Rapport Drummond : Comment fabriquer une crise

Ça fait des années qu’il nous dit que la dépense publique de santé est hors de contrôle et que si rien n’est fait, elle consommera bientôt 70 pour cent du budget provincial. Depuis ces prévisions, la part des dépenses de programmes provinciales des dépenses de santé a en fait baissé, passant de 46 à 42 pour cent.

Curieusement, en dépit d’une tendance qui va dans l’autre sens, Drummond maintient ces prévisions.

Aujourd’hui commissaire à la réforme des services publics, il nous dit que si nous n’entrons pas dans une période d’extrême austérité, nous deviendrons bien vite la Grèce du Canada.

Ne sortons toutefois pas encore la sauce tsatziki.

Il est vrai que nous avons un déficit, mais il n’est vraisemblablement pas aussi important que Drummond et Dwight Duncan, notre ministre des Finances, nous le laissent croire.

Qu’est-ce qui nous fait dire ça? Drummond et Duncan se sont toujours montrés très pessimistes dans leurs prévisions, lesquelles ont toujours été démenties le jour du budget. Il n’y a rien de magique à ça et ce n’est pas le résultat d’une bonne gestion – on a affaire ici à une manipulation publique des faits.

Le déficit réel en 2010-2011 était 43 pour cent inférieur à ce que Duncan avait prévu un an plus tôt. C’est une grosse différence. Si leurs prévisions sont aussi mauvaises qu’elles l’ont été jusqu’à maintenant, le déficit réel sera vraisemblablement plus près de 12 milliards de dollars cette année.

Ce qui signifie que le raisonnement de Drummond est fondé sur des données erronées.

Aussi, l’économiste Hugh MacKenzie dit que Drummond prévoit un taux d’intérêt beaucoup plus élevé sur la dette de l’Ontario – en fait, Drummond s’attend à ce que les taux d’intérêt doublent presque. Comment justifie-t-il ce raisonnement, et plus particulièrement lorsque les États-Unis se sont déjà engagés à maintenir leurs taux d’intérêt bas au moins jusqu’à la fin de 2014?

Avec des taux d’intérêt plus bas que jamais, l’Ontario ne paie pas plus pour amortir sa dette aujourd’hui qu’il y a dix ans. Tandis que les obligations de la dette viennent à échéance, de nouvelles obligations seront émises à un taux d’intérêt beaucoup plus bas, réduisant encore davantage les frais associés au service de la dette.

Fausses hypothèses, estimation largement exagérée des taux d’intérêt et intérêts composés… et on a la recette parfaite d’une crise.

Drummond aime aussi féconder la peur en comparant des pommes à des oranges, mettant en rapport les prévisions sur le taux de croissance « réelle » et les dépenses publiques « nominales ». Qu’est-ce que cela signifie?

Les dépenses nominales ne correspondent pas toujours à la réalité économique actuelle. Le chiffre de ces dépenses semble toujours plus élevé que les prévisions de croissance « réelles » parce que la croissance réelle soustrait le taux d’inflation.

Par exemple, pour illustrer combien notre situation actuelle est insoutenable, Don Drummond peut parler d’une augmentation de 3,2 pour cent du coût des programmes (nominal) alors que l’économie croît à un taux de seulement 2 pour cent (réel). Et c’est ce qu’il fait depuis quelques semaines dans les médias.

Toutefois, si l’inflation est de 2,5 pour cent – comme on l’a mentionné ce matin – et le taux de croissance réelle est de 2 pour cent, cela signifie que l’augmentation nominale dans l’économie est de 4,5 pour cent. Les choses paraissent fort différentes avec un tel scénario.

Les revenus du gouvernement ne croissent jamais moins que la croissance nominale dans l’économie.

En fait, il n’est pas rare que les revenus du gouvernement augmentent légèrement au-dessus du taux de croissance nominal.

Et maintenant, voici le véritable défi : la croissance économique provient de deux sources – le secteur privé et le secteur public. Chaque dollar dépensé par le secteur public peut avoir un effet d’entraînement dans l’économie d’environ 1,50 $. Si le secteur public supprime des emplois trop rapidement, le secteur privé doit compenser cette perte ou courir le risque de nous voir entrer dans une récession. C’est ce qu’on appelle le freinage fiscal. L’économiste Jim Stanford nous dit que si les recommandations de Drummond de limiter les dépenses sont acceptées, on pourrait voir un ralentissement de la croissance économique d’entre 1,6 et 2,8 pour cent au cours des quatre prochaines années. C’est un obstacle énorme à surmonter pour le secteur privé.

Si nous sombrons dans une récession, les revenus du gouvernement baissent encore davantage, créant le besoin d’un autre cycle de réductions. C’est alors que nous pourrons sortir la tsatziki.

À quel point sommes-nous responsables de notre malheur?

Tandis que le gouvernement cherche à nous faire comprendre que nous devons tous faire des sacrifices, il n’a fait qu’insinuer la suspension de la dernière phase de réductions des impôts des sociétés, même si nos taux sont déjà plus que concurrentiels.

Fait-on vraiment un sacrifice en se forçant à ne pas sortir un autre biscuit du pot?

Un véritable sacrifice pourrait par exemple impliquer de demander au secteur des entreprises de remettre les biscuits qu’ils ont sortis du pot ces deux dernières années, pour prélever 2,4 milliards de dollars supplémentaires en impôts. Un tel montant ne manquerait pas de faire baisser le déficit.

En tout, les réductions d’impôts des gouvernements Harris et McGuinty se montent à 16 milliards de dollars, 16 milliards de dollars que le gouvernement de l’Ontario ne reçoit pas chaque année.

Seize milliards de dollars? Hmm… n’est-ce pas le déficit dont parlent aujourd’hui Drummond et Duncan?

De toute évidence, on peut faire mieux. Comme un observateur l’a astucieusement souligné, le rapport de Drummond a été écrit par les 1 pour cent pour les 1 pour cent.

Quant à nous, il est temps que nous agissions si nous ne voulons pas voir notre province vandalisée pour faire plaisir à quelques-uns.

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