummond.

Il est également peu probable que le gouvernement McGuinty veuille attribuer tant de ressources aux propositions d’augmenter de façon dramatique la paperasserie dans le système des soins de santé. Il y a quelques semaines, Deb Matthews a dit qu’elle voulait réduire l’administration, pas l’augmenter.

Il est époustouflant de voir l’accent que Drummond met sur la bureaucratie :

Drummond envisage de démanteler le ministère de la Santé pour conférer un rôle de mini-ministères puissants aux 14 RLISS. Il veut créer de nouveaux « organes de coordination » pour la santé mentale. Un autre pour les maladies du cœur et les AVC. Il veut renforcer Qualité des services de santé Ontario (QSSO) et attribuer un rôle plus important à l’Institut de recherche en services de santé (IRSS). Il veut « examiner » l’idée d’un organisme national qui « regroupe et améliore les décisions de politique fondées sur des preuves ». Il veut organiser une espèce de « soutien administratif collectif » pour les médecins. Il veut embaucher des travailleurs pour aider les patients avec leur paperasserie. Il y aurait plus de bureaucratie autour de l’administration du Programme de médicaments de l’Ontario pour déterminer quelles personnes âgées sont admissibles au programme et à quels niveaux elles doivent payer des primes supérieures. Il veut établir un « mécanisme central » pour localiser et transférer les biens excédentaires aux hôpitaux qui en ont besoin. Il veut établir une autre commission pour guider les réformes des services de santé.
Il veut créer une autre « entité » pour représenter le réseau des établissements de soins de longue durée.

Tandis que Drummond démantèle le ministère de la Santé – pour une deuxième fois après la création des RLISS en 2006 – il envisage de lui donner encore plus de travail.

Ce travail inclurait la mission de dresser un plan exhaustif visant à aborder les défis de santé dans les vingt prochaines années. Ceci malgré le fait que le plan de la Commission de restructuration des services de santé soit devenue obsolète après une décennie. Vingt ans dépasse de loin toute date de péremption raisonnable. Rappelons-nous qu’il a fallu trois ans pour faire l’ébauche d’une stratégie sur la santé mentale de trois ans… nous ne retiendrons pas notre souffle pour le plan de vingt ans. Lorsque les RLISS ont été créés en 2006, le ministère devait avoir développé un plan central pour guider les 14 organismes régionaux. Aucun plan de la sorte n’a jamais été rendu public – s’il a existé. Vingt ans est non seulement un horizon de planification ridicule, mais le ministère n’arrivera jamais à faire décoller une telle entreprise.

Ironiquement, en dépit de son document hautement politisé, Drummond dit qu’il aimerait dépolitiser les services de santé. Il dit que les dirigeants des RLISS ne devraient pas être nommés par décret, mais plutôt être recrutés. Nul part dit-il comment les RLISS harmoniseraient leurs extraordinaires nouveaux pouvoirs au besoin de rendre compte au bureau du ministre de la Santé.

Les politiciens lâcheront-ils vraiment les services de santé? Ne comptons pas là-dessus Pourquoi voudrions-nous prendre des décisions majeures loin des communautés concernées? Qu’importe qui prend la décision de fermer un hôpital communautaire, par exemple, parce que le gouvernement du jour paierait vraisemblablement aux urnes. Les RLISS ne se verront pas confier une si grande liberté d’action.

Une des recommandations les plus controversées – forcer les patients des « autres niveaux de soins » (ANS) dans le premier lit communautaire disponible – risque peu probablement d’être considérée. Les libéraux ont déjà été embarrassés par les familles qui se sont plaintes que leurs parents âgés avaient été menacés de devoir payer d’énormes frais d’hôpitaux – illégaux – s’ils n’acceptaient pas d’aller dans le premier établissement de soins de longue durée disponible. Dans une situation de gouvernement minoritaire, une telle recommandation est vouée à l’échec.

Il est vrai que bien des recommandations de Drummond sur les soins de santé sont bonnes, comme par exemple l’élargissement du régime d’assurance-maladie . Le fait qu’il consacre si peu de temps à la question donne à croire qu’il l’a mentionné à la seule fin de nous faire dire que « après tout, ce n’est pas si mal ».

Un grand nombre des recommandations de Drummond en ce qui concerne les soins de santé seront mises en œuvre – surtout les recommandations qui reflètent déjà la direction que prend le gouvernement, y compris l’abandon du modèle de financement global pour les hôpitaux au profit du Modèle d’allocation fondée sur la santé (MAS), la mise en œuvre des stratégies ANS, davantage de soins communautaires, les changements au niveau du champ d’activité du personnel professionnel, la question des pénuries de main-d’œuvre et une plus grande transparence en ce qui concerne la rémunération des dirigeants, pour n’en nommer que quelques-unes.

Guettez l’arrivée d’autres articles à ce sujet, y compris à propos de certaines des recommandations les plus aberrantes de Drummond, et de ses plans loin d’être respectables pour les travailleurs du secteur public.

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